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Université Concordia - Les irrépréhensibles

Marie-Andrée Chouinard   24 janvier 2011  Éducation
C'est avec fierté que le président du conseil d'administration de l'Université Concordia, Peter Kruyt, a confirmé vendredi dernier le retour de Frederick H. Lowy pour présider aux destinées de l'université en pleine crise de leadership. Le sauveur, qui doit renouer le dialogue entre le conseil et la communauté universitaire, a déjà dirigé Concordia de 1995 à 2005.

Effectuons un bref retour en arrière. C'est aussi avec fierté que le même Peter Kruyt présenta en février 2008 l'arrivée de la présidente Judith Woodsworth à la tête de Concordia. «Une leader dynamique et efficace», dit alors M. Kruyt, qui présidait le comité ayant recommandé cette candidate. Puis, en décembre dernier, à mi-chemin de son mandat, Mme Woodsworth a quitté son poste dans des circonstances toujours non éclaircies.

Faisons un autre recul dans l'histoire. Une fierté semblable teintait les propos du président du conseil Alain Benedetti lorsqu'il annonça en mai 2005 la venue de Claude Lajeunesse comme recteur de Concordia. «La personne idéale», «le leader parfait», avançait M. Benedetti, qui avait aussi présidé le comité ayant préféré M. Lajeunesse aux autres candidats. En 2007, pourtant, le conseil a demandé au «leader parfait» de s'éclipser, on ne sait toujours pourquoi.

Ce qui nous mène à poser cette question: quelle part de responsabilité endossent aujourd'hui ces conseils d'administration dans le départ de recteurs-girouettes passés à la vitesse de l'éclair de dirigeants d'exception à piètres gestionnaires? Ce conseil n'est-il pas garant de ses propres errements?

La question, posée vendredi à Peter Kruyt, fut gentiment mise de côté. Voilà un silence qui rappelle la déconvenue de l'UQAM. En scrutant les déboires immobiliers de l'établissement, le vérificateur général avait souligné de déplorables failles dans la gouvernance de l'université; il avait conclu à la négligence du conseil d'administration, à celle de l'Assemblée des gouverneurs du réseau UQ et même du ministère de l'Éducation.

Les principes de saine gouvernance et la responsabilisation du conseil d'administration des universités sont au coeur même du projet de loi 38 que Québec doit relancer. Cette loi est née des errements de l'UQAM, dont l'opération de sauvetage a coûté des centaines de millions en deniers publics. Elle doit être analysée et revue à la lumière de ce qui se trame maintenant à Concordia, où l'on chuchote que 10 millions ont été versés en dix ans pour le départ prématuré de plusieurs employés...

La loi 38 indispose les membres de la communauté universitaire, soit. Ils y voient la menace d'une mainmise encore plus imposante des membres indépendants siégeant au conseil d'administration des universités. Ils y voient la consécration de la gestion chancelante que Concordia affiche.

Cette loi doit en effet être peaufinée, ce que la poursuite de la commission parlementaire doit permettre. Mais elle contient la promesse de conseils d'administration mieux composés, plus efficaces et responsables, le tout sous l'oeil attentif d'un membre nommé par le gouvernement. Les irrépréhensibles ne pourront pas toujours se draper dans le silence.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Khayman - Abonné
    24 janvier 2011 08 h 00
    Parce qu'on ne fabrique pas des hot-dogs
    Je suis fatigué de vous lire à propos de la loi 38. Vos propos cristallisent la pensée magique répandue dans le milieu politique et journalistique que l'on évitera les abus en éducation post-secondaire en renforçant les pouvoir du conseil d'administration et en le dopant de membres externes. Cette pensée magique a été démolie lors des consultations qui ont eu lieu en 2009 concernant les lois 38 et 44.

    Lors de ces consultations, les intervenants du syndicat des professeurs de l'Université de Montréal ont bien exposé que les problèmes actuels sont le résultat d'une gestion intransigeante des institutions scolaires, gestion de plus en plus coupée de sa première ligne au fur et à mesure qu'on diminue le poids de cette dernière dans les processus décisionnels. En augmentant la présence de membres externes BÉNÉVOLES sur les CA, vous augmentez le nombre de personnes qui n'y connaissent rien en éducation et vous augmentez le nombre de personnes qui ne sont pas animées par le seul désir de faire du bénévolat.

    Dans mon collège, la direction s'est dotée d'un service de communications qui détourne l'attention des vrais enjeux vécus par les personnes qui sont en classe : un trop grand nombre d'étudiants en début de session (certains étudiants assistent au cours debout dans la première semaine), des conduites d'eau qui pètent à répétition lors des grands froids et inondent des bureaux de profs, une ventilation inadéquate et bruyante, etc. Nos infrastructures sont vieillottes et le mauvais financement actuel ne permet pas de les rénover. Que fait-on alors ? On se paie un service des communications à moindre coût qui crée une diversion en nous parlant de notre si merveilleuse équipe de football et qui nous envoie pas moins de 11 (!!!) messages de Joyeuses Fêtes des différents services.

    Par pitié, allez faire un tour sur le terrain afin de mieux maîtriser votre sujet.

    Transparence et collégialité
    http://www.fneeq.qc.ca/fr/uni
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  • Bernard Terreault - Abonné
    24 janvier 2011 10 h 37
    On n'a malheureusement plus le choix
    Le Gouvernement du Québec payant de loin la plus grosse part des coûts de l'Université, il est devenu inévitable qu'il surveille l'utilisation des fonds publics. Comme universitaire retraité, cela me chagrine de voir l'autonomie universitaire diminuée, mais il faut avouer que l'Université n'était plus (ou n'a jamais été!) cette "communauté d'intellectuels" souvent idéalisée. L'histoire de Concordia nous montre l'emprise sur les conseils d'administration des gens d'affaires incultes, qui n'y sont que pour les relations publiques ou pour pousser leurs propres agendas ; le fiasco de l'UQAM nous a illustré la folie ìmmobilière qui peut s'emparer de recteurs incompétents poussés par des administeurs ambitieux. Et on a probablement évité de justesse une déconvenue semblable à l'Université de Montréal où un recteur à tendance "business", appuyé par la communauté dea affaires, voulait aussi se lancer dans un ambitieux programme immobilier. Et j'ai mes doutes sur le campus Longueuil de l'UdeS, qui me semble bien désert. Espérons que la loi à venir prévoiera un mécanisme rigoureux et non partisan de surveillance et de nomination aux conseils d'administration. (Je prévois un combat sans répit de la part de McGill pour se soustraire à toute forme de contrainte, en utiisant l'argument de leur financement privé relativement important.)
    B. T., prof-chercher retraité de l'INRS
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  •  
  • JacquesD - Abonné
    30 janvier 2011 01 h 56
    Concordia et le PLQ
    Board of Governors Political Donations: 96 per cent Liberal (http://thelinknewspaper.ca/article/865)

    http://www.ledevoir.com/politique/canada/315750/pr
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  • asclepios - Inscrit
    26 février 2011 19 h 08
    Quand les universités sont dirigées par des ambitieux.
    L'ambition est considérée comme une vertu dans une économie de libre marché. L'entrepreneur ambitieux ose prendre des risques parce qu'il est sûr de lui et que si, personnellemnet, il échoue dans son entreprise, d'autres comme lui réussiront et alors l'ensemble de la société en sera plus riche. C'est le paradoxe de l'individualisme qui profite à l'ensemble. Je m'enrichis, donc c'est bon pour la société!

    L'erreur à éviter, c'est de ne retenir que cette dernière phrase. Lorsqu'un conseil d'administration investit les fonds de son université dans la construction et l'immobilier, il prend des risques. S'il comprend par là qu'il fait preuve d'esprit d'entreprise, c'est justifiable.

    Cependant, un conseil d'administration ne doit pas oublier que la mission première de l'université est d'offrir un lieu favorable à la recherche et à la transmission de la connaissance.

    Je soupçonne qu'à Concordia, tout comme ça s'est avéré à l'UQAM, les administrateurs ont perdu de vue la raison d'être de l'établissement confié à leurs soins et interfèrent avec la bonne marche de la vie académique. Comment peut-on remédier à cet état de fait? Malheureusement, les facultés sont endormies et le gouvernement tarde à intervenir.
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