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Décrochage scolaire - Les mauvais plis

Marie-Andrée Chouinard   9 septembre 2010  Éducation
La stratégie de lutte contre le décrochage scolaire Agir autrement, reconduite année après année à fort prix par un ministère de l'Éducation sans boussole, est un échec retentissant. Une véritable catastrophe qui met en lumière l'incapacité de Québec et de son réseau scolaire de penser et mener des réformes à l'école.

Dévastateur. Le rapport publié hier par une équipe d'évaluateurs, sous la direction du chercheur Michel Janosz, est dévastateur. Il confirme la faillite du principal programme de lutte contre le décrochage du Québec. Les chercheurs posent des constats préoccupants, qu'ils attribuent en grande partie à l'implantation ratée de la stratégie. On proposait aux écoles de «faire autrement» en espérant que changer les manières de faire allait bonifier le carnet de notes des écoliers. Ce fut pensée magique.

Coincées dans de mauvais plis, la majorité des écoles ont utilisé les sommes octroyées pour un faire un peu plus de ce qu'elles faisaient déjà. Résultat? Sur la réussite scolaire, l'effet est nul. Il est même pire que nul: dans les écoles où Agir autrement a été bien expliquée, comprise et implantée, «certains indices pointent même vers une légère détérioration du rendement scolaire en langue d'enseignement et en mathématiques». Encore? «Il n'y a aucun effet positif de la Stratégie sur la motivation, et même quelques traces d'une détérioration de l'utilité perçue de l'école, de l'attribution du succès à l'effort et de l'engagement scolaire». Et le coup fatal: «Le risque de décrocher tend à s'accroître chez les élèves qui fréquentent les écoles où la Stratégie a été le mieux implantée.» Là où elle fut le mieux accueillie et réalisée, par rapport à ses objectifs initiaux, la stratégie a donc nui plutôt que d'aider. Ce constat est troublant.

Les chercheurs croient que cet effet de détérioration s'explique par le fait que les écoles ont pratiqué la «diversion», perdant leurs énergies dans des activités périphériques «au détriment du travail en classe».

Le programme, disent-ils, fut trop ambitieux. Il proposait une vision novatrice: éviter de prescrire des cibles et des moyens uniformes et laisser aux écoles le choix des priorités et des moyens. Mais elles se sont perdues dans cette mer d'autonomie. Elles ont été mal guidées, d'abord par un mauvais navigateur, le ministère de l'Éducation, puis par les commissions scolaires, qui n'ont pas su soutenir les établissements.

Les écoles n'ont pas réussi à mobiliser la communauté ni le personnel, qui d'ailleurs n'a noté aucune amélioration de la capacité de réussite des élèves. Le pilotage fut mal effectué, la mobilité des employés trop grande, pour une absence de continuité. Pour la révolution, on repassera.

Les chercheurs refusent de tout mettre au rebut, et soulignent des effets positifs notables, surtout en matière de socialisation. Ce qui leur laisse croire que moyennant des redressements imposants, l'entreprise vaut la peine d'être poursuivie, avec l'espoir que les pratiques éducatives s'améliorent elles aussi. Cet optimisme est étonnant. Tout leur rapport suggère pourtant que ministère, commissions scolaires et écoles ne savent pas comment «faire autrement».

À plus petite échelle, l'expérience du Saguenay-Lac-Saint-Jean demeure toujours le conte de fées auquel tout un réseau s'accroche. Mais là-bas, où les taux de décrochage ont reculé de dix points grâce notamment à la mobilisation exceptionnelle d'une communauté autour de la réussite, on a osé de nouvelles manières de faire. On a lissé les mauvais plis.
 
 
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  • Socrate
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 07h33
    famille
    Et si le pôblème était surtout familial?

  • Jacques Lalonde
    Abonné
    jeudi 9 septembre 2010 09h38
    Ce que je souhaiterais apprendre
    Il serait intéressant et sans aucun doute révélateur que parallèlement aux études menées auprès des écoles pour évaluer le succès ou l'insuccès des programmes mis en oeuvre pour contrer le décrochage scolaire, une consultation spécifique des parents d'enfants décrocheurs soit entreprise pour une évaluation des causes du décrochage scolaire au sein des familles, premières responsables des décisions de leurs enfants par rapport à la poursuite de la fréquentation scolaire. Dans le programme mis en oeuvre par le ministre de l'Éducation, une insistance n'avait-elle pas mis l'accent sur le rôle primordial de la famille et la nécessité d'un partenariat entre parents et écoles ? En menant une telle étude auprès des parents d'enfants décrocheurs, on pourrait, en plus de cesser de pelleter toujours ses responsabilités sous le tapîs des gouvernements et des écoles, circonscrire une source majeure des causes d'un phénomène complexe. Qui dit mieux ?

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net

  • Michel Chayer
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 11h17
    Apprendre à fileter un tuyau…
    De quatorze ans à dix-sept ans, mon plus vieux a littéralement perdu son temps à la polyvalente : les abstractions lui puent au nez, et plutôt que d’aller s’emmerder dans un cours de science où on tentera de lui apprendre à équilibrer une équation chimique, il a préféré zoner et fumer des joints aux abords de son établissement scolaire.

    Pourtant, il est travailleur : ce qui l’attire, ce sont les réalisations tangibles que procure l’effort physique. Or, c’est la dextérité –qui se développe avec la pratique- et l’expérience qui détermine l’ouvrier qualifié. L’apprentissage d’un travail manuel doit donc s’apprendre relativement jeune. Si aujourd’hui on juge qu’un jeune de quatorze ans est suffisant mature pour oeuvrer dans une chaîne de casse-croûte, a fortiori il a l’esprit assez développé pour apprendre à fileter un tuyau…

  • Michel Chayer
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 11h20
    Un fourre-tout
    De contraindre à un apprentissage académique les élèves qui ont des dispositions pour le travail manuel suscite la défection de ces derniers.

    Et puisque ces jeunes-là savent qu’en définitive le Ministère de l’éducation sanctionnera tout de même leur session, sans aucune gêne ces étudiants perdent donc leur année scolaire à rêvasser, à errer et à se disputer avec la direction de l’école.

    Et puis, les cours de métiers au Québec ne sont dispensés que dans le cadre d’un DEP, qui est un fourre-tout où l’on retrouve un lot d’adultes qui ne sont pas tous recommandables.

    Si les autorités carcérales ont le souci de confiner dans un même secteur les jeunes adultes qui purgent une première sentence de façon à les soustraire à l’influence des détenus plus âgés, je ne vois vraiment pas pourquoi le Ministère de l’éducation ne fait pas la distinction entre un jeune de seize ans immature d’avec un récidiviste toxicomane de cinquante ans qui a maintenant le désir de devenir briqueteur…

  • Gravelon
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 13h16
    penser autrement
    À force de parler de décrochage scolaire et de ses effets en terme économique, on oublie un facteur important en lien avec la qualité de l'enseignement. On aura beau avoir des diplomés et des certifiés, s'ils ne sont pas foutus de lire et d'écrire adéquatement, à quoi serviront tous ces efforts. Il y a eu récemment une recherche produite à l'échelle canadienne qui arrive à la conclusion qu'un canadien sur deux souffre de problème de litératie, autrement dit, un canadien sur deux ne sait ni lire ni écrire adéquatement. Trés inquiétant de voir que l'on valorise davantage la diplomation que l'instruction.

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 22h29
    La réforme n'est pas en cause, c'est un manque de courage.
    L'année scolaire 2002-03 a produit au Québec 72 384 diplômés du secondaire (environ 39 000 filles). Les filles âgées de 15 à 20 ans sont 86 % à avoir en main leur diplôme d'études secondaires, comparativement à seulement 71 % des garçons du même âge.

    Beaucoup de décisions à prendre en même temps. Le début commence avec les garderies qui assurent un suivi des enfants qui seront à problèmes plus tard. Le bureau coordonnateur doit prendre en charge les cas problèmes pour faire le suivi. Mais malheureusement ce n'est pas le cas. Il offre peu de service, c'est navrant. Ce qui n’est pas corriger au début du cheminement de l’enfant, cela occasionnera la démotivation, la perte de l’estime de soi et les échecs à répétition.

    Depuis 2000, près de 400 millions ont été dépensé inutilement pour contrer le décrochage scolaire. La réussite scolaire ce n'est pas une question d'argent, mais des actions à entreprendre et à poursuivre.


    Piste des solutions

    1. Réduire le nombre des commissions scolaires. Certains vous savez qui est contre l'idée mais il faudra bien un jour y venir. Qui aura le courage pour la réussite des élèves ?

    2. Arrêter d’augmenter les subventions les écoles privées.

    Pas facile de prendre cette décision pour l'élite politique et autre. Dans le but de diminuer la bureaucratie et mettre à pieds toute la panoplie de spécialistes (ronds de cuir ) du ministère qui tire un salaire sans rien foutre que de prendre un café à notre santé et assister à des réunions comme spécialistes ou mentor. Voyez le résultat actuel que cela donne = augmentation du décrochage.

    En 2009, on a augmenté de 5 % les subventions aux écoles privées. Ce n'est pas la bonne direction à prendre pour la réussite scolaire.

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 22h30
    La réforme n'est pas en cause, c'est un manque de courage. suite 1
    De plus , assurer un suivi serré des absences et impliquer les parents pour leur donner des outils pour le bien de leur enfant.

    Présentement cet un état de guerre continuel entre les commissions scolaires et les écoles pour établir les priorités, les budgets et autres, perte d’énergie, démotivation des conseils école.

    Soutien


    3. Dès les garderies et la maternelle offrir du soutien aux parents ayant des enfants qui seront en difficulté d'apprentissage. Par exemple l'orthopédagogie reste une mesure concrète à laquelle on se réfère, mais ses spécialistes sont souvent dépassés étant donné le nombre excessivement élevé d'élèves qu'on leur recommande. Eh bien oui, combattons le décrochage scolaire! En 2008, le gouvernement parle de l’engagement de plus de 1000 spécialiste dans son rapport des comptes publiques. Mais dans la réalité rien n’a changé dans les écoles car un employé sur deux est remplacé lors de son départ.


    4. Une école autonome donc la direction prend charge du projet école en équipe. Assurer un suivi des absences. Intégrer les parents afin de leur fournir des outils pour assurer la réussite de leurs enfants ( ateliers, conférence ).

    Le nombre d'élèves par classe devrait se situer entre 20-22... L'enseignant aurait le temps de connaître et de s'occuper de chacun, après, pourrait intervenir un "spécialiste" si nécessaire!

    5. Intégration de l'ensemble des intervenants auprès des jeunes ( garderies ,maternelles, écoles primaires, écoles secondaires )

    L'administration locale permettrait de sélectionner un personnel qui peut s'adapter au milieu et s'y installer rapidement... au lieu de prendre des années pour avoir une tâche respectable et une permanence: on a vu jusqu'à dix ans pour une personne du milieu...
    Quand un enseignant est intéressé, attaché à son milieu, le travail n'est plus une charge... les absences sont moins fréquentes ( comme les suppléances...)

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 22h31
    La réforme n'est pas en cause, c'est un manque de courage. suite 2
    L'établissement pourrait établir des liens avec les entreprises du milieu pour des stages avec les élèves qui ont besoin de concret. Il y a des individus qui n'ont pas de secondaire V, mais qui font drôlement la "barbe" à d'autres qui ont un secondaire V, un cégep et peut être plus!...

    6. Assurer une stabilité de la direction de l’école sur une période de 4 à 6 ans. Former des équipes stables.


    Des décisions à prendre maintenant pour la réussite des élèves. Voir ce qui se passe en Finlande au sujet de la fonction d'enseignant, de programme, de matériel et de présence à l'école...
    La réussite ne sera pas une question d’argent, mais des décisions à prendre malgré les lobbys.


    Depuis sept ans, Québec investit des sommes considérables dans cette lutte contre le décrochage, et jamais nous n'avons été soumis à un tel cafouillage. «Instruire, socialiser, qualifier», selon les mots du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), tel est le mandat dorénavant. Pas mal comme principe, me direz-vous. Mais dans les faits, la mission d'enseignement a été reléguée aux oubliettes. Les classes ne sont pas seulement hétérogènes, elles sont devenues de véritables lieux anarchiques.

    Maintenant un décret pour l'enseignement durant la fin de semaine. Un décret pour des écoles religieuses juives, la ministre est tombée sur la tête.

    Cela ne fera aucune différence en éducation, mais sera encore plus bénéfique pour obtenir des votes et payer maintenant les 100,000 $ du salaire caché du premier ministre.

    C'est désolent et triste à la fois pour les nouveaux enseignants ( 1/3 ) qui quittent les écoles après 3 ans. Maintenant dans les années avenir l'on parlera du décrochage des professeurs.

    Triste situation

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 22h36
    Avoir du courage politique, agir
    Le peuple va devenir de plus en plus abruti et bientôt une société en lambeaux.

    C'est malheureux pour le Québec d'avoir ce gouvernement.


    Citation : "Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
    Antoine de Saint-Just - 1767-1794 - Rapport à la Convention, 3 mars 1794

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 22h53
    Témoingnage d'un prof Bravo

  • Jean-Francois Gauthier
    Inscrit
    vendredi 10 septembre 2010 12h38
    Impliquer les parents?!
    Une simple anecdote qui illustre bien le monde scolaire actuel;

    Ma tendre moitié enseigne le Français au cinquième secondaire avec une clientèle défavorisée.

    Lors des rencontres de parents semestrielles, à peine la moitié se présentent et la plupart du temps les parents d'élève en difficulté sont invisibles même s'ils y sont directement convoqués.

    Cette tendance semble avoir changé dès l'instant que le cellulaire du dit très cher chérubin soit confisqué, dès lors le parent apparaît et se fait un plaisir de réquisitionner l'objet tant désiré.

    Un cellulaire plus important que l'avenir de l'enfant…

    JF

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