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L'École comme bouée de l'écriture manuscrite

Un débat persiste: faut-il privilégier l'écriture cursive ou script?

Fabien Deglise   13 mars 2010  Éducation
Photo : Newscom
L'écran tactile, l'ordinateur portable et la connexion Internet sans fil malmènent l'écriture manuscrite. Mais, même si elle est blessée par la modernité, pas question d'envoyer tout de suite un bristol — écrit à la main — pour convier l'humanité à une veillée funèbre.

«L'écriture manuscrite va toujours être enseignée à l'école, dit Marie-France Morin, titulaire de la Chaire de recherche sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture chez le jeune enfant de l'Université de Sherbrooke. C'est une aptitude fondamentale à acquérir puisqu'on en a besoin dans toutes les activités scolaires, mais aussi dans la vie quotidienne pour fonctionner un minimum.»

C'est un fait. La torture des lignes de «a», de «b» et de «r», l'angoisse concernant les pleins et déliés n'ont pas été inventés pour garder concentrés les enfants dans écoles de rang et les séminaires. «L'écriture est une activité très complexe qui demande beaucoup d'énergie cognitive, poursuit-elle. Cette énergie, déployée dans la mise en forme des lettres, est très importante au moment de l'apprentissage, car elle influence aussi l'orthographe, la formation des idées. Des études démontrent même que l'automatisation de l'écriture par l'enfant a un impact sur ses performances de lecture.» Et pour toutes ces raisons, l'humanité ne pourra donc jamais s'en passer complètement.

La chose est entendue. Mais un débat de forme semble toutefois animer le monde de l'éducation aujourd'hui quand il est question d'écriture. C'est qu'actuellement, au Québec, deux styles d'écritures manuscrites cohabitent: l'écriture script (lettres détachées) et l'écriture cursive (lettres attachées). Et certains se demandent: à quoi bon?

On résume: plus proche des lettres imprimées, le script a été introduit, dans les années 70, en première année du primaire pour faciliter l'apprentissage de l'écriture — les lettres sont formées de bâtons dont l'inclinaison varie —, mais également celui de la lecture puisque son graphisme est plus proche des lettres imprimées. En deuxième année, ce sont les lettres attachées, celles qui ont fait les beaux jours des académies d'Outremont, de Laval ou de Trois-Rivières.

Or, 40 ans plus tard, plusieurs remettent en question la pertinence de ce double apprentissage qui ne serait pas forcément la formule optimale, dit Mme Morin, qui vient de lancer d'ailleurs, avec deux autres collègues — Isabelle Montesinos-Gelet de l'Université de Montréal et Nathalie Lavoie de l'Université du Québec à Rimouski — un vaste projet de recherche à l'échelle de la province afin de mesurer l'impact du script et du cursif sur les capacités d'écriture des élèves. 700 enfants inscrits en 2e année du primaire dans quatre régions ont été rencontrés. Les résultats doivent être dévoilés dans les prochaines semaines.

«L'adoption de l'écriture script dans les années 70 s'est faite sur des bases scientifiques faibles, dit Carole Fischer, de l'Université du Québec à Chicoutimi. On avait l'intuition que ça allait être mieux. Mais ce n'est peut-être pas le cas.»

La graphologue Christine Rasetti le croit aussi, elle qui milite pour une écriture franchement cursive à la petite école. «Les gens qui ont appris cette forme d'écriture écrivent mieux et plus vite, dit-elle. Ils ont aussi moins de difficultés d'apprentissage en plus de développer un style, chose que le script ne permet pas».

L'équation est séduisante, mais elle mérite toutefois d'être nuancée, ajoute Mme Morin, en précisant que plusieurs facteurs influencent l'apprentissage de l'écriture manuscrite. Une écriture qui finalement, en format script ou cursif, trouve dans l'époque qui la malmène une poignée de gens qui ont sérieusement décidé d'en prendre soin, en réfléchissant sur elle.
 
 
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