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Droits de scolarité - Le modèle québécois n'a rien d'une anomalie

Louis Dumont, Guy Rocher et Michel Seymour - Professeurs à l'Université de Montréal  17 janvier 2011  Éducation
Les étudiants québécois n’accèdent pas directement à l’université à la fin de leurs études secondaires; ils passent par le «filtre» des cégeps. Cela explique peut-être en partie pourquoi ils ne sont pas plus nombreux à s’inscrire aux études universitaires, malgré des droits de scolarité moins élevés qu’ailleurs au Canada. Ci-dessus, l’Université Laval. <br />
Photo : Clément Allard - Le Devoir
Les étudiants québécois n’accèdent pas directement à l’université à la fin de leurs études secondaires; ils passent par le «filtre» des cégeps. Cela explique peut-être en partie pourquoi ils ne sont pas plus nombreux à s’inscrire aux études universitaires, malgré des droits de scolarité moins élevés qu’ailleurs au Canada. Ci-dessus, l’Université Laval.
Dans Le Devoir du 5 janvier 2011, Robert Lacroix, Claude Montmarquette et Alain Caillé, tous d'anciens de l'Université de Montréal, reviennent sur la question d'un meilleur financement des universités québécoises, en mettant cette fois à l'avant-plan le sous-financement des activités de recherche qui pénalise surtout des institutions comme leur alma mater, l'Université de Montréal.

Le remède qu'ils proposent pose toutefois problème. Les auteurs estiment que la solution réside dans la hausse rapide des droits de scolarité permettant d'atteindre en quelques années la moyenne canadienne. Nous estimons au contraire que si le gouvernement du Québec s'engageait dans cette voie, on assisterait à un désengagement massif des étudiants qui envisagent de fréquenter une université québécoise. En effet, plusieurs chercheurs et administrateurs universitaires canadiens se rendent maintenant compte de l'erreur qui consiste à fonctionner dans un régime où les étudiants ont à débourser des droits de scolarité de plus en plus élevés.

Dans leur plus récent livre La Tour de papier. L'université, mais à quel prix?, James E. Côté et Anton L. Allahar soulignent les conséquences néfastes de droits élevés. Selon leurs observations, les gouvernements qui ont avalisé de telles hausses se désengagent alors de leurs responsabilités du financement de l'éducation supérieure, les étudiants veulent un retour immédiat sur leur investissement, en forçant une hausse marquée des notes qui leur sont accordées, et les universités se transforment en usines à diplômes. Pourquoi voudrions-nous de ce scénario au Québec?

Effet pervers d'une hausse


Une hausse significative des droits de scolarité entraînera des effets pervers. Depuis dix ans, la moyenne des notes accordées aux étudiants a été haussée dans presque toutes les universités au Canada. Cette hausse est survenue en parfaite corrélation avec l'augmentation vertigineuse des droits de scolarité. Plus les étudiants paient cher leurs études, plus ils font pression pour obtenir de bonnes notes.

Autre effet paradoxal: toute hausse des droits de scolarité est à mettre en corrélation avec le désengagement financier de l'État. Les universités risquent donc de n'y rien gagner. Enfin, on risque d'assister à la transformation de l'Université en une usine à diplômes. Les universités sont financées en grande partie selon le nombre d'étudiants qu'elles accueillent et qu'elles parviennent à diplômer. La production des diplômes devient alors un indice de productivité. Ceux qui critiquent le tournant entrepreneurial de l'Université ne remettent pas souvent en cause l'objectif d'une performance productiviste, et ce, bien qu'elle soit pourtant une manifestation éclatante de cette vision entrepreneuriale.

Ce corporatisme est très souvent un point aveugle dans nos réflexions sur l'université. Et lorsque les objectifs productivistes prennent le pas sur la qualité de l'enseignement ainsi que sur la rigueur dans l'attribution des notes, et que les dirigeants universitaires et gouvernementaux n'accordent pas suffisamment d'importance à la formation fondamentale, l'Université se dérobe à la tâche de préparer les étudiants à jouer un rôle critique dans leurs sphères respectives.

Une anomalie sur le continent?


Il n'y a pas au Québec un enthousiasme aussi frénétique des parents en faveur de l'idée que leurs enfants fréquentent l'université, contrairement à ce qui se passe au Canada et aux États-Unis. On peut même dire que nous vivons à ce titre un problème inverse. Le problème du décrochage scolaire et du peu d'intérêt pour les sciences et les technologies, vécu aussi au Canada, mais de façon plus marquée au Québec, est un indice probant du peu d'attrait que représente l'université pour la population en général.

Là ne s'arrêtent pas les différences entre le Québec et le reste de l'Amérique du Nord. Contrairement à ce qui se passe sur le reste du continent, les étudiants québécois n'accèdent pas directement à l'université à la fin de leurs études secondaires. Les cégeps jouent en ce sens un rôle important de filtre. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles les étudiants québécois ne sont pas plus nombreux à s'inscrire aux études universitaires, malgré des droits de scolarité moins élevés qu'ailleurs au Canada.

De façon plus frappante encore, on a assisté au désengagement financier des gouvernements et à une hausse significative des droits de scolarité dans les autres provinces du Canada. Au Québec, le gouvernement est davantage impliqué financièrement dans les budgets de fonctionnement des universités et les droits de scolarité sont moins élevés. L'endettement des étudiants est moindre et la course aux crédits, bien que réelle, ne prend pas une importance aussi grande. On ne craint pas autant au Québec de produire des diplômés sans emploi. Au contraire, on craint qu'il n'y ait pas assez de diplômés pour faire face aux demandes d'emploi des entreprises.

Dans la moyenne de l'OCDE

Le regard critique qui peut être porté sur la société canadienne jette donc un nouvel éclairage sur la situation particulière du Québec. On présente souvent le modèle québécois comme une anomalie par rapport au reste du continent. Mais il faut savoir que les universités, au Canada et aux États-Unis, ont des droits de scolarité parmi les plus élevés des pays de l'OCDE.

En bref, le Québec se situe dans la moyenne des pays de l'OCDE et il ressemble davantage aux pays européens. C'est seulement quand on le compare au reste du continent nord-américain qu'il semble faire bande à part. Il faut alors peut-être dénoncer les droits de scolarité élevés ainsi que le désengagement de l'État dans l'éducation supérieure observé partout au Canada et aux États-Unis, au lieu de s'en prendre à la politique de droits de scolarité peu élevés qui caractérise le modèle québécois.

Un seul remède?


Le milieu universitaire québécois a eu raison de demander le rétablissement des transferts fédéraux en matière d'éducation supérieure à la hauteur de ceux qui étaient en vigueur en 1994-1995. Ces sources supplémentaires de revenu permettraient de résoudre à long terme le problème du financement universitaire. MM. Lacroix, Montmarquette et Caillé passent sous silence le désengagement du gouvernement fédéral dans les transferts aux provinces en matière d'éducation supérieure. Ils ne choisissent qu'un seul remède qui aura comme conséquence pour les étudiants de faire face non seulement à une dette publique élevée, mais aussi à une dette personnelle importante.

Il existe d'autres façons de faire, en plus de continuer d'exiger de la part du gouvernement fédéral le rétablissement des transferts fédéraux pour l'éducation supérieure à la hauteur de la proportion accordée en 1994-1995. Voici quelques exemples:

  • imposer une taxe à l'expertise universitaire pour les grandes sociétés dont le développement repose sur des compétences universitaires;
  • hausser les redevances liées à l'exploration et l'exploitation minière et gazière;
  • récupérer les sommes perdues à cause de l'évasion fiscale (paradis fiscaux, comptes secrets dans des banques suisses);
  • introduire de nouveaux paliers d'imposition pour les plus riches de notre société qui ont pu, grâce à des études supérieures universitaires, accéder à une profession lucrative.

De cette façon, l'équité et l'accessibilité seront préservées: le financement de toutes nos universités sera bonifié sans la contrepartie négative d'une décroissance attendue de leur fréquentation par les prochaines générations d'étudiants.

***

Louis Dumont, Guy Rocher et Michel Seymour - Professeurs à l'Université de Montréal
 
 
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  • France Marcotte - Abonnée
    17 janvier 2011 07 h 22
    Des intellectuels éclairés en renfort
    Lumineux!

    Quand ceux qui savent le mieux viennent prêter main forte à ceux qui veulent de leur mieux mais sans grand pouvoir, on a un aperçu de ce que le Québec a le potentiel de devenir.
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    17 janvier 2011 07 h 25
    Salaire moyen des profs au Québec: 103,000$
    Est-ce que les universités québécois sont sous-financées? Ou mal administrées?
    Pensez juste à la saga du rectorat à Concordia? Au teminus de Berri? A la limousine du recteur de Laval?
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  • alen - Inscrit
    17 janvier 2011 08 h 22
    Voila!..
    Robert Lacroix et Claude Montmarquette étaient, si je ne me trompe pas, co-signataires du <manifeste> des lucides. Deux autres qui, comme Claude Castonguay, veulent mettre la main sur le <pécule> de la <p'tite classe moyenne>.

    Ils ne disent surtout pas que les plus riches vont recouvrir 50 % de la hausse des frais par le biais de l'impôt, contre 0 % à 30 % pour les moins bien nantis.

    Bref, tout leur discours n'a qu'un but, varlopper la p'tite classe moyenne et ramener l'état bourgeois dont s'ennuient les grandes familles d'antan.
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  • B Landry - Inscrit
    17 janvier 2011 09 h 45
    Incohérence
    Ben oui ces chers lucides qui se plaignent que le Québec est la plus taxée et imposée en Amérique du Nord, mais qui ont comme solution d'aller taxée les deux-trois secteurs où nous sommes avantagés, comme pour les droits de scolarité et les tarifs hydroélectriques.
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  • MJ - Inscrite
    17 janvier 2011 10 h 01
    Faciliter l’accès à l’enseignement universitaire et aux études avancées (1)
    Pourquoi ne pas réserver le collégial pour la formation technique,
    et permettre un accès direct à l’université, après l’école secondaire, quitte à allonger d’un an la formation universitaire par une formation préparatoire? Compte tenu de la durée des études universitaires (2e et 3e cycles) et de besoins accrus de formations de pointe dans notre société, une réforme en ce sens serait bienvenue.

    On a bien éliminé la 7e du cours primaire, il y a quelques décennies, puisqu’il s’agissait, disait-on, d’une année de révision du cours primaire. La création des Cegeps vers la fin des années 1960 a été justifiée par des motifs de démocratisation de l’enseignement et d’une plus grande accessibilité aux études supérieures. En effet, le cours classique, choisi par l’élite de l'époque (8 ans de formation après le primaire) et qui était dispensé dans les collèges privés, menait à l’université mais allongeait la durée de fréquentation scolaire, contrairement au cours scientifique (choisi davantage par la classe populaire) qui était offert dans les écoles publiques et après lequel il était possible d’accéder à l’université, soit après une 12e année. Quelques-uns qui avaient d’excellents résultats scolaires pouvaient même se rendre directement à l’université après une 11e année du cours scientifique. Toutefois, les parents avaient le pouvoir de s’opposer à ce que leurs enfants et adolescents doués sautent la 7e ou la 12e, sous prétexte d’immaturité sociale face à un changement de cohorte avec des étudiants plus âgés!
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  • MJ - Inscrite
    17 janvier 2011 10 h 03
    Faciliter l’accès à l’enseignement universitaire et aux études avancées
    Consacre-t-on suffisamment de ressources pour un enseignement de qualité à tous les niveaux d’enseignement? S’interroge-t-on sur les possibilités qu’un manque d’encadrement scolaire (classes trop nombreuses), et l’absence de modèles pour les jeunes peuvent être causes de décrochage scolaire? Particulièrement, si ces jeunes sont laissés à eux-mêmes dans leur famille d’origine et ne bénéficient pas d’un soutien parental nécessaire pour la poursuite et le succès de leurs études?

    Sous prétexte de démocratiser l’enseignement, la création des cegeps a rallongé la durée des études et compromis pour certains l’accès à l’université. Plus on retarde l’entrée à l’université, plus il y a de risques de décrochage scolaire de la part des étudiants pour diverses raisons, économiques ou autres.
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  • Paule Savignac - Abonnée
    17 janvier 2011 10 h 19
    Les notes montent
    Les frais de scolarité universitaire n'ont pas bougé au Québec depuis longtemps, et les notes montent depuis longtemps.

    Il n'est donc pas clair que l'enflure des notes, et donc la diminution des taux d'échecs, eh! oui, soit causée par des frais qui montent.

    C'est aussi une question d'époque: l'école, comme on dit, est une chambre d'écho de la société tout entière... On enfle de partout, on n'ose plus porter un jugement sur les étudiants, et sur personne d'ailleurs, la corruption règne partout.

    En réalité, les hautes notes justement sont une forme de corruption: les professeurs sont évalués par les étudiants et on sait bien que les hautes notes sont un facteur de belles évaluations des professeurs de la part des étudiants. Les administrations comme les enseignants savent qu'ils achètent la paix avec de hautes notes... Surtout les jeunes professeurs qui sont très vulnérables aux évaluations négatives. (Très belle étude à ce sujet: Valen E. JOHNSON, «Grade Inflation. A Crisis in College Education.», New York NY: Springer, 2003.)



    Louis.Marc.Bourdeau@Gmail.com
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  • Michele - Inscrite
    17 janvier 2011 10 h 21
    Des parents prêts à tout
    Aux niveaux primaire et secondaire, il existe déjà une logique marchande de l'éducation. De plus en plus de parents optent pour le privé dans la région montréalaise et n'hésitent pas à défrayer les coûts parfois exhorbitants d'une éducation exclusive. De plus, pour ceux qui en ont les moyens, on retrouve des tuteurs, l'aide au devoir, les camps de préparation de toute sorte, le matériel pédagogique d'appoint, les travaux disponible en ligne, les correcteurs de travaux. Bref, l'esprit marchand a déjà envahi le système.

    Comment justifier qu'il en soi autrement à l'Université?

    La logique marchande prévalant aux niveaux primaire et secondaire s'articule en faux avec les principes d'équité et d'accessibilité préconisés aux niveaux supérieurs.
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  • Bernard Terreault - Abonné
    17 janvier 2011 11 h 21
    Ce n'est pas une question académique, mais politique
    Comme je l'indiquais il y a des semaines dans une lettre (trop longue?) qui n'a pas été publiée par Le Devoir, il y a dans monde développé (Amérique du Nord, Europe de l'Ouest, Japon) divers modèles fort contrastés en ce qui concerne le financement de l'enseignement supérieur. Tous ces pays ont des niveaux de vie élevés, des population hautement éduquées, des Prix Nobel, de grands créateurs, des entrepreneurs. On ne peut donc pas argumenter de la supériorité d'un mode de financement sur un autre pour ce qui de la qualité ou du résultat pratique. C'est un question purement politique, au sujet de laquelle le Québec est encore une fois tiraillé entre ses instincts socio-démocrates "européens" et son contexte nord-américain. L'important est que le financement soit adéquat. Mais je dois dire qu'en tant que professeur-chercheur universitaire retraité je suis inquiet de la tendance à réduire les exigences et à hausser les notes et les taux de diplomation pour ainsi fausser les chiffres de "productivité". (Peut-être que le financement par élève devrait au contraire être proportionnel au pourcentage d'étudiants recalés, ce serait une mesure de la qualité du produit final!)
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  • ragazzino - Inscrit
    17 janvier 2011 18 h 58
    Foutaise, foutaise, et re-re-re foutaise...
    Ce ne sont pas deux ans de Cégep pré-universitaire qui peut justifier un taux de fréquentation universtaire inférieure au Québec (franchement!), mais bien une valorisation des études postsecondaires mal placée; on s'est rendu compte de notre retard ahurissant en matière d'éducation pendant la Révolution tranquille, alors maintenant tout ce qu'on valorise c'est l'université, l'université et encore l'université. Or, ce n'est pas tout le monde qui doit absolument fréquenter l'université. Les Anglo-Canadiens fréquentent par ailleurs l'école secondaire jusqu'à la 12e année, ce n'est donc qu'un an "de retard" qu'accusent les jeunes Québécois sur leurs compatriotes anglophones.

    Les notes montent *aussi* au Québec, chers messieurs, alors que les frais de scolarité sont risiblement bas. Les universités québécois sont déjà des usines à diplômes, au même titre que les autres universités canadiennes. Reste qu'on apprend et qu'on s'instruit tout aussi bien (sinon mieux) au Canada anglais qu'au Québec, on n'a qu'à y mettre les pieds pour le constater (chose que vous n'avez vraisemblablement jamais fait de votre vie). Les étudiants contribuent trop peu à leur propre éducation post-secondaire, notre système les déresponsabilise totalement, si bien que la grande majorité des étudiants québécois ne connaissent pas la véritable valeur d'une éducation universitaire.

    Vos solutions sont typiquement québécoises: imposons et imposons toujours plus.

    La *vraie* solution: rejoindre la moyenne canadienne et développer un système de mécénat en conséquence; les étudiants anglo-canadiens moins bien nantis ont pratiquement *toujours* une multitude de bourses à leur disposition, beaucoup plus généreuses que celles qui sont offertes au Québec.

    Bref...
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  • Mario Plourde - Inscrit
    17 janvier 2011 20 h 36
    exclusion et discrimination


    Pour un jeune qui travaille 40h/semaine lors de sa formation au Cégep, passer de quelques centaines de dollars de frais à plusieurs milliers pour l'université est généralement la mort de ses projets de vie. Il suffit de parler aux finissants du Cégep pour constater que l'Argent est trop souvent une barrière infranchissable. Si l'éducation est un moyen d'être en société, l'argent devient synonyme d'absence d'existence.

    Celui qui croit qu'un étudiant universitaire pourra dans un avenir proche travailler 52h/semaine sans tricher lors de ses évaluations devrait sérieusement réviser sa façon de penser. Perdre 10 ou 30 % de son budget rendre plus médiocre encore la qualité de vie d'une catégorie faible de notre société.

    Les familles extrêmement pauvres produisent moins d'universitaires, malgré l'aide aux études du gouvernement. La classe de gens bien formée de demain risque donc très fortement d'être dominée par des fils de riches.
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  • Frédéric Chiasson - Abonné
    17 janvier 2011 21 h 13
    La moyenne des notes augmente, c'est vrai !
    Je peux appuyer l'affirmation que la moyenne des notes augmente à l'université avec ma propre expérience personnelle. En effet, quand j'avais terminé en 2001 mon baccalauréat en musique à l'Université Laval, il fallait de 97 à 100% de moyenne pour obtenir un A dans un cours. Quand je suis devenu chargé de cours à l'Université de Montréal quelque 10 ans plus tard, j'étais étonné de voir dans le barème des notes pour le bacc. que l'on pouvait avoir un A à partir de... 90% !

    Le pire, c'est que l'on fait croire à un étudiant qu'il maitrise bien sa matière alors que ce n'est pas le cas. J'ai un ami qui a eu de très bonnes notes dans son bacc. en musique (en écriture). Mais il ne peut même pas travailler comme copiste (qui retranscrit la musique sur partition) car il ne maitrise pas les notions de base d'une bonne partition. Au moins, il ne tue personne, mais que se passera-t-il lorsque ce cas se reproduira avec les futurs médecins et futurs ingénieurs ?

    Comme l'écrit M. Bourdeau (Paule Savignac), la trop grande importance de l'évaluation des étudiants joue un rôle majeur dans ce problème. Mais il est sûr que la hausse des frais de scolarité ne peut que l'aggraver. D'autant plus que déjà, des étudiants nous disent qu'ils devraient avoir de meilleures notes, même sans travailler, car ils ont «payé pour ça».
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  • Frédéric Chiasson - Abonné
    17 janvier 2011 21 h 28
    Le livre de Johnson à remettre en question
    Notez que mon observation personnelle ne remplace pas une étude rigoureuse sur le sujet. D'ailleurs le livre de Johnson cité dans le commentaire de M. Bourdeau aurait plusieurs lacunes au niveau de la méthodologie, selon un autre professeur :
    http://www.aaup.org/AAUP/pubsres/academe/2004/JF/B
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  • Paule Savignac - Abonnée
    19 janvier 2011 10 h 29
    Le livre de V.E. Johnson (suite)
    Je remercie Monsieur Chiasson de la référence à un compte rendu du livre de V.E. Johnson «Grade Inflation...».

    V.E. Johnson est un statisticien de haute qualité, mais les lacunes soulignées par le compte rendu sont aussi bien réelles, l'auteur le sait bien. Notamment (1) il s'agit d'une étude limitée à une seule unité d'enseignement; (2) le questionnaire d'évaluation qui fonde l'analyse est unique, construit ad hoc pour l'expérience statistique.

    L'auteur en est évidemment conscient... La généralisation de toute étude basée sur des échantillons non probabilistes (impossible à réaliser d'ailleurs dans ces contextes) est malaisée. Mais l'analyse est extrêmement sérieuse.

    Une corrélation peut en cacher une autre, comme on dit... mais dans cette étude, si limitée même dans sa propre université, il a été possible de passer d'une corrélation à ce qui semble vraiment une cause: les hautes notes attendues «causent» de meilleures évaluations des enseignants. Les conclusions ne sont tout de même pas définitives, l'auteur le reconnaît, mais il pose un jalon important dans cette question qui fait couler énormément d'encre.

    La question se pose plutôt de savoir s'il y a de bonnes raisons pour ne pas généraliser, avec des réserves c'est entendu, l'étude de Johnson, qui est très futée il faut le souligner, et difficile à contourner.

    Mais y a-t-il des études SÉRIEUSES, aussi bien faites que celle de Johnson qui viennent le contredire?

    L'argument suivant me semble toutefois aussi être difficile à contourner: bien des enseignants, sinon tous, PENSENT que les notes élevées accordées aux étudiants pèsent dans la balance de l'évaluation que font les étudiants de leurs cours. Que cela soit vrai ou non, n'empêchent pas les comportements qui en découlent!

    Aucun enseignant ne veut des emmerdes avec les étudiants, et les mauvaises notes lui en causent invariablement. De la part de sont administration aussi...

    Nous y revi
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  • Paule Savignac - Abonnée
    19 janvier 2011 10 h 59
    Les mauvaises notes sont inacceptables!
    De Louis.Marc.bourdeau@gmail.com

    Dans un commentaire précédent, on a mentionné qu'il y avait une pression étudiante importante à l'enflure des notes: les hautes notes accordées engendreraient de belles évaluations de l'enseignement.

    Quoi qu'il en soit, les enseignants eux-mêmes en sont presque tous convaincus.

    Ce fait, donc, est couplé aux suivants: (1) les jeunes professeurs comptent sur de bonnes évaluations pour leur permanence, cela est essentiel; (2) presque tous les chargés de cours ne veulent pas d'«emmerdes» avec les étudiants, auquel cas, ils perdent automatiquement leurs charges de cours. Et dieu sait que les étudiants sont en mesure d'en faire beaucoup.

    Presque les enseignants sont ainsi convaincus que les hautes notes vont éviter les emmerdes... Ils ont d'ailleurs largement raison.

    Certains comportements en découlent, maintenant généralisés. Combien de fois avons-nous observé des chargés de cours, et même des professeurs d'expérience donner des questions d'examens, avec les solutions s'il vous plaît, à leurs propres étudiants quand ils enseignent dans des cours à multi-sections et que l'examen est commun à toutes les sections. Question d'assurer de bonnes notes à leurs étudiants (ces renseignements passent facilement à la collectivité), et partant assurent de bonnes évaluations --rien n'est plus sécurisant pour les étudiants ordinaires... Un bon professeur, est celui qui donne de bonnes notes, n'est-ce pas?

    Enfin, on m'affirme, et j'ai pu le vérifier assez exhaustivement, que dans les cours avec un seul professeur, c'est souvent pire: toutes les questions sont publiques, et discutées en classe, les examens sont d'ailleurs bien souvent presque les mêmes de session en session. Les bonnes notes, c'est facile dans ces cas-là!

    Question encore pour les enseignants de ne pas avoir d'emmerdes: tout le monde le fait, faites-le donc! Malheur à celui qui ne joue pas le jeu.
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  • Yvan Dutil - Inscrit
    8 novembre 2011 11 h 46
    Nivellement pas le bas de base, sauf contrat social
    En effet, les profs sont très fortement incité à niveler par le bas. En effet, les université sont payé à l'étudiant quelque soit le système. Il y a une exception cependant. En Europe les frais de scolarité sont bas, mais le système universitaire est très élitiste. Ne rentre pas à l'université qui veut, particulièrement dans les grandes écoles. Bien sûr, cette proposition n'est pas plus acceptable ici.

    Incidemment, contrairement aux dires de certains, les Cégeps aide a minimiser les échecs une fois rendus à l'Université. C'est donc un bon investissement.
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