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    Génération réforme (3) - Les nouveaux examens souffrent de préjugés

    16 juin 2010 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Les examens de la fin du secondaire ne seraient pas plus faciles aujourd’hui qu’avant la réforme.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les examens de la fin du secondaire ne seraient pas plus faciles aujourd’hui qu’avant la réforme.
    C'est le sprint final pour les élèves du secondaire avant les vacances d'été. Tous les regards sont tournés vers ceux de 5e secondaire, qui constituent la première cohorte de diplômés 100 % réforme. Troisième d'une série de textes sur le Renouveau pédagogique.

    Fannie Tanguay est une élève de l'École secondaire publique de Mortagne, à Boucherville. Comme plusieurs de ses camarades de 4e secondaire partout ailleurs au Québec, elle nage en pleine période d'examens, notamment dans des cours obligatoires pour la sanction des études, comme maths et histoire. Son truc? Respirer par le nez et «être à son affaire» ledit jour de l'examen.

    Et l'étude? D'une importance relative, croit-elle. «Il faut surtout avoir étudié et écouté pendant l'année. Mon prof dit, lui, qu'il faudrait qu'on étudie du "par coeur" et qu'on fasse des liens, mais j'ai l'impression que l'examen va plutôt faire appel à notre capacité de réfléchir», avance-t-elle sagement en parlant de son examen d'histoire de demain.

    Le Renouveau pédagogique a entraîné toute une série de changements, dans les contenus mais surtout dans la façon d'évaluer les élèves. L'approche par projets est devenue le coeur de l'enseignement. On s'est mis à exiger des enseignants qu'ils s'intéressent aux compétences des élèves et non à leur capacité de remplir leur mémoire et de recracher tout ce qu'ils avaient retenu ensuite. Les examens à choix multiples ou à développement court sont ainsi apparus peu inappropriés, voire inutiles.

    N'empêche, cette intention louable de relever le niveau d'éducation au Québec, tout en menant un grand nombre d'élèves sur le chemin de la réussite, s'est mutée en une profonde inquiétude: et si on allait former des cancres? Et si les examens devenaient trop faciles?

    Ce dernier point fait tiquer Nancy Brousseau, coordonnatrice des services à l'enseignement à la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP). «Les questions objectives dans les examens, par exemple en histoire, ça n'existe plus. En mathématiques, ce sont des situations de problèmes. Il n'y a rien de facile dans ces épreuves-là. Le niveau est très relevé et c'est grâce au Renouveau pédagogique. C'est peut-être pour ça qu'il est si critiqué, a-t-elle dit. On leur donne des problèmes à résoudre dans lesquels ils doivent utiliser tout ce qu'ils ont vu. C'est très difficile.»

    La difficulté d'évaluer

    Qu'on soit résolument contre ou qu'on ait de la sympathie pour la réforme, il n'en demeure pas moins que l'évaluation a été, pour plusieurs enseignants, le nerf de la guerre. Josée Scalabrini, vice-présidente de la FSE-CSQ, n'y va pas de main morte pour décrire ce grand bouleversement dans le milieu de l'enseignement. «L'élément majeur de l'échec de la réforme a été, dès le début, l'évaluation. Toutes ces étapes qu'on devait faire pour évaluer les compétences et les outils qu'on exigeait pour arriver à l'évaluation de ces compétences», a-t-elle souligné en qualifiant le tout de «cafouillis énergivore» pour les enseignants.

    Des cafouillages, la Fédération des syndicats de l'enseignement en effectivement relevé plus d'un. En 2008, l'organisation avait exigé que l'examen de fin d'année en mathématiques pour les élèves de 6e année du primaire soit moins difficile et moins long (il s'étalait sur trois jours). En revanche, la même année, l'examen d'histoire en 3e secondaire, qui portait sur la situation démographique des 25 dernières années, était jugé trop parcellaire car la matière enseignée couvrait toute l'histoire du Québec, de ses premiers occupants à nos jours. Sans parler de la bonne vieille dictée, qui a failli passer dans le tordeur. «C'était aller trop loin dans l'approche par compétences», soutient Marie Rancourt, conseillère aux dossiers professionnels à la FSE-CSQ.

    Pire, ces examens, difficiles à corriger en raison des compétences à évaluer, représentaient une charge de travail trop grande et «techniquement irréalisable» pour les enseignants qui ont aussi le fardeau de la gestion de classe, estimait la FSE. «Évaluer une compétence, c'est beaucoup plus insécurisant qu'évaluer une connaissance», note Mme Scalabrini. En effet, pas facile de vérifier si son élève est parvenu à «interroger les réalités sociales dans une perspective historique» ou a su «construire sa conscience citoyenne à l'aide de l'histoire».

    La ministre semble néanmoins avoir été à l'écoute, reconnaît la FSE. Plusieurs correctifs ont été apportés, les compétences à évaluer sont moins nombreuses et leur libellé est plus clair. Un projet de règlement visant à introduire un modèle de bulletin unique vient d'être déposé et les chiffres ont remplacé les cotes.

    Quant aux examens, ils ont subi quelques révisions. L'examen d'histoire ne sera pas du gâteau, croit Fannie Tanguay en se basant sur ce que lui a dit son professeur en le comparant avec celui de l'an dernier. Difficile ou pas, la jeune élève de 4e secondaire souhaite simplement prendre, comme bien d'autres, le chemin de la réussite.












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