Trajet à hauts risques vers l'école!
À Montréal seulement, 3771 enfants ont été victimes d'accidents en moins de 10 ans
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
L’agente Elizabeth Kraska, du poste de quartier 26 dans le quartier Mountain Sights, aide des enfants à traverser à une dangereuse intersection.
À retenir
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Montréal, 7h du matin. En ce matin glacial et gris, le quartier industriel Mountain Sights ne paie pas de mine. La présence de manufactures, de concessionnaires et la proximité de l'autoroute Décarie attirent nombre de poids lourds et autres véhicules vrombissants qui ne partagent pas toujours la route avec les résidants, des moins nantis et des immigrants.
La berline de l'agente Elizabeth Kraska s'engage dans le chemin — de croix! — que doivent parcourir à pied jusqu'à l'école certains enfants des environs. À la hauteur de la rue Victoria, qui est parallèle à l'autoroute Décarie, la rue Jean-Talon a six voies, trois vers l'est et trois vers l'ouest. «Ici, devant une aussi grande intersection, un piéton ne peut pas marcher naturellement, il doit être à la course, c'est l'enfer!» a expliqué l'agente qui travaille au poste de police de quartier 26.
Ce matin n'est pas comme les autres. Dans la nuit, sur l'autoroute Décarie à la hauteur de Jean-Talon, un chauffard a foncé dans une voiture de police, blessant quatre agents. On a même dû faire feu sur le forcené. Conséquence? La «15» est fermée dans les deux directions, donnant lieu à un trafic monstre dans les rues tout autour. Et comme c'est souvent le cas, cette circulation chaotique accentue les risques d'accident dans le secteur.
La petite Jolaine Sihoumnoue en sait quelque chose. Il y a mois, un automobiliste distrait et un peu trop pressé lui a roulé sur le pied alors qu'elle traversait la rue. Comme Jolaine, chaque année, des centaines d'enfants sont happés par un véhicule motorisé dans les rues de Montréal. Entre 1999 et 2008, un total de 3771 enfants âgés de 5 à 17 ans à pied ou à vélo ont été victimes d'accidents. Et ce serait pire si on ne faisait pas que tenir compte des jeunes éclopés transportés en ambulance.
Sans grande surprise, les arrondissements de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et Rosemont-La Petite-Patrie occupent les trois premières positions de ce navrant palmarès. Pourquoi? Ce sont des secteurs où les enfants sont plus nombreux, qui sont striés de grandes artères et où les gens, moins enclins à posséder un véhicule, tendent à marcher davantage. «Ce sont les hypothèses les plus probables», note avec prudence Patrick Morency, médecin spécialiste en santé communautaire et chercheur à la Direction de la santé publique.
Il ajoute à cela une autre cause, celle de la qualité des aménagements routiers. «À Montréal on ne les a pas mesurés comme tel, mais ailleurs, par exemple en Écosse où une étude a comparé deux villes, les quartiers pauvres avaient de quatre à six fois plus d'enfants blessés, constate-t-il. Ils ont quand même réussi à diminuer les accidents en faisant des réaménagements. C'est intéressant de voir qu'il y a des villes dans le monde qui ont réussi à réduire les inégalités par des aménagements plus sécuritaires.»
Aberrations autour des écoles
À Montréal, où la voiture a le feu vert à peu près partout, il reste du chemin à parcourir. Dans les rues entourant les écoles, qui fourmillent de bambins précisément aux heures de pointe, les aberrations se multiplient. Des panneaux de 50 km/h dans la rue de l'école, des voitures stationnées en triple devant les établissements, des intersections à voies multiples sans traverses piétonnes et des corridors scolaires mal indiqués. Parlez-en aux profs, aux brigadiers, aux parents...
Père de famille averti, Alex Montagano a mené son combat notamment à Côte-des-Neiges. À l'époque où il y habitait, des escouades de circulation patrouillaient souvent dans le secteur. Nombre de contraventions se donnaient aux chauffards sans que rien y fasse. M. Montagano a fini par porter ses doléances au conseil d'arrondissement, puis par faire signer une pétition. «Quatre mois après le dépôt de la pétition, un conducteur avait brûlé un feu rouge, frappé quatre piétons, dont deux sont morts. C'est là que je me suis engagé dans le dossier des mesures d'apaisement de la circulation», raconte-t-il en déplorant la lenteur d'action des autorités.
Les différents ordres de gouvernement se renvoient trop souvent la balle. Qui de la ville centre, des arrondissements, du ministère des Transports, de la Sécurité publique ou de la commission scolaire a un rôle à jouer? Cela dépend du type d'aménagement proposé. L'ajout d'un brigadier? Le service de police et la municipalité. L'implantation d'une traverse piétonne lumineuse? Cela dépend si l'installation se fait dans une rue locale, une route collectrice ou une autoroute. Un groupe de parents de l'école Laurier a ainsi attendu pendant six ans qu'on installe un arrêt-stop à une intersection devant l'établissement... en vain.
Priorité aux piétons
Avec la directrice de l'école et le coup de pouce de la Maison d'aurore (qui mène un projet de Quartier vert, actif et en santé en collaboration avec le Centre d'écologie urbaine de Montréal), Jean-François Boyer a toutefois l'intention ferme de gagner son combat contre Goliath. Il sensibilise au danger à coups d'interventions à l'école, dans son quartier, à la ville centre. Son credo? Priorité aux piétons. Il n'a d'ailleurs pas de mal à convaincre les parents de son secteur, le Plateau-Mont-Royal. Il n'accepte pas que des enfants aient à affronter une intersection aussi hostile que Saint-Joseph et De Lorimier pour aller à l'école Saint-Pierre-Claver. Une brigadière a même été fauchée non loin de là. «On a enlevé le brigadier. Mais c'est un feu de circulation qu'on aurait dû mettre, déplore-t-il. On essaie de promouvoir le transport à vélo, mais si les enfants ne peuvent pas traverser des grandes artères comme Saint-Joseph, ça sert à quoi?»
Les cartes produites par les chercheurs de la Direction de la santé publique sont sans équivoque. Les écoles autour desquelles on a répertorié 40 enfants piétons ou cyclistes blessés et plus dans un rayon de 500 mètres sont situées le long d'importantes artères montréalaises qui traversent l'île d'un bout à l'autre, comme l'autoroute métropolitaine et l'avenue Papineau. Près de dix écoles ont pignon sur rue ou sont situées à proximité de cette artère dangereuse.
«Il y a tout plein de facteurs qui peuvent expliquer le risque de blessures, mais le nombre de piétons et le volume du trafic demeurent des indicateurs très importants», rappelle Patrick Morency. D'ailleurs, la croyance largement médiatisée selon laquelle les comportements fautifs du piéton sont en cause dans 80 % des accidents est trompeuse, rapporte un mémoire de l'Agence de la santé et des services sociaux déposé à l'Assemblée nationale en 2007. Il faut plutôt agir sur les facteurs environnementaux, insiste-t-on.
Le règne de l'auto
Cela nécessite un certain courage. Un courage dont ne font pas souvent preuve les autorités, estime le commissaire scolaire depuis 20 ans Kenneth George. «Les grandes artères de la ville ont été conçues pour les gens qui vont à Laval et Ahuntsic et qui travaillent au centre-ville», dit M. George. À l'époque du maire Pierre Bourque, lorsqu'il a commencé comme commissaire, il n'était pas question de nuire au transit pour des raisons économiques. On ne s'en cachait même pas. «Ça a été des années de lutte pour commencer à faire des gains. Ça a commencé à changer lorsqu'André Lavallée est devenu maire d'arrondissement. Il était aussi responsable du transport au comité exécutif», reconnaît M. George.
Professeur à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, Paul Lewis croit pour sa part que la situation s'est aggravée pour les piétons. «J'ai tendance à penser que l'environnement urbain est plus insécurisant qu'il y a 20 ans. Il y a plus d'autos dans les rues et les gens respectent moins la réglementation que par le passé», note-t-il. Les parents qui vont reconduire leurs enfants à l'école «mettent la vie des autres en danger» en raison de «leurs comportements disgracieux».
Des études menées par le Groupe de recherche Ville et mobilité, qu'il dirige, ont conclu que les parents, qui utilisent davantage la voiture pour aller au travail, sont de plus en plus nombreux à aller reconduire leur marmaille à l'école. Le corollaire de cette habitude de vie est que les enfants marchent moins qu'avant, au profit non pas du transport en commun, mais de l'automobile. En 2003, 25 % des élèves du primaire et du secondaire de la grande région de Montréal marchaient pour aller à l'école, contre 32 % en 1998. «Ça n'a pas beaucoup changé aujourd'hui», assure M. Lewis.
Alex Montagano y voit pour sa part le plus aberrant des paradoxes. «On a un problème de société avec l'obésité, mais on ne construit pas nos villes pour les rendre plus sécuritaires et permettre aux élèves de marcher», constate-t-il.
Aménager l'espace
Malgré tout, des concepts tels qu'«apaisement de la circulation» et «aménagement urbain sécuritaire» gagnent du terrain. Surtout autour des écoles. Pour l'instant, Vélo Québec s'en occupe plutôt bien avec son initiative «Mon école à pied, à vélo» à laquelle adhèrent désormais 210 établissements dans 16 régions du Québec. Le programme permet aux écoles de recevoir la visite d'experts qui passent au peigne fin l'environnement de l'établissement. Y a-t-il un réseau cyclable connecté aux écoles? Les intersections sont-elles bien dégagées? Les feux laissent-ils aux piétons le temps de traverser? Une fois l'état des lieux complété, on dresse une liste de recommandations. Le plus grand défi demeure la mobilisation de tous les acteurs — policiers, élus, commissaires, parents — capables d'apporter un changement, note Lucie Lanteigne, directrice générale de Vélo Québec Association. «Rien que pour le diagnostic, ça peut prendre un an.»
Paul Lewis reconnaît qu'il n'est pas mauvais de s'attaquer au problème en commençant par mieux aménager l'environnement immédiat des établissements. «Mais il y a un vice dans l'analyse. Prenons l'exemple d'un enfant qui a un kilomètre à marcher. Si on me dit qu'on sécurise les intersections dans un rayon de 100 mètres autour de l'école, ça veut dire que mon enfant marche 900 mètres sans sécurité aucune, avance-t-il. Il faut sécuriser les trajets sur l'ensemble de l'espace urbain qu'ils doivent parcourir et réduire la vitesse des automobiles, la longueur des traversées, etc.» Dans l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, on travaille depuis plusieurs années à l'élaboration du projet «Namur/Jean-Talon», comprenant des condos et un réaménagement du secteur, y compris le quartier Mountain Sights. Les résidants espèrent y voir un impact sur leur qualité de vie. En attendant, leurs enfants pourront désormais tous aller à l'école... dans l'autobus jaune que vient tout juste de leur autoriser la commission scolaire.
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La berline de l'agente Elizabeth Kraska s'engage dans le chemin — de croix! — que doivent parcourir à pied jusqu'à l'école certains enfants des environs. À la hauteur de la rue Victoria, qui est parallèle à l'autoroute Décarie, la rue Jean-Talon a six voies, trois vers l'est et trois vers l'ouest. «Ici, devant une aussi grande intersection, un piéton ne peut pas marcher naturellement, il doit être à la course, c'est l'enfer!» a expliqué l'agente qui travaille au poste de police de quartier 26.
Ce matin n'est pas comme les autres. Dans la nuit, sur l'autoroute Décarie à la hauteur de Jean-Talon, un chauffard a foncé dans une voiture de police, blessant quatre agents. On a même dû faire feu sur le forcené. Conséquence? La «15» est fermée dans les deux directions, donnant lieu à un trafic monstre dans les rues tout autour. Et comme c'est souvent le cas, cette circulation chaotique accentue les risques d'accident dans le secteur.
La petite Jolaine Sihoumnoue en sait quelque chose. Il y a mois, un automobiliste distrait et un peu trop pressé lui a roulé sur le pied alors qu'elle traversait la rue. Comme Jolaine, chaque année, des centaines d'enfants sont happés par un véhicule motorisé dans les rues de Montréal. Entre 1999 et 2008, un total de 3771 enfants âgés de 5 à 17 ans à pied ou à vélo ont été victimes d'accidents. Et ce serait pire si on ne faisait pas que tenir compte des jeunes éclopés transportés en ambulance.
Sans grande surprise, les arrondissements de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et Rosemont-La Petite-Patrie occupent les trois premières positions de ce navrant palmarès. Pourquoi? Ce sont des secteurs où les enfants sont plus nombreux, qui sont striés de grandes artères et où les gens, moins enclins à posséder un véhicule, tendent à marcher davantage. «Ce sont les hypothèses les plus probables», note avec prudence Patrick Morency, médecin spécialiste en santé communautaire et chercheur à la Direction de la santé publique.
Il ajoute à cela une autre cause, celle de la qualité des aménagements routiers. «À Montréal on ne les a pas mesurés comme tel, mais ailleurs, par exemple en Écosse où une étude a comparé deux villes, les quartiers pauvres avaient de quatre à six fois plus d'enfants blessés, constate-t-il. Ils ont quand même réussi à diminuer les accidents en faisant des réaménagements. C'est intéressant de voir qu'il y a des villes dans le monde qui ont réussi à réduire les inégalités par des aménagements plus sécuritaires.»
Aberrations autour des écoles
À Montréal, où la voiture a le feu vert à peu près partout, il reste du chemin à parcourir. Dans les rues entourant les écoles, qui fourmillent de bambins précisément aux heures de pointe, les aberrations se multiplient. Des panneaux de 50 km/h dans la rue de l'école, des voitures stationnées en triple devant les établissements, des intersections à voies multiples sans traverses piétonnes et des corridors scolaires mal indiqués. Parlez-en aux profs, aux brigadiers, aux parents...
Père de famille averti, Alex Montagano a mené son combat notamment à Côte-des-Neiges. À l'époque où il y habitait, des escouades de circulation patrouillaient souvent dans le secteur. Nombre de contraventions se donnaient aux chauffards sans que rien y fasse. M. Montagano a fini par porter ses doléances au conseil d'arrondissement, puis par faire signer une pétition. «Quatre mois après le dépôt de la pétition, un conducteur avait brûlé un feu rouge, frappé quatre piétons, dont deux sont morts. C'est là que je me suis engagé dans le dossier des mesures d'apaisement de la circulation», raconte-t-il en déplorant la lenteur d'action des autorités.
Les différents ordres de gouvernement se renvoient trop souvent la balle. Qui de la ville centre, des arrondissements, du ministère des Transports, de la Sécurité publique ou de la commission scolaire a un rôle à jouer? Cela dépend du type d'aménagement proposé. L'ajout d'un brigadier? Le service de police et la municipalité. L'implantation d'une traverse piétonne lumineuse? Cela dépend si l'installation se fait dans une rue locale, une route collectrice ou une autoroute. Un groupe de parents de l'école Laurier a ainsi attendu pendant six ans qu'on installe un arrêt-stop à une intersection devant l'établissement... en vain.
Priorité aux piétons
Avec la directrice de l'école et le coup de pouce de la Maison d'aurore (qui mène un projet de Quartier vert, actif et en santé en collaboration avec le Centre d'écologie urbaine de Montréal), Jean-François Boyer a toutefois l'intention ferme de gagner son combat contre Goliath. Il sensibilise au danger à coups d'interventions à l'école, dans son quartier, à la ville centre. Son credo? Priorité aux piétons. Il n'a d'ailleurs pas de mal à convaincre les parents de son secteur, le Plateau-Mont-Royal. Il n'accepte pas que des enfants aient à affronter une intersection aussi hostile que Saint-Joseph et De Lorimier pour aller à l'école Saint-Pierre-Claver. Une brigadière a même été fauchée non loin de là. «On a enlevé le brigadier. Mais c'est un feu de circulation qu'on aurait dû mettre, déplore-t-il. On essaie de promouvoir le transport à vélo, mais si les enfants ne peuvent pas traverser des grandes artères comme Saint-Joseph, ça sert à quoi?»
Les cartes produites par les chercheurs de la Direction de la santé publique sont sans équivoque. Les écoles autour desquelles on a répertorié 40 enfants piétons ou cyclistes blessés et plus dans un rayon de 500 mètres sont situées le long d'importantes artères montréalaises qui traversent l'île d'un bout à l'autre, comme l'autoroute métropolitaine et l'avenue Papineau. Près de dix écoles ont pignon sur rue ou sont situées à proximité de cette artère dangereuse.
«Il y a tout plein de facteurs qui peuvent expliquer le risque de blessures, mais le nombre de piétons et le volume du trafic demeurent des indicateurs très importants», rappelle Patrick Morency. D'ailleurs, la croyance largement médiatisée selon laquelle les comportements fautifs du piéton sont en cause dans 80 % des accidents est trompeuse, rapporte un mémoire de l'Agence de la santé et des services sociaux déposé à l'Assemblée nationale en 2007. Il faut plutôt agir sur les facteurs environnementaux, insiste-t-on.
Le règne de l'auto
Cela nécessite un certain courage. Un courage dont ne font pas souvent preuve les autorités, estime le commissaire scolaire depuis 20 ans Kenneth George. «Les grandes artères de la ville ont été conçues pour les gens qui vont à Laval et Ahuntsic et qui travaillent au centre-ville», dit M. George. À l'époque du maire Pierre Bourque, lorsqu'il a commencé comme commissaire, il n'était pas question de nuire au transit pour des raisons économiques. On ne s'en cachait même pas. «Ça a été des années de lutte pour commencer à faire des gains. Ça a commencé à changer lorsqu'André Lavallée est devenu maire d'arrondissement. Il était aussi responsable du transport au comité exécutif», reconnaît M. George.
Professeur à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, Paul Lewis croit pour sa part que la situation s'est aggravée pour les piétons. «J'ai tendance à penser que l'environnement urbain est plus insécurisant qu'il y a 20 ans. Il y a plus d'autos dans les rues et les gens respectent moins la réglementation que par le passé», note-t-il. Les parents qui vont reconduire leurs enfants à l'école «mettent la vie des autres en danger» en raison de «leurs comportements disgracieux».
Des études menées par le Groupe de recherche Ville et mobilité, qu'il dirige, ont conclu que les parents, qui utilisent davantage la voiture pour aller au travail, sont de plus en plus nombreux à aller reconduire leur marmaille à l'école. Le corollaire de cette habitude de vie est que les enfants marchent moins qu'avant, au profit non pas du transport en commun, mais de l'automobile. En 2003, 25 % des élèves du primaire et du secondaire de la grande région de Montréal marchaient pour aller à l'école, contre 32 % en 1998. «Ça n'a pas beaucoup changé aujourd'hui», assure M. Lewis.
Alex Montagano y voit pour sa part le plus aberrant des paradoxes. «On a un problème de société avec l'obésité, mais on ne construit pas nos villes pour les rendre plus sécuritaires et permettre aux élèves de marcher», constate-t-il.
Aménager l'espace
Malgré tout, des concepts tels qu'«apaisement de la circulation» et «aménagement urbain sécuritaire» gagnent du terrain. Surtout autour des écoles. Pour l'instant, Vélo Québec s'en occupe plutôt bien avec son initiative «Mon école à pied, à vélo» à laquelle adhèrent désormais 210 établissements dans 16 régions du Québec. Le programme permet aux écoles de recevoir la visite d'experts qui passent au peigne fin l'environnement de l'établissement. Y a-t-il un réseau cyclable connecté aux écoles? Les intersections sont-elles bien dégagées? Les feux laissent-ils aux piétons le temps de traverser? Une fois l'état des lieux complété, on dresse une liste de recommandations. Le plus grand défi demeure la mobilisation de tous les acteurs — policiers, élus, commissaires, parents — capables d'apporter un changement, note Lucie Lanteigne, directrice générale de Vélo Québec Association. «Rien que pour le diagnostic, ça peut prendre un an.»
Paul Lewis reconnaît qu'il n'est pas mauvais de s'attaquer au problème en commençant par mieux aménager l'environnement immédiat des établissements. «Mais il y a un vice dans l'analyse. Prenons l'exemple d'un enfant qui a un kilomètre à marcher. Si on me dit qu'on sécurise les intersections dans un rayon de 100 mètres autour de l'école, ça veut dire que mon enfant marche 900 mètres sans sécurité aucune, avance-t-il. Il faut sécuriser les trajets sur l'ensemble de l'espace urbain qu'ils doivent parcourir et réduire la vitesse des automobiles, la longueur des traversées, etc.» Dans l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, on travaille depuis plusieurs années à l'élaboration du projet «Namur/Jean-Talon», comprenant des condos et un réaménagement du secteur, y compris le quartier Mountain Sights. Les résidants espèrent y voir un impact sur leur qualité de vie. En attendant, leurs enfants pourront désormais tous aller à l'école... dans l'autobus jaune que vient tout juste de leur autoriser la commission scolaire.
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