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    Mathématiques: l'hypothèse du pragmatisme

    14 juin 2011 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Le Québec a délaissé l'approche théorique des mathématiques depuis plus de 30 ans C'est aujourd'hui jour d'examen de mathématiques pour des milliers d'élèves de 4e secondaire qui se soumettent à l'épreuve d'appoint. Si le taux de réussite a été de 69 % aux épreuves ministérielles de juin 2009, les Québécois ont pourtant eu d'excellents résultats en mathématiques à l'échelle internationale comme en témoigne le plus récent test PISA 2010. Voici la recette de leur succès.

    Deuxièmes à l'aube des années 2000 et au sixième au rang mondial selon la dernière enquête PISA 2010 (l'acronyme en anglais pour Programme international pour le suivi des acquis)... Les Québécois talonnent de près les Asiatiques en mathématiques. Ces bons résultats ne surprennent guère les didacticiens de la discipline qui n'y voient que le fruit de leurs efforts et ceux de leurs confrères et consoeurs déployés depuis les années 60.

    À cette époque, les réglettes de Cuisenaire commençaient à se faire connaître en Europe, et les approches du mathématicien Caleb Gattegno, installé en France, avaient des échos outre-Atlantique, dans les universités québécoises. «On avait invité Gattegno qui n'a pas voulu venir, mais on a reçu Madeleine Goutard, qui a mené des études à Sherbrooke. Ç'a été le point de départ d'un mouvement pour l'amélioration des mathématiques», raconte Jean Dionne, professeur retraité de didactique des mathématiques à l'Université Laval.

    La province n'a donc pas échappé à ce mouvement des mathématiques modernes parti d'Europe qui tentait de renouveler l'enseignement en s'éloignant de la théorie des livres et en s'approchant davantage des mathématiques «comme les faisaient les mathématiciens». «Il y a eu un tournant au Québec, au milieu des années 70, pour se rapprocher de cette idée de résolution de problèmes», explique le professeur qui a été président de l'Association des mathématiques du Québec (AMQ).

    Créée à cette époque, mais dissoute depuis, l'Association des promoteurs de l'avancement de la mathématique à l'élémentaire (APAME) a notamment été le lieu de rencontres et d'activités entre conseillers pédagogiques, didacticiens et enseignants, des échanges féconds sur l'enseignement des mathématiques dont le Québec «a profité par la suite», soutient M. Dionne. L'arrivée de la réforme, dans les années 2000, ne révolutionne toutefois pas l'enseignement des mathématiques, inscrit depuis plus de 30 ans dans cette logique.

    Pragmatisme c. élitisme

    Professeur au département de mathématiques de l'UQAM, Stéphane Cyr attribue pour sa part le succès des Québécois à une véritable culture de l'enseignement et de l'approche pragmatique, en réaction à une approche plus élitiste à l'européenne.

    La recherche soutenue en didactique et l'«excellente» formation des maîtres comptent aussi pour beaucoup dans la réussite. «Nos enseignants sont très bien préparés. Je n'attribuerais pas les bons résultats à un contexte particulier de financement ministériel ou à un contexte de classes. Car on a des situations comparables aux États-Unis et en France et, pourtant, on les devance», constate M. Cyr, dont les recherches l'ont amené à comparer les méthodes d'enseignements des mathématiques en Afrique et partout dans le monde.

    Même s'il croit que le succès actuel des Québécois en mathématiques est dû à cette culture qui s'est installée depuis des décennies, il ne nie pas que la réforme ait des retombées tout aussi positives. «J'ai fait des expérimentations assez novatrices avec des élèves de 6e année, dans lesquelles ils ont été soumis à des problèmes de mathématiques très avancés. Ils ont performé de façon incroyable. Ils ont des habiletés à raisonner déductivement et à communiquer impressionnantes», souligne-t-il. «Cette capacité à aborder des situations plus complexes en étant plus efficaces, c'est le fruit de la réforme», conclut-il.












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