Décrochage scolaire - L'affaire de tous
Quelle maladresse! En voulant à bon droit rappeler le rôle crucial des parents dans la réussite scolaire, le premier ministre Jean Charest les couronne premiers responsables du décrochage. Reflet des immenses carences du Québec en matière de valorisation de l'école, cette attitude ne peut que nourrir le problème.
Avez-vous noté? C'est souvent devant un parterre de gens d'affaires que les premiers ministres présentent l'éducation comme une priorité nationale. Ou alors en pleine campagne électorale. Ils rappelleront le besoin criant de main-d'oeuvre, la faiblesse des
taux de diplomation, les retards au chapitre de la formation continue. Tous les espoirs étant permis devant la stimulante «économie du savoir», ils inviteront les entrepreneurs à se mobiliser.
Les gens d'affaires, ces veinards, sont mieux servis que les parents! Ceux-là, à défaut de les mobiliser, on les critique. À Québec cette semaine, M. Jean Charest a répété un discours qu'on lui connaît: plutôt que de chercher sans cesse du côté du système la cause de ce mal nommé décrochage scolaire, mieux vaudrait scruter la feuille de route des parents. À eux la responsabilité première!
Personne n'osera s'opposer au bon sens que contient une déclaration rappelant l'importance pour des parents d'encourager les enfants à l'école. Un enfant stimulé gagnera une avance sur celui dont la famille n'a que faire des «platitudes» de l'école. Mais le premier ministre ne remporte pas la palme des mots d'encouragement. Avec ses notes de désenchantement, cette tirade n'aura servi qu'à provoquer l'irritation et l'agacement. Effet raté.
Tout cela n'a rien de neuf. La semaine dernière, M. Charest avait tenu les mêmes propos à l'Assemblée nationale. L'an dernier, au moment de dévoiler la Stratégie d'action jeunesse 2009-2014, le responsable du dossier jeunesse qu'il est avait aussi lancé cet appel à la responsabilité doublé d'une note accusatrice navrante. Mieux vaudrait peut-être adopter une nouvelle stratégie. Celle-ci ne livre pas ses fruits.
On tente en vain de trouver LA cause du décrochage scolaire, comme s'il ne s'agissait pas d'un problème social. Si le «miracle» saguenéen, avec la chute des taux de décrochage de 10 points en dix ans, a prouvé une seule chose, c'est bel et bien que la persévérance à l'école est l'affaire de tous: la famille, les gouvernements, les enseignants, la communauté, les entreprises. Là-bas, la région s'est mobilisée autour de l'importance d'être tous «complices de la réussite» des jeunes. Le discours entourant l'école est positif. C'est ce qui a réellement permis de changer les choses.
La valorisation figure toujours au haut de la liste de tous les plans d'action ministériels tournant autour du décrochage. Les «treize voies de la réussite» proposées par l'ex-ministre Michelle Courchesne en septembre 2009 avaient fait de la nécessité de valoriser l'éducation la toute première clé. On ne change toutefois pas une culture de dénigrement en l'espace d'une campagne de publicité.
En 2000, à la suite du Sommet du Québec et de la jeunesse, Québec avait démarré une campagne de valorisation de l'éducation, avec un imposant budget de placement média de quelques millions de dollars. Mais ces efforts sont inutiles s'ils sont plaqués artificiellement sur un ensemble qui n'affiche pas l'éducation comme une valeur. Dans d'autres systèmes, on a aussi rehaussé le niveau de la formation des maîtres et la profession enseignante est mieux rémunérée.
Le rôle des parents dans la réussite scolaire d'un enfant est indéniable. Encore faut-il qu'ils voient l'éducation comme le revers de l'ignorance. Pour cela, des porte-voix convaincants et convaincus sont indispensables. Il faut relire la Lettre aux éducateurs expédiée en 2007 par le président français Nicolas Sarkozy pour s'en convaincre. Un manifeste de 32 pages, une ode à l'importance de l'école, avec comme axe central la culture générale. Tous les enseignants l'ont reçue. Un signal on ne peut plus clair envoyé par le chef de la République sur la valeur de l'éducation. Une telle initiative s'imagine-t-elle au Québec? On peut rêver...
Les élus — le chef du gouvernement le premier! — portent donc cette cruciale responsabilité. Ils n'arriveront à rien en critiquant leurs premiers partenaires, les parents. S'ils ne peuvent en outre évoquer l'école autrement qu'en termes marchands, utilitaires ou économiques — hausse des droits de scolarité,
pénurie de travailleurs, cibles de diplomation —, ils contribueront insidieusement à une vaste entreprise de dévalorisation de l'école.
Avez-vous noté? C'est souvent devant un parterre de gens d'affaires que les premiers ministres présentent l'éducation comme une priorité nationale. Ou alors en pleine campagne électorale. Ils rappelleront le besoin criant de main-d'oeuvre, la faiblesse des
taux de diplomation, les retards au chapitre de la formation continue. Tous les espoirs étant permis devant la stimulante «économie du savoir», ils inviteront les entrepreneurs à se mobiliser.
Les gens d'affaires, ces veinards, sont mieux servis que les parents! Ceux-là, à défaut de les mobiliser, on les critique. À Québec cette semaine, M. Jean Charest a répété un discours qu'on lui connaît: plutôt que de chercher sans cesse du côté du système la cause de ce mal nommé décrochage scolaire, mieux vaudrait scruter la feuille de route des parents. À eux la responsabilité première!
Personne n'osera s'opposer au bon sens que contient une déclaration rappelant l'importance pour des parents d'encourager les enfants à l'école. Un enfant stimulé gagnera une avance sur celui dont la famille n'a que faire des «platitudes» de l'école. Mais le premier ministre ne remporte pas la palme des mots d'encouragement. Avec ses notes de désenchantement, cette tirade n'aura servi qu'à provoquer l'irritation et l'agacement. Effet raté.
Tout cela n'a rien de neuf. La semaine dernière, M. Charest avait tenu les mêmes propos à l'Assemblée nationale. L'an dernier, au moment de dévoiler la Stratégie d'action jeunesse 2009-2014, le responsable du dossier jeunesse qu'il est avait aussi lancé cet appel à la responsabilité doublé d'une note accusatrice navrante. Mieux vaudrait peut-être adopter une nouvelle stratégie. Celle-ci ne livre pas ses fruits.
On tente en vain de trouver LA cause du décrochage scolaire, comme s'il ne s'agissait pas d'un problème social. Si le «miracle» saguenéen, avec la chute des taux de décrochage de 10 points en dix ans, a prouvé une seule chose, c'est bel et bien que la persévérance à l'école est l'affaire de tous: la famille, les gouvernements, les enseignants, la communauté, les entreprises. Là-bas, la région s'est mobilisée autour de l'importance d'être tous «complices de la réussite» des jeunes. Le discours entourant l'école est positif. C'est ce qui a réellement permis de changer les choses.
La valorisation figure toujours au haut de la liste de tous les plans d'action ministériels tournant autour du décrochage. Les «treize voies de la réussite» proposées par l'ex-ministre Michelle Courchesne en septembre 2009 avaient fait de la nécessité de valoriser l'éducation la toute première clé. On ne change toutefois pas une culture de dénigrement en l'espace d'une campagne de publicité.
En 2000, à la suite du Sommet du Québec et de la jeunesse, Québec avait démarré une campagne de valorisation de l'éducation, avec un imposant budget de placement média de quelques millions de dollars. Mais ces efforts sont inutiles s'ils sont plaqués artificiellement sur un ensemble qui n'affiche pas l'éducation comme une valeur. Dans d'autres systèmes, on a aussi rehaussé le niveau de la formation des maîtres et la profession enseignante est mieux rémunérée.
Le rôle des parents dans la réussite scolaire d'un enfant est indéniable. Encore faut-il qu'ils voient l'éducation comme le revers de l'ignorance. Pour cela, des porte-voix convaincants et convaincus sont indispensables. Il faut relire la Lettre aux éducateurs expédiée en 2007 par le président français Nicolas Sarkozy pour s'en convaincre. Un manifeste de 32 pages, une ode à l'importance de l'école, avec comme axe central la culture générale. Tous les enseignants l'ont reçue. Un signal on ne peut plus clair envoyé par le chef de la République sur la valeur de l'éducation. Une telle initiative s'imagine-t-elle au Québec? On peut rêver...
Les élus — le chef du gouvernement le premier! — portent donc cette cruciale responsabilité. Ils n'arriveront à rien en critiquant leurs premiers partenaires, les parents. S'ils ne peuvent en outre évoquer l'école autrement qu'en termes marchands, utilitaires ou économiques — hausse des droits de scolarité,
pénurie de travailleurs, cibles de diplomation —, ils contribueront insidieusement à une vaste entreprise de dévalorisation de l'école.
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