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La twittérature, outil pédagogique

Lisa-Marie Gervais   16 juin 2011  Éducation
«L’idée, c’est de ramener le plaisir dans le devoir», dit Jean-Yves Fréchette, cofondateur de l’Institut de twittérature comparée.<br />
Photo : Agence France-Presse
«L’idée, c’est de ramener le plaisir dans le devoir», dit Jean-Yves Fréchette, cofondateur de l’Institut de twittérature comparée.
Elle a déjà un institut et un lieu virtuel où se déployer. Mais voilà que la twittérature pourrait bien se tailler une place sur les bancs d'école. Et même entrer par la grande porte! Le cofondateur de l'Institut de twittérature comparée, Jean-Yves Fréchette, a rencontré fin mai des fonctionnaires du cabinet de la ministre de l'Éducation pour les convaincre de financer un projet-pilote dans une école secondaire de Québec. Il a également fait appel au lobbyiste Stéphane Dion, de Paradigme affaires publiques inc., pour l'aider dans sa démarche.

«L'idée est de documenter l'approche pédagogique en twittérature, explique M. Dion. Il y a un univers immense entre le fait de tester ça en classe et celui d'élaborer un outil reconnu par le ministère qui a une valeur pédagogique réelle.»

Car avoir à faire ses devoirs en 140 caractères, les élèves d'Annie Côté, de l'école secondaire Saint-Pierre et des Sentiers à Québec, y avaient déjà goûté. C'est à la suite d'une rencontre avec M. Fréchette que la professeure de français s'est éprise de twittérature et qu'elle a décidé de la mettre à profit dans son enseignement. Le duo désire maintenant aller plus loin et créer un prototype qui servirait à guider les enseignants qui n'ont pas toujours le temps d'explorer ce que l'univers 2.0 et des réseaux sociaux peuvent leur apporter. «Il faut travailler à mettre au point des outils qui vont permettre à la fois l'utilisation de cette énergie qui est dans le Web 2.0, l'ubiquité, le partage, l'instantanéité, la portabilité, mais dans un cadre sécurisé», note M. Fréchette, ancien enseignant de français au collège F.-X. Garneau de Québec et spécialiste de didactique.

Ramener le plaisir

Instantanéité, portabilité... Justement. Les plus pessimistes demanderont, en cette ère où tout est à la portée d'un clic, comment — mais diable comment! — la twittérature fera des jeunes Québécois des champions de la dictée et des amants de lecture. La réponse en moins de 140 caractères. «L'idée, c'est de ramener le plaisir dans le devoir», laisse tomber M. Fréchette.

Et si la calculatrice n'a pas tué le raisonnement mathématique, il n'y a aucune raison pour que l'Internet et les logiciels autocorrecteurs nuisent à l'apprentissage du français, croit-il. Au contraire, c'est en permettant à l'élève d'avoir recours à divers outils qu'on le libère de toute contrainte et qu'il découvre véritablement «le plaisir du texte», note-t-il en citant l'ouvrage de Roland Barthes. «Le "140 caractères", c'est le premier pas vers quelque chose. Les gens vont démolir une telle approche pédagogique, mais dans toutes les pédagogies, que ce soit celle de la fine cuisine ou de la menuiserie, il y a toujours un petit moment où on fait un geste qui nous semble inutile. Twitter, c'est un peu ça, poursuit sans ambages celui qui gazouille sous le pseudonyme de Pierre-Paul Pleau. Je ne peux bien sûr pas tout dire en 140 caractères, sauf que voulant permettre à un élève de comprendre la relation entre un objet concret et une idée abstraite, je vais lui demander de faire une métaphore. Et je n'ai pas besoin d'une feuille 8 et demi par 11 pour le faire!»

M. Fréchette admet que les élèves ne se comportent pas toujours de façon prévisible dans cet univers sociotechnologique. «Il est vrai que certains jeunes écrivent des textos qui sont tout croches. Mais ils n'ont jamais autant écrit, constate-t-il. Partons de là et construisons une stratégie qui mette en place une écologie de l'écriture et qui fasse en sorte que le simple texte "bonjour, comment ça va, y fait-tu beau?" puisse porter sur autre chose.»

Et comment intéresser nos jeunes adeptes du 140 caractères aux grandes oeuvres littéraires de Victor Lévy-Beaulieu, Yves Beauchemin et les autres? Et aux écrits-fleuves de Proust? «Il y a encore beaucoup de livres qui se publient maintenant sur support électronique. Un jeune qui lit des 140 caractères ne sera pas nécessairement essoufflé de lire un ouvrage plus long.» Pierre-Paul Pleau a quant à lui joliment gazouillé: «Proust aurait pu ne ne pas chercher à retrouver son temps, il aurait dû tout de suite filer à l'essentiel, à la recherche du caractère perdu.»

Un texte argumentatif en microblogues

Stimuler le goût de l'écriture en 140 caractères n'est pas chose simple. Mais créer sous la contrainte, n'était-ce pas ce que les grands poètes cherchaient à faire? Que sont les quatrains, sonnets et alexandrins sinon des contraintes de longueur? «OuLiPo et son S+7, Raymond Queneau, et Pérec avec son roman sans "e", ce sont là toutes des contraintes créatrices explorées par les poètes, s'enflamme M. Fréchette, qui est aussi le père de Biz, de Loco Locass. Les profs essaient d'enseigner la synonymie et n'y arrivent pas toujours. Mais avec Twitter, il y a comme un cadre, une fenêtre dans laquelle on peut justement s'éclater.»

Les gazouillis peuvent même servir à mieux organiser ses idées. Un texte argumentatif est ainsi composé de... 21 entrées distinctes: trois entrées pour l'intro (sujet amené, posé divisé), trois autres pour la conclusion et les trois paragraphes centraux font cinq twitts chacun. Bingo.

«Quand j'étais prof au collégial, ce qui était important pédagogiquement, c'était de ramener à de petites unités, bien circonscrites dans l'espace. Je ne dis pas qu'il faille faire exactement 140 caractères, mais en limitant l'espace, on aurait là une ossature, un plan, une façon de développer l'argumentation», explique-t-il.

À l'heure où le gouvernement Charest veut équiper toutes les classes du Québec d'un tableau blanc interactif, le moment est venu de s'intéresser à de nouveaux outils. «Le ministère est frileux, mais le Web 2.0 nous donne une bonne catalogne à se mettre sur les épaules», note l'enseignant à la retraite qui travaille dans une agence Web interactive. «Je pense que les gens du ministère ont aimé le topo», a-t-il avancé, avant de conclure en rimes redoublées: «Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire, disait Nicolas Boileau-Despréaux. Je dirais qui ne sait se borner ne sut jamais "twitter"».
 
 
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  • Denis Chabot - Abonné
    16 juin 2011 09 h 27
    Table ronde sur la twittérature
    Des acteurs de la twittérature naissante, dont Jean-Yves Fréchette, participent à une table ronde éclairante lors du festival Metropolis bleu en 2010 : http://www.ccdmd.qc.ca/monde/ressource/?id=56769
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  • France Marcotte - Abonnée
    16 juin 2011 15 h 13
    Contrainte de l'actualité
    «Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire, disait Nicolas Boileau-Despréaux. Je dirais qui ne sait se borner ne sut jamais "twitter"», dit le texte.
    N'est-ce pas exactement ce que font dans leurs commentaires les lecteurs du Devoir mais ici la borne, la contrainte, c'est la réalité de l'actualité.
    Mais je me rappelle que l'on a commencé par se moquer d'eux. Quelques années plus tard, on présente le phénomène comme avant-gardiste...
    Les Québécois n'ont jamais autant écrit. Il faudra bien faire entrer cette réalité quelque part dans une petite case...ou faire sauter le modèle d'analyse.
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  • Israël Desrosier - Abonné
    16 juin 2011 16 h 07
    Les TIC et la pédagogie... pas si bon que ça
    D'accord pour ce qui est des contraintes en création, Twitter peut amener quelque chose d'intéressant.

    Cependant, je pense que M. Fréchette est trop optimiste à ce qui a trait au jumelage Twitter et pédagogie. Twitter n’est qu'un «outil», pas une panacée. Croire que l'étudiant comprendra mieux ou aimera davantage sa matière parce qu'il «twitte» son devoir tient, selon moi, de la pensée magique de technophile.

    Est-ce vraiment pertinent et responsable d'aller dans cette direction? Je crois que non pour 3 raisons.

    Premièrement, s'il s'agit d'aider l'étudiant à mieux réussir, il existe de nombreuses solutions plus simples et moins coûteuses à long terme que celle des TIC (technologie de l'information et de la communication). Demandez aux enseignants qui voient leurs plans d'action jetés aux oubliettes année après année par leur direction et le ministère.

    Deuxièmement, une telle réforme pédagogique nécessiterait un budget colossal puisqu'il faudrait équiper les établissements scolaires, les professeurs et les élèves. Mentionnons aussi qu'il va falloir entretenir (réparer) tout ce système et faire des mises à jour (renouveler les appareils au bout de 2 ou 3 ans) étant donné que cette technologie est conçue selon le principe de l'obsolescence (le iPad fut lancé le 27 janvier 2010, le iPad 2 fut lancé en 2011). Qui payera tout cela? A-t-on évalué les coûts?

    Troisièmement, notre société se dit soucieuse de l'environnement et de l'équité entre les peuples... or cette vision de la pédagogie Twitter nécessitera toujours de nouveaux appareils (au moins un par élève), plus puissants avec mille applications éducatives. Cependant, la fabrication de ces appareils «intelligents» comprend, par exemple, des métaux lourds et des «métaux des conflits» comme le coltan (colombite et tantalite) congolais. Quel est le prix à payer pour écrire et comprendre une métaphore dans Twitter (plutôt que sur un bout de papier) p
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  • Lesfaits - Inscrit
    16 juin 2011 17 h 49
    La twittérature, incroyable, on aura tout vu.
    Comment un Ministère de l'Education pourrait-il nous embarquer dans une telle galère?
    Malheureusement, le passé avec ses pseudo-réformes en éducation devrait nous inciter à la prudence.
    La littérature twit (la vraie, celle que les jeunes produisent entre eux) ne peut prétendre à un système d'enseignement valable.
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  • sim.poirier.1@gmail.com - Abonné
    16 juin 2011 18 h 22
    Décevant
    Il est triste de voir le ministère de l'éducation s'abaisser à essayer de surfer sur les vagues des TIC.
    Il est vrai que la recherche de la créativité à travers la contrainte est très importante, gratifiante et permet le développement.
    Cependant, à quoi bon essayer d'être créatif quand les jeunes ne savent pas écrirent, et qu'ils ne connaissent pas leurs classiques?
    Il serait temps que les réformes à tâtons du ministère cessent et que l'on développe un système d'éducation qui mise sur l'acquisition des connaissances, et non pas seulement sur les 1001 façons de les transmettre. À quoi bon savoir communiquer, quand on a rien à dire.
    Comme on dit: "la culture c'est comme la confiture: moins on en a et plus on l'étend".
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  • Jacque Dumont - Inscrit
    16 juin 2011 20 h 21
    $$$
    Voir émerger de petites idées sans grandes méchancetés comme cela arrive de plus en plus. Personnellement je n'ai rien contre... mais ça, c'est personnellement. Tant que ça reste facultatif et parallèle à un enseignement solide, tant que la farandole ne cherche pas à atteindre les tréfonds de la profondeur et de la richesse du français, et que l'on ne détruit pas le merveilleux défi que cela peut être de chercher à la maîtriser, tant que l'on ne prive aucunement ceux qui sont heureux d'en être défier, bref, tant que ce genre de chose ne devient pas un empêchement pour l'accès à la véritable réalité qu'est la grande difficulté du français, mais plutôt une façon de l'appréhender plus doucement, je n'ai rien contre.

    Mais est-ce bien cela ? Franchement, twitter c'est si risible que j'ai des doutes.
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  • Simon B - Inscrit
    17 juin 2011 09 h 59
    Savez vous de quoi vous parlez ?
    Ceux qui sont contre cette approche me semble tout droit sortis de 1974. J'ai été moniteur de français avec des élèves de tous les âges dans plusieurs provinces et mon expérience me laisse croire qu'il faut absolument adapter les méthodes d'apprentissages au courant technologique. S'encarcaner dans une vision archaïque revient à renier tous les progrès technologiques qui ont explosés au court des 20 dernières années.

    Il est peut-être difficile pour vous d'imaginer une classe en 2011t. Je vous lit avec vos: "les jeunes ne savent pas écrirent, et qu'ils ne connaissent pas leurs classiques?" ou encore que ''croire que l'étudiant comprendra mieux ou aimera davantage sa matière parce qu'il «twitte» son devoir tient, selon moi, de la pensée magique de technophile.''

    Votre solution revient à quoi ? Une règle, une craie, un cahier et pi ''envouaye" le jeune récite ton Beschrelle pi après ce sera le chapelet! Voyons donc !

    L'éducation ce n'est pas que transmettre un savoir et d'en faire des écrivains, c'est aussi de leur offrir les "outils" pour réussir. Et les TIC comme vous dites vont les suivre toute leur vie, je ne sais pas si Victor Hugo, lui, y sera...
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  • Israël Desrosier - Abonné
    20 juin 2011 09 h 10
    ET vous?
    @ Simon B
    Comme vous semblez l'avoir compris en lisant les réactions au présent article, les TIC ne sont que des outils... rien de plus. Il n'est pas donc question de les rejeter catégoriquement. Cependant, de croire qu'elles sont la solution miracle à tout... là il faut émettre de sérieuses réserves. Avant de faire le bonheur des compagnies qui prophétisent un avenir plus intelligent grâce à leurs bidules technologiques rapidement obsolètes, prenez le temps d'analyser les vrais problèmes en éducation au Québec.

    L'allusion que vous faites au sujet de «la solution» est malhonnête et gratuite. Qui a dit que l'enseignement passait uniquement par la récitation «par coeur» d'un outil de référence de la langue? Quelle est votre compréhension des cours de français et de littérature? Pensez-vous vraiment que les professeurs de littérature du cégep veulent former des écrivains? Et que pensez-vous des professeurs de philosophie? Votre point de vue est assez... simpliste.

    Vous avez raisons de dire que les TIC nous suivront pour un temps encore contrairement à Hugo qui est mort depuis des lustres... Cependant, il est triste de constater que vous n'avez pas retenu grand-chose de la pensée de ces hommes qui ont foulé et observé cette terre bien avant vous et moi. Même s'ils ne s'exprimaient pas dans un «Twitter», ils ont été capables de réfléchir sur la condition humaine qui, malgré les siècles et l'avancement technologique, demeure la même.
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  • Perepette - Inscrit
    17 août 2011 11 h 37
    Twitter et la loi 101
    En effet, Twitter est un bon outil technologique... cependant, il faut savoir à quoi il sert. Plusieurs jeunes sont déjà sur Twitter et si vous regardez ce qu'ils écrivent...c'est pas ''jojo''. Il faut quand-même apprendre à écrire avant d'apprendre à Twitter selon moi!
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