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Décrochage scolaire - L'affaire de tous

Marie-Andrée Chouinard   11 novembre 2010  Éducation
Quelle maladresse! En voulant à bon droit rappeler le rôle crucial des parents dans la réussite scolaire, le premier ministre Jean Charest les couronne premiers responsables du décrochage. Reflet des immenses carences du Québec en matière de valorisation de l'école, cette attitude ne peut que nourrir le problème.

Avez-vous noté? C'est souvent devant un parterre de gens d'affaires que les premiers ministres présentent l'éducation comme une priorité nationale. Ou alors en pleine campagne électorale. Ils rappelleront le besoin criant de main-d'oeuvre, la faiblesse des

taux de diplomation, les retards au chapitre de la formation continue. Tous les espoirs étant permis devant la stimulante «économie du savoir», ils inviteront les entrepreneurs à se mobiliser.

Les gens d'affaires, ces veinards, sont mieux servis que les parents! Ceux-là, à défaut de les mobiliser, on les critique. À Québec cette semaine, M. Jean Charest a répété un discours qu'on lui connaît: plutôt que de chercher sans cesse du côté du système la cause de ce mal nommé décrochage scolaire, mieux vaudrait scruter la feuille de route des parents. À eux la responsabilité première!

Personne n'osera s'opposer au bon sens que contient une déclaration rappelant l'importance pour des parents d'encourager les enfants à l'école. Un enfant stimulé gagnera une avance sur celui dont la famille n'a que faire des «platitudes» de l'école. Mais le premier ministre ne remporte pas la palme des mots d'encouragement. Avec ses notes de désenchantement, cette tirade n'aura servi qu'à provoquer l'irritation et l'agacement. Effet raté.

Tout cela n'a rien de neuf. La semaine dernière, M. Charest avait tenu les mêmes propos à l'Assemblée nationale. L'an dernier, au moment de dévoiler la Stratégie d'action jeunesse 2009-2014, le responsable du dossier jeunesse qu'il est avait aussi lancé cet appel à la responsabilité doublé d'une note accusatrice navrante. Mieux vaudrait peut-être adopter une nouvelle stratégie. Celle-ci ne livre pas ses fruits.

On tente en vain de trouver LA cause du décrochage scolaire, comme s'il ne s'agissait pas d'un problème social. Si le «miracle» saguenéen, avec la chute des taux de décrochage de 10 points en dix ans, a prouvé une seule chose, c'est bel et bien que la persévérance à l'école est l'affaire de tous: la famille, les gouvernements, les enseignants, la communauté, les entreprises. Là-bas, la région s'est mobilisée autour de l'importance d'être tous «complices de la réussite» des jeunes. Le discours entourant l'école est positif. C'est ce qui a réellement permis de changer les choses.

La valorisation figure toujours au haut de la liste de tous les plans d'action ministériels tournant autour du décrochage. Les «treize voies de la réussite» proposées par l'ex-ministre Michelle Courchesne en septembre 2009 avaient fait de la nécessité de valoriser l'éducation la toute première clé. On ne change toutefois pas une culture de dénigrement en l'espace d'une campagne de publicité.

En 2000, à la suite du Sommet du Québec et de la jeunesse, Québec avait démarré une campagne de valorisation de l'éducation, avec un imposant budget de placement média de quelques millions de dollars. Mais ces efforts sont inutiles s'ils sont plaqués artificiellement sur un ensemble qui n'affiche pas l'éducation comme une valeur. Dans d'autres systèmes, on a aussi rehaussé le niveau de la formation des maîtres et la profession enseignante est mieux rémunérée.

Le rôle des parents dans la réussite scolaire d'un enfant est indéniable. Encore faut-il qu'ils voient l'éducation comme le revers de l'ignorance. Pour cela, des porte-voix convaincants et convaincus sont indispensables. Il faut relire la Lettre aux éducateurs expédiée en 2007 par le président français Nicolas Sarkozy pour s'en convaincre. Un manifeste de 32 pages, une ode à l'importance de l'école, avec comme axe central la culture générale. Tous les enseignants l'ont reçue. Un signal on ne peut plus clair envoyé par le chef de la République sur la valeur de l'éducation. Une telle initiative s'imagine-t-elle au Québec? On peut rêver...

Les élus — le chef du gouvernement le premier! — portent donc cette cruciale responsabilité. Ils n'arriveront à rien en critiquant leurs premiers partenaires, les parents. S'ils ne peuvent en outre évoquer l'école autrement qu'en termes marchands, utilitaires ou économiques — hausse des droits de scolarité,

pénurie de travailleurs, cibles de diplomation —, ils contribueront insidieusement à une vaste entreprise de dévalorisation de l'école.
 
 
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  • Mario Jodoin - Inscrit
    11 novembre 2010 03 h 12
    Oui mais...
    Il est indéniable que notre premier ministre a manqué de nuance. Mais, pour une fois, je ne suis pas en total désaccord avec lui... Les parents agissent trop souvent en consommateurs de services d'éducation, on le voit avec la frénésie du magasinage d'écoles, surtout privées, et pas assez en partenaires.

    Après tous les reproches qu'on lui fera, de façon souvent méritée, comme dans cet éditorial, on s'étonnera ensuite que les politiciens préfèrent adopter la langue de bois. Dès qu'ils en sortent, on les assaisonnent de tous les reproches du monde...
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    11 novembre 2010 03 h 41
    Diminution du décrochage veut-il dire diminution des exigences scolaires?
    Lorsque les statistiques constatent une diminution du décrochage scolaire, faut-il se demander s'il n'y a pas un lien avec la diminution des exigences scolaires? Avec les connaissances et la formation, l'école devrait être aussi l'endroit où on développe le vrai sens des responsabilités de tous ceux qui la fréquentent, ou qui orbitent autour.

    Par ailleurs, on ne devrait jamais prendre les élèves à l'école pour de la marchandise. Du temps où j'étais élève, j'appréciais que le monde des adultes me respecte, même si je ne le montrais pas toujours, par orgeuil. Je ne suis pas une exception! Les élèves d'hier étaient comme ceux d'aujourd'hui.

    Je n'aurais pas aimé qu'on me prenne pour de la marchandise de la façon dont on s'exprime pour parler de nous comme étudiants. C'est un genre de marchandise qui peut facilement se rebeller. N'est-ce pas ce qu'on devrait constater en regard du décrochage? Je la vois un peu comme un genre de rébellion passive. Les humains ne sont pas de la marchandise, autant d'un point de vue social qu'économique.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    11 novembre 2010 09 h 03
    Une suggestion pour monsieur Charest.
    On devrait peut-être considérer les parents que celui-ci décrie comme des aidants naturels. Mis à part le manque d'une certaine éducation, je suis sûr que tous les parents font bien leur possible pour aider leurs enfants à l'école. Il y a aussi que certains parents, malgré leurs valeurs au sujet de l'éducation de leurs enfants, n'ont pas toujours la vie facile pour aider à l'éducation des leurs.

    Monsieur Charest pourrait peut-être prendre en considération le fait qu'ils sont des parents et les voir comme des aidants naturels, avec de l'aide financière au besoin? Vous savez, les enfants ont aussi besoin de manger pour apprendre comme il faut ce qui leur permettra de bien fonctionner à mesure qu'on les voit grandir.
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  • France Marcotte - Abonnée
    11 novembre 2010 10 h 01
    Le ciel est bleu et les poules ont des dents
    Le décrochage scolaire, l'affaire de tous, tout comme le fait que les parents ont un rôle important à jouer dans l'éducation de leurs enfants...ce sont des vérités de La Palice comme de dire que le ciel est bleu. Elles sont sous-entendues dans le simple fait d'être parents. Quand le PM reproche aux parents de manquer à leurs devoirs tout en ne favorisant pas les moyens d'y remédier, c'est comme s'il reprochait à un manchot de ne pas être droitier: ça fait mal et ça ne sert à rien. L'encouragement a bien meilleur goût et de donner l'exemple par son intégrité, des plus efficace.
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  • Jacques Trudeau - Inscrit
    11 novembre 2010 10 h 33
    Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
    Plusieurs facteurs peuvent influencer le décrochage scolaire mais je soumets humblement que l'on passe presque continuellement à côté de l'essentiel: l'opinion du principal intéressé, l'étudiant.

    Comme le dit un intervenant précédent, l'étudiant n'est pas une marchandise. On peut essayer de l'influencer de différentes façons mais, en bout de ligne, c'est lui qui décidera.

    Pourquoi ne pas lui donner la parole pour qu'il nous dise ce qui est important pour lui et ce qui le motiverait à continuer ses études. Pourquoi ne pas poser une question semblale à ceux et celles qui ont déjà décrocher ?

    Peut-être faut-il simplement savoir ce qui est et ce qui a été important pour le principal intéressé: l'étudiant
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  • MJ - Inscrite
    11 novembre 2010 11 h 35
    Dans les écoles publiques, une explosion des troubles de l’apprentissage et des troubles du comportement?
    Intervenir à la source et le plus rapidement possible, afin d’éviter l’aggravation des problématiques chez l’enfant, lequel en souffrira au fur et à mesure de son développement si aucune intervention thérapeutique (avec la collaboration des parents et de l’école) n’est faite au bon moment, et aussi pour prévenir l’alourdissement de la tâche et le burn-out d’enseignant-es, sans compter le retard cumulatif du programme scolaire encouru par les autres enfants de la classe.

    Je reproduis ici mon commentaire, à la suite de la parution hier dans la rubrique “Libre opinion” d’une lettre d’une enseignante de 5e primaire intitulée “Suis-je la seule que l’intégration (des élèves en difficultés) épuise”.

    Comment autant d’enfants en difficultés peuvent se retrouver en si grand nombre dans des classes primaires du public, sans que les ressources appropriées soient déployées pour faire face à ces problèmes et éviter les burn-out des enseignants?
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  • MJ - Inscrite
    11 novembre 2010 11 h 36
    Dans les écoles publiques, une explosion des troubles de l’apprentissage et des troubles du comportement? (suite)
    Je ne comprends pas qu’autant d’enfants d’aujourd’hui soient aux prises avec ces problèmes? D’où vient ce phénomène grandissant? Des changements pas toujours pour le mieux dans les méthodes d’apprentissage de la lecture? De la négligence faite aux enfants aujourd’hui? De l’indifférence parentale face aux troubles de leurs enfants ou de leur manque de ressources financières pour consulter? Du peu de ressources dans les CLSC ou hôpitaux en psychologues pour enfants, pédopsychiatres, spécialistes en orthopédagogie, etc.? Du manque de psychologues dans les écoles? Notre mode de vie moderne et le goût de la facilité et son corollaire, le manque d’efforts? Pas assez d’enseignants ou de ressources disponibles après la classe pour encadrer les élèves qui prennent du retard?

    Il faut entreprendre une étude pour comprendre l’explosion de ce phénomène car la qualité de l’enseignement dans le public en est grandement affectée et le phénomène s’accentuera si les parents retirent leurs enfants de l’école publique.
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  • François Dugal - Abonné
    11 novembre 2010 11 h 47
    MELS
    Le MELS s'est-il posé une seule fois la question: pourquoi notre système scolaire donne-t-il la nausée au tiers de ses étudiants?
    Le moule unique pour tous, est-ce la bonne solution?
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  • Michel Chayer - Inscrit
    11 novembre 2010 12 h 28
    Empédocle
    Je ne manque pas d’anecdotes croustillantes sur le sujet… Ma blonde, qui est enseignante au professionnel, est la mère de trois adolescents qui fréquentent une polyvalente, tandis que le père de ces derniers est commissaire d’école…

    Ça me fait songer à un chargé de cours de l’Université de Montréal qui devait nous entretenir sur le Bachelard et le symbolisme, et qui nous avoua n’avoir jamais lu cet auteur, et ce après nous avoir affirmé qu’Empédocle était une… divinité grecque (!).

    La plainte que j’avais alors formulée à ce propos doit être archivée au bureau de l’Ombudsman de l’institution.
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  • d.lauzon - Inscrit
    13 novembre 2010 14 h 31
    "platitudes" de l'école
    Mme Chouinard,
    Vous parlez de "platitudes" de l'école et vous semblez avoir des réserves sur ce sujet. Personnellement, je n'en ai aucune car ayant suivi de près mes deux jeunes dont une qui a terminé son Cégep et un autre au Secondaire, je peux dire que la façon dont fonctionne l'école (cours magistraux) et certaines matières enseignées qui ne sont d'aucune pertinence. qu'il n'est pas surprenant que bien des jeunes décrochent. Le contraire serait plus surprenant. Je veux juste donner un exemple qui reflète bien mes dires: une amie de ma fille qui avait décroché de l'école a décidé de retourner pour un cours en bureautique. Le métier de secrétaire l'intéressait vraiment. Cependant, une fois les cours commencés, elle s'est rendu compte que parmi les cours obligatoires il y avait un cours de sciences. Elle ne comprend rien dans ce domaine et la dernière fois que je l'ai vue, elle pensait à abandonner l'école et retourner travailler au salaire minimum. C'est comme ça pour bien des jeunes qui veulent apprendre un métier et travailler au plus vite. Je sais qu'en Ontario, le système scolaire est plus orienté selon les intérêts des jeunes et évite de faire perdre du temps inutilement.
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