Droits de scolarité - Un débat ou un faux débat?
10 décembre 2010
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Pier-André Bouchard St-Amant - Doctorant en économie à l'Université Queen's et ex-président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (2004-2005)
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Éducation
Dans Le Devoir du 8 décembre, l'éditorialiste Marie-Andrée Chouinard argumentait que les étudiants, le gouvernement et les autres membres de la société civile devraient payer leur «juste part» du refinancement du système universitaire. Avant même d'ouvrir la boîte de Pandore sur ce qui constitue les motifs déterminant la «juste part», une condition préalable est nécessaire pour avoir un débat: c'est-à-dire une question à débattre. Je crois que nous ne posons pas les bonnes questions en ce moment.
La majorité des recteurs prétendent qu'il y a un manque à gagner de 600 millions dans les universités québécoises. Pourtant, le cahier de consultation du ministère de l'Éducation, fourni en marge de la Rencontre des partenaires de l'éducation qui s'est tenue lundi à Québec, suggère un manque à gagner de 650 $ par étudiant entre le Québec et le reste du Canada, ce qui signifie un écart d'environ 130 millions de dollars. Pire encore, les données de Statistique Canada sur le financement des universités suggèrent que le financement par étudiant est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada. On peut donc déduire que le problème avec les universités québécoises relève davantage de la gestion que du financement.
Pour justifier le fait que les étudiants devraient débourser ces 600 millions, Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal, mentionnait que la hausse des droits de scolarité n'a aucun impact sur l'accès aux études. Il va même jusqu'à qualifier cette notion de «mythologie». Pourtant, nombre d'études scientifiques crédibles montrent que cette mythologie est plutôt bien réelle, et ce, de diverses manières, couvrant de multiples périodes et politiques publiques d'accès aux études.
Ce qu'il qualifie de «mythologie» repose sur des études empiriques dont la méthodologie est similaire aux études cliniques de médecine. Sur cette base, devrait-on conclure que les études du corps médical, dont le Dr Breton fait partie, versent dans la mythologie également? Ou serait-il plus adéquat de conclure que le recteur fait un exercice de relations publiques quand il parle des droits de scolarité?
Le document de la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec (CREPUQ), celui qui avance le retard d'environ 600 millions, est une mise à jour d'un ancien rapport découlant d'un accord entre Sylvain Simard et les universités, alors que M. Simard était ministre de l'Éducation, en 2003. Il a toujours été source de désaccord entre le ministère et le gouvernement, notamment parce que les recteurs utilisaient une méthodologie qui gonflait le manque à gagner.
L'ancien recteur de l'Université de Montréal, Luc Vinet, l'avait d'ailleurs reconnu candidement dans un colloque de l'Association canadienne-française pour l'avancement du savoir. Ce document exclut par exemple différents fonds de fonctionnement qui avantagent les universités québécoises. Bref, il faut prendre l'étude pour ce qu'elle est: un instrument politique.
Il m'apparaît donc que les universités demandent davantage de revenus non pas parce qu'il y a une disparité avec le reste du Canada, mais bien parce qu'elles aimeraient en avoir davantage. Tout comme les enseignants du primaire, les infirmières... ou les étudiants. C'est une négociation pour avoir davantage. La question demeure alors entière, mais la perspective que présentent les recteurs est franchement trompeuse.
De même, de nombreux mécanismes n'ont pas été explorés, ni par les recteurs ni par les étudiants. À titre d'exemple, le crédit d'impôt aux droits de scolarité, introduit par le Parti québécois en 1998, coûte 430 millions de dollars en revenus perdus à l'État. Ne serait-il pas pertinent d'évaluer si cet argent est adéquatement dépensé dans le milieu universitaire?
Il est sidérant de remarquer à quel point le gouvernement questionne peu les universités sur ce qu'est un «financement adéquat» et sur les balises qui guident leurs demandes. En guise de réflexion, la Faculté de droit de NYU, en 2008, obtenait 400 millions de dollars d'un unique donateur privé. En une seule session. Et je ne parle même pas de Harvard ou de Princeton!
En matière de financement, nous ne sommes tout simplement pas dans la même ligue que la fameuse Ivy League. Les recteurs croient-ils vraiment pouvoir concurrencer ces établissements avec 600 millions? Mais encore, sommes-nous prêts à nous départir de nos politiques d'accès, visant avant tout à redresser la sous-scolarisation francophone, pour ces ubris?
La majorité des recteurs prétendent qu'il y a un manque à gagner de 600 millions dans les universités québécoises. Pourtant, le cahier de consultation du ministère de l'Éducation, fourni en marge de la Rencontre des partenaires de l'éducation qui s'est tenue lundi à Québec, suggère un manque à gagner de 650 $ par étudiant entre le Québec et le reste du Canada, ce qui signifie un écart d'environ 130 millions de dollars. Pire encore, les données de Statistique Canada sur le financement des universités suggèrent que le financement par étudiant est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada. On peut donc déduire que le problème avec les universités québécoises relève davantage de la gestion que du financement.
Pour justifier le fait que les étudiants devraient débourser ces 600 millions, Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal, mentionnait que la hausse des droits de scolarité n'a aucun impact sur l'accès aux études. Il va même jusqu'à qualifier cette notion de «mythologie». Pourtant, nombre d'études scientifiques crédibles montrent que cette mythologie est plutôt bien réelle, et ce, de diverses manières, couvrant de multiples périodes et politiques publiques d'accès aux études.
Ce qu'il qualifie de «mythologie» repose sur des études empiriques dont la méthodologie est similaire aux études cliniques de médecine. Sur cette base, devrait-on conclure que les études du corps médical, dont le Dr Breton fait partie, versent dans la mythologie également? Ou serait-il plus adéquat de conclure que le recteur fait un exercice de relations publiques quand il parle des droits de scolarité?
Le document de la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec (CREPUQ), celui qui avance le retard d'environ 600 millions, est une mise à jour d'un ancien rapport découlant d'un accord entre Sylvain Simard et les universités, alors que M. Simard était ministre de l'Éducation, en 2003. Il a toujours été source de désaccord entre le ministère et le gouvernement, notamment parce que les recteurs utilisaient une méthodologie qui gonflait le manque à gagner.
L'ancien recteur de l'Université de Montréal, Luc Vinet, l'avait d'ailleurs reconnu candidement dans un colloque de l'Association canadienne-française pour l'avancement du savoir. Ce document exclut par exemple différents fonds de fonctionnement qui avantagent les universités québécoises. Bref, il faut prendre l'étude pour ce qu'elle est: un instrument politique.
Il m'apparaît donc que les universités demandent davantage de revenus non pas parce qu'il y a une disparité avec le reste du Canada, mais bien parce qu'elles aimeraient en avoir davantage. Tout comme les enseignants du primaire, les infirmières... ou les étudiants. C'est une négociation pour avoir davantage. La question demeure alors entière, mais la perspective que présentent les recteurs est franchement trompeuse.
De même, de nombreux mécanismes n'ont pas été explorés, ni par les recteurs ni par les étudiants. À titre d'exemple, le crédit d'impôt aux droits de scolarité, introduit par le Parti québécois en 1998, coûte 430 millions de dollars en revenus perdus à l'État. Ne serait-il pas pertinent d'évaluer si cet argent est adéquatement dépensé dans le milieu universitaire?
Il est sidérant de remarquer à quel point le gouvernement questionne peu les universités sur ce qu'est un «financement adéquat» et sur les balises qui guident leurs demandes. En guise de réflexion, la Faculté de droit de NYU, en 2008, obtenait 400 millions de dollars d'un unique donateur privé. En une seule session. Et je ne parle même pas de Harvard ou de Princeton!
En matière de financement, nous ne sommes tout simplement pas dans la même ligue que la fameuse Ivy League. Les recteurs croient-ils vraiment pouvoir concurrencer ces établissements avec 600 millions? Mais encore, sommes-nous prêts à nous départir de nos politiques d'accès, visant avant tout à redresser la sous-scolarisation francophone, pour ces ubris?








