Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Décrochage scolaire - Les mauvais plis

    La stratégie de lutte contre le décrochage scolaire Agir autrement, reconduite année après année à fort prix par un ministère de l'Éducation sans boussole, est un échec retentissant. Une véritable catastrophe qui met en lumière l'incapacité de Québec et de son réseau scolaire de penser et mener des réformes à l'école.

    Dévastateur. Le rapport publié hier par une équipe d'évaluateurs, sous la direction du chercheur Michel Janosz, est dévastateur. Il confirme la faillite du principal programme de lutte contre le décrochage du Québec. Les chercheurs posent des constats préoccupants, qu'ils attribuent en grande partie à l'implantation ratée de la stratégie. On proposait aux écoles de «faire autrement» en espérant que changer les manières de faire allait bonifier le carnet de notes des écoliers. Ce fut pensée magique.

    Coincées dans de mauvais plis, la majorité des écoles ont utilisé les sommes octroyées pour un faire un peu plus de ce qu'elles faisaient déjà. Résultat? Sur la réussite scolaire, l'effet est nul. Il est même pire que nul: dans les écoles où Agir autrement a été bien expliquée, comprise et implantée, «certains indices pointent même vers une légère détérioration du rendement scolaire en langue d'enseignement et en mathématiques». Encore? «Il n'y a aucun effet positif de la Stratégie sur la motivation, et même quelques traces d'une détérioration de l'utilité perçue de l'école, de l'attribution du succès à l'effort et de l'engagement scolaire». Et le coup fatal: «Le risque de décrocher tend à s'accroître chez les élèves qui fréquentent les écoles où la Stratégie a été le mieux implantée.» Là où elle fut le mieux accueillie et réalisée, par rapport à ses objectifs initiaux, la stratégie a donc nui plutôt que d'aider. Ce constat est troublant.

    Les chercheurs croient que cet effet de détérioration s'explique par le fait que les écoles ont pratiqué la «diversion», perdant leurs énergies dans des activités périphériques «au détriment du travail en classe».

    Le programme, disent-ils, fut trop ambitieux. Il proposait une vision novatrice: éviter de prescrire des cibles et des moyens uniformes et laisser aux écoles le choix des priorités et des moyens. Mais elles se sont perdues dans cette mer d'autonomie. Elles ont été mal guidées, d'abord par un mauvais navigateur, le ministère de l'Éducation, puis par les commissions scolaires, qui n'ont pas su soutenir les établissements.

    Les écoles n'ont pas réussi à mobiliser la communauté ni le personnel, qui d'ailleurs n'a noté aucune amélioration de la capacité de réussite des élèves. Le pilotage fut mal effectué, la mobilité des employés trop grande, pour une absence de continuité. Pour la révolution, on repassera.

    Les chercheurs refusent de tout mettre au rebut, et soulignent des effets positifs notables, surtout en matière de socialisation. Ce qui leur laisse croire que moyennant des redressements imposants, l'entreprise vaut la peine d'être poursuivie, avec l'espoir que les pratiques éducatives s'améliorent elles aussi. Cet optimisme est étonnant. Tout leur rapport suggère pourtant que ministère, commissions scolaires et écoles ne savent pas comment «faire autrement».

    À plus petite échelle, l'expérience du Saguenay-Lac-Saint-Jean demeure toujours le conte de fées auquel tout un réseau s'accroche. Mais là-bas, où les taux de décrochage ont reculé de dix points grâce notamment à la mobilisation exceptionnelle d'une communauté autour de la réussite, on a osé de nouvelles manières de faire. On a lissé les mauvais plis.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.