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    Communauté juive orthodoxe - Virage à 180° à l'École Belz

    2 décembre 2010 18h56 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    L’École communautaire Belz, qui comprend un campus pour les filles (rue Ducharme) et un campus pour les garçons (rue Durocher, notre photo), a été fondée en 1984 pour que les enfants issus des communautés juives très orthodoxes puissent recevoir un enseignement laïc.<br />
    Photo: François Pesant - Le Devoir L’École communautaire Belz, qui comprend un campus pour les filles (rue Ducharme) et un campus pour les garçons (rue Durocher, notre photo), a été fondée en 1984 pour que les enfants issus des communautés juives très orthodoxes puissent recevoir un enseignement laïc.
    Afin d'obtenir une subvention pour les garçons du secondaire, l'École Belz est en train de se conformer aux exigences du ministère de l'Éducation. Un virage à 180 degrés pour cette école qui a longtemps flirté avec l'illégalité.

    École communautaire Belz, rue Durocher, à côté de la gare de triage. 17h15. Le soleil est déjà couché, et le bâtiment austère est à peine perceptible dans l'obscurité. Sur la façade, les inscriptions uniquement en yiddish et en hébreu nous transportent en Israël le temps d'un instant. Et pourquoi pas en Ukraine, là où est né le fondateur de la communauté juive orthodoxe Belz et le rabbin Abraham Hecht, l'administrateur de l'école.

    «Hi, Bonjour». L'accueil est affable, mais les salutations sont timides, enterrées par les cris des petits garçons de maternelle qui attendent l'autobus. Les plus grands seront en classe jusqu'à 18h45 en raison de leur horaire chargé qui comprend des heures d'études juives et celles consacrées au programme du ministère de l'Éducation (MELS).

    À l'étage de cette école d'environ 400 garçons, on est vite étourdi par le petit cirque — néanmoins très sympathique — auquel nous assistons: les portes des classes des différents niveaux s'ouvrent une à une sur de petits univers. «La niche», «Des lampes», «Tourtière»... Ici, une classe de premier cycle enrichit son vocabulaire. Là, le groupe de 6e année interprète fièrement une pièce de théâtre en français qu'il jouera devant les parents pour la fête de Hanouccah.

    «Vous voyez, madame, tout est en français», insiste le rabbin Abraham Klein, directeur des études laïques (primaire et secondaire), en brandissant un cahier d'exercices écrit dans la langue de Molière. Toutes les classes du primaire sont effectivement remplies de petits garçons coiffés d'une kippa juive et de boudins qui parlent le français avec un joli accent yiddish. «On veut qu'à terme notre école soit 100 % francophone», explique le rabbin Klein.

    L'École communautaire Belz, qui comprend un campus pour les filles (rue Ducharme) et un campus pour les garçons (rue Durocher), a été fondée en 1984 pour que les enfants issus des communautés juives très orthodoxes puissent recevoir un enseignement laïque. Cet établissement privé est tranquillement en train d'effectuer un virage à 180 degrés pour prendre un autre chemin: celui de la conformité au système d'éducation québécois. Pourquoi? La direction ne se cache pas qu'elle souhaite obtenir l'agrément, soit une subvention du MELS pour les garçons du secondaire, le seul secteur de l'école à ne pas l'avoir. Ce soutien aiderait grandement à la communauté qui manque de ressources, notamment pour agrandir ses locaux.

    En route vers l'intégration

    En 2008, le permis de l'École Belz a été renouvelé pour trois ans sous conditions. À quelques exceptions près, le campus des filles respecte le cadre de la loi sur l'enseignement privé. Mais celui des garçons présentait plusieurs irrégularités: par exemple, au primaire, plusieurs matières n'étaient pas offertes (géographie, histoire, science et technologie). Au secondaire, seulement 400 minutes sur 1500 étaient consacrées à des disciplines prévues au régime pédagogique. Les classes de secondaire pour les garçons venaient en effet tout juste d'ouvrir, en vertu d'un protocole d'entente avec la ministre de l'époque. Avant cette entente, les garçons en âge d'aller au secondaire quittaient le système d'éducation québécoise pour ne se consacrer qu'aux études juives, ce qui était illégal.

    Après une première demande d'agrément infructueuse, la communauté Belz a cette fois la ferme intention de ne pas rater son coup. Au début de l'automne dernier, elle en a fait la demande officielle au MELS pour le niveau secondaire des garçons. Un mandat a même été octroyé à un cabinet de lobbyistes-conseils afin qu'il intercède auprès de la ministre. Et signe que la communauté change, l'École Belz a ouvert ses portes à la journaliste du Devoir, avec l'aide d'une firme de relations publiques. «Il faut comprendre que c'est un grand pas en avant. Ces communautés réalisent qu'elles ne peuvent pas vivre en cercle fermé. Leur avenir est ici», constate Pierre Anctil, professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa et spécialiste des hassidims.

    Afin de prouver sa bonne volonté, l'école a déjà amorcé plusieurs changements. À commencer par la francisation de l'enseignement, pour l'instant au primaire. «Pour mieux s'intégrer, il faut pouvoir communiquer avec les gens de la rue et dans les magasins», note le rabbin Klein. Le rabbin Hecht admet qu'il éprouve un certain malaise chaque fois qu'on s'adresse à lui en français. «C'est ma femme qui me fait la traduction, car je ne peux pas comprendre», reconnaît-il, non sans une certaine gêne. «On vit au Québec, on devrait être capables de s'intégrer.»

    Le long chemin vers la conformité

    Ces propos devraient être doux aux oreilles de certains même si la méfiance a souvent dominé dans les rapports avec la communauté. Cette dernière convainc pourtant de sa sincérité. «On a l'appui du Grand Rabbin de la communauté Belz à Jérusalem qu'on est allé rencontrer là-bas. C'est même lui qui nous a donné les instructions d'augmenter l'enseignement du français pour favoriser le rapprochement avec la société québécoise», a indiqué le rabbin Hecht. «Si la communauté est allée jusqu'à demander l'avis de son chef spirituel, c'est que le dossier revêt une grande importance», constate pour sa part M. Anctil.

    Mais cette révolution au sein de la communauté est onéreuse et exigeante. La communauté Belz raconte qu'elle a dû congédier un grand nombre de professeurs pour en embaucher d'autres, aptes à enseigner en français. Il faut aussi faire comprendre et accepter ce changement aux parents qui trouvent que les journées de leurs enfants sont déjà très longues. Car il faut les convaincre que cette ouverture au français et au programme de formation de l'école québécoise ne les éloignera pas de la religion. Petite concession à cet effet: le cours d'éthique et culture religieuse est enseigné façon juive, reconnaît le rabbin Hecht.

    Pour octroyer l'agrément, le ministère d'éducation exige notamment des enseignants qualifiés, une offre de cours qui respecte le programme et la langue d'enseignement, et des locaux adéquats, comprenant un gymnase, une bibliothèque, un laboratoire... Les deux classes de garçons de première secondaire du campus Durocher sont pour l'instant dispensées en anglais et ne disposent pas d'un laboratoire, sinon quelques béchers et un peu de matériel qu'on leur apporte en classe. «Il ne faut pas sous-estimer le virage qu'ils prennent sur le plan scientifique. Traditionnellement, les Belz se tiennent très loin de l'esprit rationnel et scientifique des Lumières qui les éloigne de Dieu», a expliqué M. Anctil. «Mais c'est visiblement en train de bouger.»
    L’École communautaire Belz, qui comprend un campus pour les filles (rue Ducharme) et un campus pour les garçons (rue Durocher, notre photo), a été fondée en 1984 pour que les enfants issus des communautés juives très orthodoxes puissent recevoir un enseignement laïc.<br />
Un jeune garçon de l'école communautaire Belz (campus Durocher) lit ses répliques à l'ordinateur lors d'une pièce de théâtre.<br />
L'École communautaire Belz est tranquillement en train d’effectuer un virage à 180 degrés pour prendre le chemin de la conformité au système d’éducation québécois.<br />
À quelques exceptions près, le campus des filles, qui accueille des filles de la maternelle à la cinquième secondaire, respecte le cadre légal de la loi sur l’enseignement privé.<br />
De jeunes élèves de l’école communautaire Belz (campus Ducharme).<br />
«La niche», «des lampes», «tourtière»... Ici, une classe de premier cycle enrichit son vocabulaire.<br />
Des jeunes garçons de l'école communautaire Belz (campus Durocher).<br />
L'école communautaire Belz (campus Durocher) compte environ 400 garçons.<br />
Un jeune élève de l'école communautaire Belz (campus Durocher).<br />












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