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Lettres - Enseigner ou l'art d'acheter la paix

Gaëlle Gallant - Enseignante, Québec, le 6 mai 2010  10 mai 2010  Éducation
En commission parlementaire, la ministre Michelle Courchesne s'étonnait du nombre élevé de futurs enseignants qui ne maîtrisent pas le français à la fin de leurs études universitaires: «Comment ça se fait qu'ils ont réussi au secondaire et au collégial avec des notes de 70 %?», s'interrogeait la ministre cette semaine.

Madame la ministre, j'ai une réponse à votre interrogation. Savez-vous ce qui se passe lorsque les moyennes de classe des enseignants rigoureux sont trop basses? Ils se font reprocher par leur direction d'école de corriger trop sévèrement. À force de se le faire répéter, certains finissent par baisser leurs exigences pour acheter la paix. Ainsi, tout le monde est content: les élèves, les parents, la direction, la commission scolaire. On fait croire à tout ce beau monde que les élèves sont bons... jusqu'à ce qu'ils se heurtent à un mur! Pourquoi pensez-vous que certains rêvent que les enseignants soient rémunérés en fonction des résultats de leurs élèves? Parce que tous les élèves deviendront, comme par magie, très performants... Très simple! Il suffit de corriger moins sévèrement!

***

Gaëlle Gallant - Enseignante, Québec, le 6 mai 2010
 
 
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  • Khayman - Abonné
    10 mai 2010 08 h 10
    La récréation achève
    Vous avez raison. Cependant, les directions d'école ne font que cristalliser le refus de la société de constater que si tout le monde doit avoir accès à l'école, l'école ne doit pas s'adapter à tout le monde.

    Ainsi, après le succès de l'accessibilité aux études supérieures amené par le rapport Parent, on n'accepte pas la stagnation de la diplomation (de l'ordre de 40 % depuis 20 ans dans les cégeps si j'ai bonne mémoire). L'échec n'est pas « payant » car un étudiant subventionné qui ne décroche pas (ou tarde à décrocher) un diplôme est, dans une économie néo-libérale, une perte sèche pour l'État. Pour moi, l'échec est un aboutissement qui permet de mieux savoir ce que l'on est et ce que l'on veut/peut faire ou ne pas faire dans la vie. Mais bon, cette vision cadre mal dans un bilan trimestriel...

    De toute manière, ce système craque de partout. Nous subirons bientôt le retour du pendule et, avec lui, d'une certaine rigueur à l'école. En attendant, on continue la récréation.
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  • Franfeluche - Abonné
    10 mai 2010 08 h 51
    Ça doit être la réforme
    On accuse la réforme des faibles résultats des étudiants en français. Et pourtant, ces futurs enseignants dont il est question dans le présent article, n'ont pas connu cette réforme.
    En 1965, j'enseignais le français en dixième scientifique. Or, je me rappelle très bien des compositions que me remettaient mes élèves. Il m'arrivait fréquemment de rager devant le nombre fautes commises et les phrases mal construites par une bonne proportion d'entre eux. Il faut dire aussi qu'à cet époque, quelques élèves parmi les plus forts en français étaient partis faire leur cours classique dans une école privée.
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  • Michel Mongeau - Inscrit
    10 mai 2010 09 h 03
    Correction: entre rigueur et réalisme
    La correction exige compétence, jugement et réalisme. On ne corrige pas dans l'absolu et il faut savoir éviter le piège de l'intransigeance autant que celui du conformisme. Au cégep, par exemple, notre pratique se rattache à un plan cadre départemental, lui même basé sur les devis ministériels. Mais il nous faut également jauger nos groupes et effectuer nos tâches avec des élèves réels et non des projections de nos attentes personnelles. Et il faut assumer notre pratique de correction, être capable de la défendre et confortable avec elle et savoir résister à la pression des pairs ou de la direction. La correction est une activité qui appartient en propre à l'enseignant et même si elle s'effectue dans un cadre objectif, l'enseignant a le devoir de la faire accepter, respecter.
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  • Normande Poirier - Abonnée
    10 mai 2010 15 h 08
    La roue de la médiocrité tourne sans fin!
    Sans parler que, souvent, les gestionnaires chargés de l’administration des établissements scolaires n’ont jamais mis le pied dans une classe, n’ont aucun respect pour le savoir, et appliquent bêtement à la gestion de l’école des mantras empruntés au domaine de l’entreprise.
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  • Jean-G. Lengellé - Inscrit
    10 mai 2010 16 h 21
    Gangrène et contagion....
    Malheureusement, le "mur" auquel devraient se heurter les étudiants qui s'inscrivent à l'université est lui aussi tout aussi poreux et inefficace, puisque le même parttern existe à l'université: si les notes sont faibles, l'évaluation du professeur s'en ressent, sa carrière est compromise, et donc, vive la passoire pour avoir la paix, et une fois la permanence acquise le professeur enseignera le moins possible au premier cycle.
    Les nombreux, trop nombreux, chargés de cours ont tous et toutes très bien compris le truc et donnent des examens faciles, ou encore plus subtilement donnent le corrigé de l'examen final avant la fin du cours pour être bien évalué et par voie de conséquence pour être ré-engagés à la session suivante.
    Pire encore, les étudiants qui se dirigent vers les prétendues Sciences de l'Éducation, et qui sont de notoriété publique les plus faibles des diplômés du CEGEP, et donc ne peuvent aller ailleurs qu'en Éducation, obtiennent régulièrement des A à tous leurs cours!
    Et comme les universités pour survivre ont besoin de montrer un nombre croissant d'étudiants, elles fermeront les yeux sur les notes gonflées et sur la qualité du produit fini! La mantra universitaire, c'est le clientélisme.
    Comme l'indique Mme Gallant, tout le monde sera content:
    les universités seront subventionnées, les profs garderont leur job, et les étudiants en obtiendront une sans égard aux futures générations, sans compter que protégés par un syndicalisme efficace ils ne quitteront ces emplois rémunérateurs que parce qu'ils se seront écœurés de la nullité de leurs propres élèves, et des exigences des parents qui veulent plus de bonnes notes, moins de Ritalin etc etc.
    Il y a peut-être un manque d'éthique chez les politiciens, nous disent les sondages, plus grave cependant, ce manque d'éthique est encore plus flagrant de la garderie à l'université...
    Bonsoir, Jean-Baptiste aurait chanté Félix!
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  • Murakami - Inscrite
    11 mai 2010 00 h 07
    Confusion: faire réussir au lieu de donner les moyens pour réussir
    Il est clair qu'il y a une réelle dérive à propos de la conception de la réussite dans le système scolaire québécois, du moins au sens du MELS et des administrateurs. L’observation relève du truisme, je vous l’accorde. En effet, au lieu de s'attarder à donner les moyens pour réussir, on semble limiter l'intérêt à la réussite quantitative.

    La venue de transferts fédéraux dans certains cégeps a donné lieu à des situations illustrant cette confusion. Dans certains collèges, des enseignants ont été libérés de leur tâche habituelle pour mettre sur pied des projets hors classes dont le but est d'augmenter la réussite de certains cours de mathématiques de 5%. Si le projet n'atteint pas la cible fixée alors l'institution perdra sa subvention. La pression qui en résulte chez les enseignants est évidente et les élèves ne se sentent pas plus compétents en raisonnement mathématique!

    Pourtant, au nom du principe d'éducabilité qui est postulé dans notre société du savoir, il faut non pas s'assurer que tout le monde réussisse mais que l’on donne toutes les chances aux étudiants d'y parvenir. Sans ces moyens, on tombe dans un système élitiste auquel on ne peut se résoudre !
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