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    78e Congrès de l'Acfas - Le succès scolaire au bout du clavier

    Les écoles ayant intégré les ordinateurs en classe voient leurs élèves plus concentrés et davantage motivés

    Élèves comme enseignants ont été nombreux à affirmer que l’apprentissage leur avait paru plus approfondi avec l’utlisation de l’ordinateur.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Élèves comme enseignants ont été nombreux à affirmer que l’apprentissage leur avait paru plus approfondi avec l’utlisation de l’ordinateur.
    L'ordinateur portable en classe serait loin d'être un simple caprice technologique. Il pourrait même devenir un allié pédagogique de taille, affirme une équipe de chercheurs montréalais. Les premiers coups de sonde effectués au Québec montrent en effet que les classes-portables au primaire et au secondaire favorisent la persévérance scolaire, la créativité, la concentration et l'autonomie tout en dopant la motivation des élèves et en tirant la réussite vers le haut.

    À la commission scolaire Eastern Townships, l'introduction du portable dans les classes du primaire et du secondaire a permis une augmentation significative de la performance des élèves aux examens du ministère de l'Éducation. «Le chemin parcouru est impressionnant. En sept ans, la commission scolaire est passée du 66e au 23e rang pour ce qui est de la réussite scolaire», raconte Thierry Karsenti, coorganisateur de ce colloque présenté hier dans le cadre du 78e Congrès de l'Acfas, à Montréal.

    L'expérience vient contredire les idées reçues sur les classes-portables, au premier chef celles voulant que l'ordinateur favorise la distraction ou la paresse en classe. «En réalité, nos recherches montrent que c'est tout le contraire, explique M. Karsenti, dont l'équipe a compilé les impressions de 1104 élèves et 166 professeurs provenant de cette commission scolaire des Cantons-de-l'Est. Le fait est que ça crée énormément d'engagement. Les élèves sont plus motivés, plus ouverts sur le monde, plus persévérants.»

    Élèves comme enseignants ont aussi été nombreux à affirmer que l'apprentissage leur avait paru plus approfondi. Un discours que n'a pas renié le directeur de l'école primaire Perce-Neige, dans l'ouest de l'île de Montréal. «Dans nos trois classes-portables à l'essai, dont une classe CGA dédiée à des enfants qui ont d'importants retards d'apprentissage, les professeurs ont noté une augmentation très notable de l'engagement et de la persévérance des élèves dans leurs tâches», raconte Marc Dubois.

    Vendredi après-midià l'ordi


    L'avancée a des allures de petite victoire pour cette école issue d'un milieu défavorisé qui accueille une forte proportion d'immigrants. «Dans nos classes-portables, le vendredi après-midi, ce sont les enfants qui insistent pour continuer ce qu'ils ont commencé. On n'avait jamais vu ça avant. On pensait que l'enthousiasme allait s'estomper, mais un peu moins de deux ans plus tard, c'est encore tout aussi fort», note M. Dubois.

    Quant à l'impact sur la réussite, il est encore à l'étude. L'an dernier, les professeurs ont néanmoins vu le bulletin de leurs élèves s'élever d'un cran par rapport à la moyenne attendue. «Nous attendons de voir les résultats qu'obtiendront nos élèves cette année avant de tirer une conclusion préliminaire», explique le directeur.

    Une première étude qualitative réalisée par une équipe de l'UdeM laisse néanmoins présager des gains. À deux reprises, les élèves de Perce-Neige ont été invités à produire un texte manuscrit et un texte à l'ordinateur. Une analyse a montré que les textes imprimés présentaient une meilleure maîtrise de l'orthographe et des majuscules. À l'inverse, les textes manuscrits comptaient moins de fautes de syntaxe et de conjugaison.

    L'analyse des textes «n'a pas montré une amélioration notable dans la compétence écrite», mais l'équipe n'a pas pu mesurer la progression syntaxique, l'impact du processus itératif ou la richesse du vocabulaire, explique Simon Collin, doctorant en sciences de l'éducation à l'UdeM. Or, des entretiens avec les professeurs ont fait unanimement état de gains importants sur ces trois fronts.

    Mais pour cela, il aura fallu bouleverser toute l'organisation de la classe. Le partenariat proposé par le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) supposait en effet que les enseignants transfèrent 70 % de leurs activités sur le portable. Au départ, la commande leur a paru insurmontable. Mais dès les premières semaines, les discours ont changé. «La motivation des élèves était selon eux époustouflante. Ils décrochaient moins souvent qu'avec le cahier.»

    Quelques bémols


    Ce qui ne veut pas dire que tout est rose dans la classe-portable. Les obstacles technologiques ont forcé de nombreux ajustements. Certains persistent encore, comme la difficulté de conserver des traces du brouillon jusqu'à la copie finale. À la commission scolaire Eastern Townships, c'est le renouvellement du parc informatique qui donne des maux de tête. «Le ministère ne semble pas vouloir renouveler leur expérience et je trouve ça dommage, car les élèves en tirent des avantages importants», croit M. Karsenti.

    Ce dernier déplore d'ailleurs l'absence de direction du ministère dans ce dossier. «On permet aux écoles riches d'imposer une taxe de 3000 $ pour l'achat d'un appareil. Mais on se désintéresse des autres écoles qui auraient autant à gagner, sinon plus en offrant des classes-portables. Dans les milieux défavorisés, ça pourrait même être la petite étincelle que l'on cherche encore pour faire la différence entre l'échec et la réussite.»












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