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    Alex 661

    «une examen tres dur

    bonjour je suis élève de secondaire 5 et aujourd hui jai fait l'examen du ministère en francais je suis vraiment insultée de savoir que les gens pense que cet examen est facile car c'est totalement faux. Dans l'examen il nous fallais deux argument oubligatoire et non un.

    Il est faux de dire que les élèves la trouve facile pour preuve nous avons eu une pratique d'examen avec un autre sujet moi ma note finale 58 % et la plupart des élèves ont passés avec 60 % 65 % les élèves qui avait plus haut que ça était rare je fait parti de la réforme et je parle avec ceux qui non pas fait parti de la réforme et disent que ses beaucoup plus dure dans la réforme je n'aime pas les préjuger que les gens on contre la réforme
    merci une étudiante de secondaire 5»

    J'allais vous entretenir de tout autre chose lorsque je suis tombé sur cette lettre publiée la semaine dernière sur notre site Internet. Une jeune fille, qui signe du nom énigmatique Alex 661, s'en prenait à ceux qui affirmaient que le nouvel examen de français de 5e secondaire en était un au rabais destiné à camoufler la médiocrité des nouveaux programmes et à éviter les comparaisons fâcheuses. Voilà une semaine que cette lettre m'obsède. Non pas tant parce qu'elle illustre jusqu'à l'absurde le contraire de ce que semble vouloir dire son auteur, mais parce qu'elle est le pur produit d'un certain nombre de caractéristiques de l'école québécoise.

    Je ne m'attarderai pas sur le nombre de fautes ni sur le fait incompréhensible que cette élève est aujourd'hui aux portes du cégep alors qu'elle n'a pas le niveau de la fin du primaire. Je n'ai jamais été un acharné de l'orthographe qui obsède tant de mes compatriotes. Non, ce qui me frappe dans cette lettre, plus que l'absence de ponctuation, de vocabulaire, de grammaire, de syntaxe et donc de pensée, c'est l'absence totale d'inhibition chez son auteur.

    Un paysan pauvre du Sénégal se serait fait corriger par l'écrivain public du village. Une immigrante slovaque récemment débarquée à Montréal aurait fait relire son texte par un professeur d'un cours de francisation. N'importe quel ouvrier des années 60 aurait minutieusement vérifié chaque mot dans le dictionnaire. Le père analphabète de Luc Plamondon l'aurait fait lire à son fils. Une honte salvatrice les aurait protégés du pire.

    Mais, contrairement à ces derniers, Alex a eu le privilège insigne d'être maternée pendant 11 ans par une école où elle a été le centre de toutes les attentions. Une école où on l'a encouragée à donner son opinion sur tout et n'importe quoi. Incitée à s'exprimer le plus librement possible, notre étudiante a donc choisi en toute logique de se «libérer» aussi des contraintes de la langue. Les surréalistes qui pratiquaient l'écriture automatique se soumettaient encore à quelques servitudes. Notre étudiante, qui a eu la chance d'accéder à un niveau d'éducation dont ma mère n'aurait pu rêver, aura fait sauter les dernières. La pratique de la lettre anonyme, devenue courante sur Internet, a ouvert la dernière écluse.

    Ce qui frappe aussi dans ce galimatias, c'est l'absence de compréhension de ce qu'est la langue écrite. Normalement, vers la 2e ou la 3e année, chacun apprend qu'il ne peut pas écrire comme il parle. Alex, elle, ne semble jamais avoir franchi ce pas.

    Comment ne pas conclure que notre étudiante est finalement le produit malheureux d'un enseignement qui ne met plus l'accent que sur la communication? T'sais veux dire. On n'apprend plus le français en lisant Flaubert et Anne Hébert, mais des articles de journaux. Or nombre de ces derniers s'acharnent à imiter maladroitement et sans talent la langue orale. Voilà le saint des saints que l'on offre à nos chérubins. Disons à la décharge d'Alex que les auteurs des programmes de français n'écrivent pas beaucoup mieux qu'elle. N'apprend-on pas la musique en déchiffrant la Lettre à Élise de Beethoven? Mais ceux qui étudient le français devront se contenter de textes médiocres, sans style et sans génie glanés sur Internet ou de ces torchons bourrés d'anglicismes que le club de hockey le Canadien distribue dans nos écoles avec la bénédiction du ministère.

    Personne n'a jamais expliqué à Alex qu'avant d'écrire, il fallait d'abord apprendre à se taire — c'est d'ailleurs le plus difficile. Qu'il fallait lire beaucoup avant de songer à énoncer une petite idée. Qu'il valait mieux faire de nombreuses rédactions sur l'automne et peut-être même apprendre quelques poèmes par coeur avant de penser à avoir une opinion. Et que le vrai travail ne commençait qu'au moment de se relire.

    S'il faut en croire les déclarations de notre ministre de l'Éducation, depuis deux ans, Alex aurait fait une dictée et une rédaction par semaine. Elle aurait aussi consacré une heure par jour à la lecture. Peut-être même lui a-t-on offert un bel ordinateur portable à 1500 $ pour la motiver. Si j'étais ministre, je relirais cette lettre au moins une dizaine de fois. Puis, je la distribuerais à tous mes fonctionnaires. J'organiserais enfin des journées d'étude sur le thème suivant: vers quel abîme cette réforme nous mène-t-elle?












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