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    Libre opinion - Au-delà de la twittérature

    27 juin 2011 | Alexandre Bazinet - Étudiant en enseignement | Éducation
    En une de l'édition du Devoir du 16 juin dernier, on pouvait constater les efforts du cofondateur de l'Institut de twittérature comparée, Jean-Yves Fréchette, pour donner ses lettres de noblesse à la twittérature. Sans être en désaccord avec lui, je trouve tout de même son argumentation bien mince devant les possibilités remarquables de l'outil.

    L'approche de Twitter par l'entremise de la twittérature, sans être mauvaise, m'a l'air d'un papier chic destiné à enrober un bonbon. Bonbon qui demeure une friandise. Utiliser le cadre de Twitter pour stimuler la création est, à mon avis, louable. Mais il me semble que cette approche a le défaut d'avoir des airs de saveur du jour. De plus, ce petit oiseau gazouille beaucoup trop fort pour que le système d'éducation en fasse abstraction. En tant qu'enseignant sur Twitter, je l'utilise surtout pour l'amélioration de mon enseignement — et je n'ai jamais attendu une quelconque invitation du programme officiel pour ce faire. Voici sommairement comment je m'y prends.

    D'abord, Twitter permet de faire des listes. Ainsi, au fil du temps, je me suis construit une liste d'enseignants qui twittent. Cette seule liste suffit à démolir l'image de superficialité des «tweeteux». Évidemment, si l'on se contente de «suivre» des vedettes, on a toutes les chances de perdre son temps en platitudes. Mais si l'on se fait des listes intelligentes, on se retrouve avec un outil incroyable de partage qui vient chaque jour nourrir l'enseignement.

    M. Fréchette parlait de ramener le plaisir dans les devoirs. Mais s'y est-il jamais trouvé? Tant mieux si les jeunes sifflent en travaillant, mais là n'est pas le coeur du problème. Twitter ne sauvera ni le français ni les décrocheurs. Le site a maintenant cinq ans et une place solide dans nos médias. Il serait temps d'en parler avec un peu plus de consistance dans le propos.

    Notez, au passage, que les jeunes ne tweetent pas tant que ça. Leur enthousiasme ne vient donc pas tant de Twitter lui-même, mais plutôt de la nouveauté et de la possibilité d'utiliser des outils qu'ils connaissent bien. Ils tweeteront peut-être par eux-mêmes dans un an ou deux, mais quand j'aborde le sujet devant une classe, si une moitié s'est inscrite, à peu près tous n'ont su que faire ensuite. Les seuls jeunes que j'ai vus persévérer sur Twitter sont ceux qui se sont bâti un réseau en dehors de leur réseau d'amis habituel. C'est beaucoup demander pour la majorité d'entre eux. C'est la dure loi des réseaux sociaux: si personne n'y est, pourquoi irais-je? Cela me rappelle l'année scolaire 2008-2009. Je parlais de Facebook et ils me regardaient tous avec un air dubitatif. Je mentionne ces faits parce que l'on perçoit toujours les jeunes comme étant les premiers utilisateurs, quand dans les faits, il n'en est rien. Ils sont d'autant plus vulnérables qu'ils sont le plus souvent inconscients des répercussions possibles sur leur vie privée. D'où le rôle de l'école.

    Les fameux 140 caractères. Pourquoi en faire un plat? La contrainte constitue une force pour toute création. Il est vrai que les 140 caractères sont une bonne occasion de circonscrire le propos des élèves. Mais pourquoi, surtout dans les médias, s'arrêter toujours à cette question des 140 caractères et les associer à la bêtise des propos ou à l'atrophie de la pensée? Il n'y a pas de limites de tweets et rien n'empêche un enseignant de demander à ses élèves de composer plusieurs tweets. De plus, tous ces gens qui doutent de la fameuse pertinence des idées énoncées en seulement 140 caractères devraient bien comprendre que cette question est futile puisqu'un grand nombre de tweets contiennent un hyperlien. En d'autres mots, Twitter nous lie à l'intégralité de ce qui est accessible autrement sur Internet.

    On ne parle jamais, non plus, de Twitter comme outil de recherche valable. La toute-puissance de Google fait de l'ombre au petit oiseau bleu. C'est bien dommage. Je me fais un devoir d'expliquer à mes élèves le principe de référencement derrière Google qui devient parfois un obstacle pour la recherche. Google vous amène toujours sur le site le plus populaire à propos d'un sujet donné, tandis que Twitter, pour sa part, vous éclairera sur les dernières choses qui se sont écrites à ce sujet. Cela permet, à certaines occasions, de faire des recherches plus pertinentes.

    J'ai longtemps cherché quelle était la manière la plus adéquate pour utiliser Twitter en classe. La plupart des nombreux articles sur le sujet me déçoivent ou me laissent indifférent. Cependant, je crois que l'expérience de Jean Doré (@JeanDore) est remarquable et qu'elle vient ouvrir de nouvelles portes. Tous ses élèves sont équipés d'un iPod. Tous sont connectés à Twitter. Tous rajoutent le même mot clic (hashtag — #) à chacun de leur tweet pour les garder dans le sous-réseau ainsi créé. Tous regardent le même film, idéalement un film propice à susciter les débats. Le film est arrêté régulièrement pour permettre aux élèves d'écrire leurs tweets. Tous voient instantanément ce que les autres écrivent. Les débats se font là, par écrit, dans la recherche d'un français impeccable. Et tous se doivent d'y contribuer.

    Pendant ce temps, tout cela se compile, bien en ordre, sur le fil de Twitter, isolé de l'abondance des tweets grâce au mot clic, prêt à être évalué par l'enseignant. Non seulement cela lui enlève du travail, mais surtout cela lui permet de faire des choses qu'il n'aurait pu faire auparavant, tout en éveillant l'enthousiasme et la curiosité de ses élèves. Léger et gratuit. Qu'il leur parle ensuite de twittérature, cela va de soi.

    ***

    Alexandre Bazinet - Étudiant en enseignement












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