Université Concordia - Les irrépréhensibles
C'est avec fierté que le président du conseil d'administration de l'Université Concordia, Peter Kruyt, a confirmé vendredi dernier le retour de Frederick H. Lowy pour présider aux destinées de l'université en pleine crise de leadership. Le sauveur, qui doit renouer le dialogue entre le conseil et la communauté universitaire, a déjà dirigé Concordia de 1995 à 2005.
Effectuons un bref retour en arrière. C'est aussi avec fierté que le même Peter Kruyt présenta en février 2008 l'arrivée de la présidente Judith Woodsworth à la tête de Concordia. «Une leader dynamique et efficace», dit alors M. Kruyt, qui présidait le comité ayant recommandé cette candidate. Puis, en décembre dernier, à mi-chemin de son mandat, Mme Woodsworth a quitté son poste dans des circonstances toujours non éclaircies.
Faisons un autre recul dans l'histoire. Une fierté semblable teintait les propos du président du conseil Alain Benedetti lorsqu'il annonça en mai 2005 la venue de Claude Lajeunesse comme recteur de Concordia. «La personne idéale», «le leader parfait», avançait M. Benedetti, qui avait aussi présidé le comité ayant préféré M. Lajeunesse aux autres candidats. En 2007, pourtant, le conseil a demandé au «leader parfait» de s'éclipser, on ne sait toujours pourquoi.
Ce qui nous mène à poser cette question: quelle part de responsabilité endossent aujourd'hui ces conseils d'administration dans le départ de recteurs-girouettes passés à la vitesse de l'éclair de dirigeants d'exception à piètres gestionnaires? Ce conseil n'est-il pas garant de ses propres errements?
La question, posée vendredi à Peter Kruyt, fut gentiment mise de côté. Voilà un silence qui rappelle la déconvenue de l'UQAM. En scrutant les déboires immobiliers de l'établissement, le vérificateur général avait souligné de déplorables failles dans la gouvernance de l'université; il avait conclu à la négligence du conseil d'administration, à celle de l'Assemblée des gouverneurs du réseau UQ et même du ministère de l'Éducation.
Les principes de saine gouvernance et la responsabilisation du conseil d'administration des universités sont au coeur même du projet de loi 38 que Québec doit relancer. Cette loi est née des errements de l'UQAM, dont l'opération de sauvetage a coûté des centaines de millions en deniers publics. Elle doit être analysée et revue à la lumière de ce qui se trame maintenant à Concordia, où l'on chuchote que 10 millions ont été versés en dix ans pour le départ prématuré de plusieurs employés...
La loi 38 indispose les membres de la communauté universitaire, soit. Ils y voient la menace d'une mainmise encore plus imposante des membres indépendants siégeant au conseil d'administration des universités. Ils y voient la consécration de la gestion chancelante que Concordia affiche.
Cette loi doit en effet être peaufinée, ce que la poursuite de la commission parlementaire doit permettre. Mais elle contient la promesse de conseils d'administration mieux composés, plus efficaces et responsables, le tout sous l'oeil attentif d'un membre nommé par le gouvernement. Les irrépréhensibles ne pourront pas toujours se draper dans le silence.
***
machouinard@ledevoir.com
Effectuons un bref retour en arrière. C'est aussi avec fierté que le même Peter Kruyt présenta en février 2008 l'arrivée de la présidente Judith Woodsworth à la tête de Concordia. «Une leader dynamique et efficace», dit alors M. Kruyt, qui présidait le comité ayant recommandé cette candidate. Puis, en décembre dernier, à mi-chemin de son mandat, Mme Woodsworth a quitté son poste dans des circonstances toujours non éclaircies.
Faisons un autre recul dans l'histoire. Une fierté semblable teintait les propos du président du conseil Alain Benedetti lorsqu'il annonça en mai 2005 la venue de Claude Lajeunesse comme recteur de Concordia. «La personne idéale», «le leader parfait», avançait M. Benedetti, qui avait aussi présidé le comité ayant préféré M. Lajeunesse aux autres candidats. En 2007, pourtant, le conseil a demandé au «leader parfait» de s'éclipser, on ne sait toujours pourquoi.
Ce qui nous mène à poser cette question: quelle part de responsabilité endossent aujourd'hui ces conseils d'administration dans le départ de recteurs-girouettes passés à la vitesse de l'éclair de dirigeants d'exception à piètres gestionnaires? Ce conseil n'est-il pas garant de ses propres errements?
La question, posée vendredi à Peter Kruyt, fut gentiment mise de côté. Voilà un silence qui rappelle la déconvenue de l'UQAM. En scrutant les déboires immobiliers de l'établissement, le vérificateur général avait souligné de déplorables failles dans la gouvernance de l'université; il avait conclu à la négligence du conseil d'administration, à celle de l'Assemblée des gouverneurs du réseau UQ et même du ministère de l'Éducation.
Les principes de saine gouvernance et la responsabilisation du conseil d'administration des universités sont au coeur même du projet de loi 38 que Québec doit relancer. Cette loi est née des errements de l'UQAM, dont l'opération de sauvetage a coûté des centaines de millions en deniers publics. Elle doit être analysée et revue à la lumière de ce qui se trame maintenant à Concordia, où l'on chuchote que 10 millions ont été versés en dix ans pour le départ prématuré de plusieurs employés...
La loi 38 indispose les membres de la communauté universitaire, soit. Ils y voient la menace d'une mainmise encore plus imposante des membres indépendants siégeant au conseil d'administration des universités. Ils y voient la consécration de la gestion chancelante que Concordia affiche.
Cette loi doit en effet être peaufinée, ce que la poursuite de la commission parlementaire doit permettre. Mais elle contient la promesse de conseils d'administration mieux composés, plus efficaces et responsables, le tout sous l'oeil attentif d'un membre nommé par le gouvernement. Les irrépréhensibles ne pourront pas toujours se draper dans le silence.
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