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Génération réforme (4) - Prêt pas prêt, j'arrive!

Les élèves de la réforme entrent au cégep

«S’il faut mettre en place un train de mesures pour combler les lacunes, ce sera la catastrophe et la preuve que la réforme est somme toute un échec. Dès qu’on aura les premiers chiffres, il faudra agir», dit Gaétan Boucher, président de la Fédération des cégeps.
Photo : Agence France-Presse
«S’il faut mettre en place un train de mesures pour combler les lacunes, ce sera la catastrophe et la preuve que la réforme est somme toute un échec. Dès qu’on aura les premiers chiffres, il faudra agir», dit Gaétan Boucher, président de la Fédération des cégeps.
C'est le sprint final pour les élèves du secondaire avant les vacances d'été. Tous les regards sont tournés vers ceux de 5e secondaire, qui constituent la première cohorte de diplômés 100 % réforme. Dernier d'une série de textes sur le Renouveau pédagogique.

Cette semaine, la première cohorte de la réforme s'échine sur ses ultimes examens du secondaire. Après le bal, les vacances et les premiers emplois d'été, cet automne, bon nombre d'entre eux useront leurs jeans sur les bancs des cégeps. Et c'est là que le Renouveau pédagogique subira l'épreuve du réel. Le président de la Fédération des cégeps, Gaétan Boucher, attend la rentrée, un peu anxieux. Ses établissements se sont préparés toute l'année à «mieux comprendre les jeunes de la réforme». «La question à cent mille piastres, c'est de savoir s'ils seront également, mieux ou moins préparés», dit-il. Même si ses rencontres avec des commissions scolaires l'ont rassuré, il demeure «entre la préoccupation et l'inquiétude»: personne ne sait vraiment à quoi s'attendre.

Peu importe le résultat, pas question de niveler par le bas, avertit-il. Quitte à ce que les taux de réussite baissent. «S'il faut mettre en place un train de mesures pour combler les lacunes, ce sera la catastrophe et la preuve que la réforme est somme toute un échec. Dès qu'on aura les premiers chiffres, il faudra agir.» En attendant, le réseau espère les élèves aussi créatifs, compétents, critiques, communicateurs et efficaces que les artisans de la réforme ont promis.

Conférences et ateliers se succèdent dans les collèges. «C'est la panique, le branle-bas de combat, dit Gérald Boutin, chercheur à l'UQAM appelé comme conférencier dans ce contexte. Ça nous montre que ce n'est pas une cohorte ordinaire.»

Les cégeps se préparent

C'est probablement avec une certaine appréhension que les profs vont mettre le pied pour la première fois dans leurs salles de cours cet automne, dit Richard Pigeon. Le directeur des études du cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu pense pourtant que ses troupes sont prêtes: «Ça va faire quatre ans qu'on travaille là-dessus!» lance-t-il. Depuis 2006, il a organisé avec la commission scolaire du coin et le ministère différentes rencontres pour informer et «diminuer l'inquiétude» de ses enseignants. Son plus gros succès? Des ateliers par discipline où profs du secondaire et du cégep ont pu échanger. «Une grande connivence s'est installée, on est au tu et à toi maintenant», se réjouit Richard Pigeon, qui entend poursuivre cette initiative dans les années à venir.

Mais faut-il changer la façon de faire en classe? «C'est en côtoyant les élèves qu'on va raffiner notre connaissance de leurs besoins», croit-il. «J'encourage les professeurs à utiliser le plus d'approches pédagogiques possible», dit-il, mais selon lui, peut-être que certains élèves vont se réjouir... de suivre des cours magistraux!

Bien avant la réforme, les enseignants du collégial ont commencé à utiliser les approches par projets et par compétences, «ça devrait aider», estime Chantal Gariépy, directrice adjointe aux études du collège Édouard-Montpetit. Ce collège a aussi organisé des conférences, ateliers par matière et autres occasions d'échanges avec la commission scolaire.

Les syndicats inquiets


«Le message qu'on reçoit, c'est que la transition va être raide.» Jean Trudelle, de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui regroupe les enseignants de 46 cégeps, craint fort que les élèves soient moins bien préparés que ceux de l'avant-réforme. «Et ça risque de poser des cas de conscience aux profs qui ont des cibles de réussite à atteindre», appréhende-t-il. En attendant, «on retient notre souffle; tout ce qu'on peut faire, c'est attendre et voir ce qui s'en vient...» Selon lui, la préparation des différents cégeps est variable. «Peu d'informations ont circulé, et c'était souvent un peu vague.» Le président de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Mario Beauchemin, abonde dans le même sens: «L'information a été très inégale d'un collège à l'autre, voire inexistante dans certains.» En l'absence d'évaluation «rigoureuse» de la réforme, dit-il, «on ne sait pas si on va être confrontés à un véritable problème».

Les syndicats d'enseignants du secondaire ne font pas dans la dentelle. Selon le président de la Fédération autonome de l'enseignement, ils n'ont jamais été confrontés à des classes «avec si peu de connaissances et de bagage». «Le choc va être brutal», croit aussi Yves Parenteau, de l'Alliance des professeurs de Montréal. «Quand le groupe de la réforme arrive, ils sont beaucoup plus faibles», dit Marie Rancourt, de la Fédération des syndicats de l'enseignement. Un écart qui serait, selon elle, moins important dans les cohortes suivantes, arrivées après les années de mise en place.
 
 
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  • marc landry
    Inscrit
    jeudi 17 juin 2010 07h18
    Attention à l'effet pygmalion
    IL faudra encore quelques années avant de savoir si ces enfants de la réforme présentent ou bien des lacunes ou bien des qualités insoupçonneées.

    Parce que rien ne garantit que ces élèves ont été enseignés et évalués avec une approche par compétence. J'ai vu ces dernières années des enseignants du secondaire ne pas changer grand chose à leurs pratiques. Je n'ai pas vu de pédagogie de projets ni de travail coopératif dans les règles de l'art être exploités à outrance dans les écoles secondaire.

    Alors il est fort à parier que ces enfants de la réforme ne seront guère différents de ceux de l'an dernierparce que les enseignants du secondaire n'ont guère changé leurs pratiques. S'attendre à ceci ou à cela conduit invariablement à biaiser nortre regard sur ces étudiants. C'est l'effet pygmalion. Attention svp.

    Marc Landry
    enseignant au secondaire

  • François Dugal
    Abonné
    jeudi 17 juin 2010 08h45
    La conseillère pédagogique
    Entendu cette semaine dans un cégep de l'Île de Montréal, une conseillère pédagogique s'adresse aux profs d'un département: «les élèves de la réforme arrivent, il va falloir que vous changiez votre barème de correction.»

  • Franfeluche
    Abonné
    jeudi 17 juin 2010 09h06
    Je suis d'accord
    M. Landry a raison de douter du degré d'application de la réforme particulièrement au niveau du secondaire. Ayant frayé pendant 33 ans dans le milieu de l'enseignement, j'ai pu constater que tout changement au niveau pédagogique s'effectue lentement et que même certaines personnes n'arrivent pas à s'y adapter.

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 17 juin 2010 09h07
    Désindustrialisation
    D'une certaine manière, la réforme a tenté de réduire les effets d'une industrialisation des écoles primaire et secondaire remontant au milieu du siècle dernier. Le passage au collégial des élèves qui auront vraiment cheminé à travers cette réforme sera brutal. De but en blanc, ils se verront considérer comme des cerveaux à remplir de connaissances. Les profs du collégial ne comprendront pas leurs réactions et chialeront à nouveau, comme ils le font depuis des décennies, réforme ou pas.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • xyz
    Inscrit
    jeudi 17 juin 2010 09h20
    M. Landry
    Je suis tout a fait d'accord avec vous. Comme à tous les automnes, mes classes seront remplies de jeunes personnes avec des intérêts variés et préparées à des degrés différents pour commencer leurs études au niveau collégial. Rien de neuf et rien d'alarmant.
    Gisela Dröge,

  • François Dugal
    Abonné
    jeudi 17 juin 2010 09h45
    Question à M.Berger
    Comment les gens de St-Thomas, Ontario, sont-ils au fait de ce qui se passe dans le réseau collégial au Québec?

  • Sylvain Lamoureux
    Inscrit
    jeudi 17 juin 2010 13h42
    En douceur
    J'enseigne dans un programme technique au collégial depuis maintenant 10 ans. Déjà, nous avions adopté à l'époque l'approche par compétences. Ces dernières années, nous avons implanté petit à petit l'évaluation des attitudes professionnelles et nous utilisons des méthodes et des outils pédagogiques variés, dont l'approche projet, le jeu, le travail d'équipe, l'apprentissage autonome, le carnet web, les forums, l'évaluation formative et même - attachez-vous! - les cours magistraux. C'est dire. Non, ni les profs, ni les élèves ne seront déstabilisés à ce point en août prochain...

  • marc landry
    Inscrit
    jeudi 17 juin 2010 14h11
    prophétie auto réalisante
    Le traitement médiatique autour du renouveau provoque cette prophétie : les élèves du renouveau seront ceci ou cela. Et on les accueillera et les évaluera en fonction de critères fondés sur des a priori, forcément négatifs. Même la ministre tient un disours teinté du désarroi de la maîtresse d'école. Un jeune enseignant, de 3 ans d'expérience, me confiait l'autre jour que les élèves du renouveau sont moins bons qu'avant. Qu'en sait-il pourtant ? Avant quoi? Il est à parier que son enseignement en souffre puisqu'il entretient une image fondée sur un a priori : mes élèves ne sont pas capables de ceci ou de cela. Les élèves deviennent ainsi prisonniers d'une impression que l'enseignant finira par valider car il n'essaiera pas de modifier son approche pour les rendre «capables» de ceci ou de cela. C'est ce qui guette les professeurs du Cégep: La recherche d'une confirmation que les élèves du renouveau sont moins bons. Et ils en donneront la preuve en ne cherchant rien d'autre qu`'à confirmer cette prophétie. Pendant ce temps là il y aura des étudiants qui paieront un prix élevé pour un tel aveuglement.

  • Sébastien Joly
    Abonné
    vendredi 18 juin 2010 11h15
    La dure réalité
    Je commente un peu tard mais il me semble important d'apporter un éclairage différent à certains comentateurs qui semblent toujours porter des lunettes roses face au renouveau pédagogique. Enseignant depuis 13 ans, et permanent syndical depuis 2 ans, j'ai eu la chance de constater sur le terrain à quel point les résultats de cette réforme sont complètement aux antipodes de l'intention du départ. On voulait faire des élèves de la réforme des jeunes curieux, autonomes, cultivés et capable de réfléchir davantage et de façon plus profonde aux contenus couverts par les différents programmes. Non seulement les élèves qui gradueront bientôt sont moins autonomes mais il est manifeste qu'ils ont accumulés des retards importants au niveau des connaissances de base, de la capacité de lecture et de l'éthique de travail. Ceci est la conclusion unanime d'enseignants du secondaire de plusiers régions de Québec et spécialisés dans des matières aussi diverses que les sciences, les mathématiques, le français et l'histoire. Je crois qu'il serait irresponsable d'attendre plus longtemps avant d'apporter d'importants correctifs à cette réforme car il en va de l'avenir de nos enfants et ultimement de l'avenir économique du Québec.

  • marc landry
    Inscrit
    vendredi 18 juin 2010 14h15
    Lieux communs, M Joly
    M Joly, votre éclairage n'est en vérité que l'énoncé de lieux communs. Il n'y aucune étude sérieuse qui démontre votre affirmation d'unanimité chez les enseignants ni même d'étude qui témoigne d'une baisse significative des résultats. Ce qui est plus sûr cependant, c'est que le renouveau invitait les enseignants à varier leurs pratiques et que cela ne s'est que peu réalisé. Qu'est-ce qui a été fait dans vos écoles pour enseigner aux enfants comment les gérer, ces indispensables connaissances? ( cela passe par l'enseignement des compétences transversales, notamment se donner des méthodes de travail efficaces) Qu'est-ce qui a été fait dans vos écoles , en dehors des classes de français, pour supporter l'apprentissage par la lecture, particulièrement pour ceux qui éprouvent des difficultés? Qu'est-ce qui a été fait pour donner du sens aux mathémathiques? Aux sciences? Des exercices, des mini-test de connaissances? Des projets interdisciplinaires? Vous et vos membres n'avez d'autres solutions à proposer que des approches qui mènent au même cul de sac depuis 50 ans . Vous avez d'ailleurs réussi puisque rien n'a changé, dans les classes ou si peu, qu'il faudra bien des années avant de pouvoir se prononcer sur le renouveau, si renouveau il y a eu.
    Quant à moi, j'ai toujours pensé que le renouveau c'était aussi pour les profs. Je constate tristement que de nombreux enseignants au Québec ont manqué le bateau d'une pédagogie centrée sur le développement de l'intelligence et moins sur l'habileté à régurgiter sans distinction des connaissances bêtement triviales si elles ne s'actualisent pas dans un rapport au savoir et au monde signifiant.

    C'est enfin avec désolation que j'affirme que les enfants du renouveau sont un autre mythe qui s'intalle dans le réservoir sans fin des lieux communs où s'entassent les splendeurs et les misères de l'éducation au Québec.

    Marc Landry, enseignant démissionnaire

  • Mylaine Boileau
    Inscrit
    dimanche 20 juin 2010 19h08
    entre illusion et désillution
    Qu'on se le tienne pour dit: la réforme se veut une évolution de la pratique enseignante, et non une recette pour conconcter un nouveau type d'élève, intellectuellement plus doué. Il s'agit d'inviter les enseignants à améliorer leur pratique et favoriser des approches intégratrices menant à des apprentissages de plus haut niveau que la simple mémorisation. On propose de varier les méthodes d'enseignement (traditionnelles ET nouvelles) aux besoins des élèves. On invite aussi les enseignants à davantage tenir compte des théories de l'apprentissage qui apportent des connaissances sur des principes opérationnels menant à de meilleurs apprentissages.

    Pourquoi la réforme n'est pas si appliquée dans nos écoles, comme le souligne M. Landry? Et bien, on néglige d'offrir les ressources humaines, matériel, financières et organisationnelles nécessaires à une appropriation des principes qui sous-tendent la réforme. L'enseignement par compétences est une approche peu connue, mal connue et, malheureusement, souvent dévalorisée. Les enseignants, craintifs de laisser pour contre les connaissances, ne veulent pas trop s'engager, au risque de mal faire. Mais encore, pourquoi changer nos pratiques quand le MELS ne semble même pas savoir dans quelle direction aller?

    Alors voilà pourquoi tant de personnes naviguent entre l'illusion et la désillusion. Peur d'aller de l'avant, conscience de l'importance d'évoluer. POur ma part, je me situe dans la connaissance de mes aptitudes professionnelles, de mes capacités à vouloir améliorer ma pratique, mieux comprendre la réforme pour mieux l'appliquer en classe. Quoi qu'il arrive avec les décisions ministérielles, je continuerai toujours à enseigner par compétences!

    à lire: Lasnier, F. (2000), Réussir la formation par compétences, Montréal : Guérin éditeur

    Mylaine Boileau

    Maître en enseignement au secondaire
    Enseignante en sciences et technologies

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