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Libre opinion - J'ai honte

Marie-France Bazzo - Productrice, animatrice et porte-parole de la Fondation pour l'alphabétisation  11 mars 2010  Éducation
Imaginons une situation fantaisiste: 20 % d'une population qui se disputerait à propos de l'épaisseur que devrait légalement avoir la tranche de foie gras. Le débat s'enflamme. Le ton monte. Pendant ce temps, 40 % de la même population a peu ou rien à manger. Un scandale absolu. Or, sur la place publique, on ne parle que du foie gras...

Ces derniers temps, on s'est déchiré la chemise à l'occasion d'un de ces débats éclair dont nous avons le secret: la question du dégel éventuel des droits de scolarité à l'université. Les arguments pleuvaient, à gauche et à droite, on ergotait sur le sort des 20 % qui auront, à leurs frais, à ceux de leurs parents ou de l'État, accès à une éducation supérieure et qui, toute leur vie durant, profiteront d'un abondant retour sur investissement.

Et si ce débat n'était pas le plus essentiel?

Dans tout ce bruit autour du dégel ou non, il y a comme un silence assourdissant. 49 % de nos concitoyens sont analphabètes ou ont de trop faibles compétences en lecture pour accomplir les tâches du quotidien au travail et dans la vie courante (selon Statistique Canada, 16 % des adultes québécois âgés de 16 à 65 ans sont analphabètes et 33 % ont de grandes difficultés de lecture).

Presque une personne sur deux, dans une société riche et avancée! 800 000 sont totalement analphabètes. On ne parle pas ici que de personnes âgées n'ayant pas eu accès à l'éducation: le tiers a entre 16 et 25 ans, 40 % ont de 26 à 46 ans. Des immigrants, alors? Dans une proportion de 22 % seulement.

Ils sont nos voisins, nos collègues de travail, des travailleurs que nous croisons à l'hôpital, des jeunes qui sortent de l'école, de jeunes parents qui ne peuvent pas aider leurs enfants à faire leurs devoirs... D'ailleurs, lorsqu'il est question de décrochage scolaire, on fait rarement le lien avec le niveau de scolarité des parents. Or, qui sont ces centaines de milliers de personnes, sinon les décrocheurs d'il y a 5, 10, 20 ans devenus parents?

Ces citoyens de qui dépend en partie l'avenir du Québec tout entier sont absents du discours public. Invisibles.

On veut un Québec fort. On veut briller parmi les meilleurs. Le succès est notre obsession et l'excellence, notre leitmotiv. Et on aurait le luxe inouï de pouvoir se passer du talent de la moitié de la population? On serait capable de fermer les yeux sur ce scandale absolu qui se perpétue de génération en génération? Dans certains pays, on descend dans la rue pour moins que ça!

Une pénurie de main-d'oeuvre est à nos portes. L'économie mondialisée est axée sur le savoir. Il faut agir radicalement, durablement et vite! Il faut donner aux parents analphabètes les outils pour aider leurs enfants AVANT l'entrée à l'école et pendant le parcours scolaire. Il faut inclure les parents décrocheurs dans les programmes de lutte contre le décrochage. Il faut aller en entreprise, dans notre système de santé, là où sont aussi les analphabètes.

Quand la moitié d'une population est mal outillée, c'est la démocratie qui recule. À cette hauteur-là, ce n'est pas une question de handicap individuel, mais un méchant problème de société. Si aucune mesure n'est prise pour faire de l'alphabétisation un chantier national prioritaire, collectivement, nous reculons.

Il y a un éléphant silencieux et blessé au milieu de la pièce.

Pendant ce temps, les ténors de la société québécoise mettent toute leur énergie et leur influence à imaginer une université plus performante, pour l'avenir de ladite société... Il y a comme un problème de cible, ou alors je ne sais pas lire.

***

Marie-France Bazzo - Productrice, animatrice et porte-parole de la Fondation pour l'alphabétisation
 
 
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  • poisson marie-michelle
    Inscrite
    jeudi 11 mars 2010 04h11
    D'accord.
    Complètement d'accord.. !!

  • Michel Seymour
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 05h06
    Du foie gras pour tous
    L'un des arguments «massue» de ceux qui sont en faveur d'une hausse importante des droits de scolarité est qu'en 40 ans au Québec dans un régime où les frais étaient peu élevés, l'accès aux études supérieures ne s'est pas amélioré.
    La question se pose alors de savoir si c'est ce régime qui est en cause. Mais n'est-ce pas plutôt, comme le souligne Mme Bazzo, l'éléphant blessé dans la pièce? Le décrochage scolaire, qui va de pair avec un taux effarant d'analphabétisme, est le défi numéro 1 auquel doit faire face notre système d'éducation. Toute solution à ce problème peut et doit être combinée à des droits de scolarité peu élevés pour permettre aux personnes qui se seraient sortis de leur situation d'analphabètes et de décrocheurs d'accéder aux études supérieures.
    Il faut que nos institutions universitaires favorisent, à l'image de la Grande Bibliothèque, la démocratisation de la culture. Il faut du foie gras pour tous. À l'inverse, un régime de droits de scolarité élevés favorise un Québec cassé en deux : les gras durs et ceux à qui on impose un régime minceur.

    Michel Seymour

  • Georges Paquet
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 07h27
    Est-ce que nous sommes arrivés au point où on ne peut plus faire deux choses en même temps?
    Est-ce qu'on ne peut pas en même temps favoriser l'alphabétisation du plus grand nombre de ceux qui en ont besoin (en passant, bravo à la Fondation pour l'alphabétisation) et viser à ce que les Universités se hissent ou se maintiennent au niveau des meilleures.
    Quelque soit l'issue du débat sur l'épaisseur des tranches de foie gras, il n'y en aura pour tous quand tous acceperont de le payer le juste prix. On ne peut pas offrir du foie gras à tout le monde quand on n'en a pas les moyens. les dettes, il faut les payer, un jour, autrement on se retrouve dans la situation de la Grèce où le carême a suivi rapidement le mardi-gras.

  • Simon Beaudoin
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 07h59
    Une situation consternante
    Je suis tout à fait l'approche de madame Bazoo, indépendamment de mes opinions sur le dégel des frais de scolarité. Il est honteux que de nombreux québécois soient dans un tel état de détresse vis-à-vis de la lecture d'un simple texte, quand on pense que notre société est fondée sur ce fait. Non seulement peuvent-ils avoir de la difficulté à comprendre les exigences du gouvernement, mais ils sont ainsi privés de toute la littérature québécoise et ne peuvent pas prendre part au débat public.

    Cet enjeu est certainement lié au problème de décrochage scolaire et nous devrions encourager ces gens à retourner sur les bancs d'école pour au moins devenir des alphabètes focntionnels et, j'oserais dire, pour éviter une crise sociale. Il ne faudrait pas que les enfants de ces gens sous-éduqués, parfois (ou souvent) à cause de leur milieu, en viennent à ne pas arriver à lire parce que leurs parents éprouvent des difficulté. Peut-être faudrait-il trouver un moyen de revaloriser l'éducation, même dans les couches les plus réfractaires de la société.

    Simon Beaudoin,
    Québec

  • Julie-Soleil
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 08h00
    L'analphabétisation existe même dans les universités
    Je propose de tout simplement abolir les universités pour rediriger tout le budget vers l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Un programme pour les 5 à 75 ans, une page d'écriture par jour, 30 minutes de lecture. Car ce n'est pas à l'Université que l'on apprend à écrire. Deux jeunes bacheliers en communications et engagés pour faire de la rédaction ont démontré ce fait dans l'entreprise pour laquelle je travaille. On pourrait expliquer par le fait qu'on permette à tous de "réussir" (ou à personne d'échouer, selon la vision), afin de faire valoir de superbes statistiques sur les taux de réussite scolaire. Quelle illusion. Au fait c'est où qu'on apprend à lire et à écrire? Je crois que la seule solution est de faire revenir les bonnes Soeurs. Avec elles au moins, on est entre bonnes mains!!! SVP ne me prenez pas trop au sérieux... (Julie-Soleil offre un POÈME: Je vous aime)

  • Louis Lapointe
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 09h06
    Le combat pour une école publique gratuite est un projet républicain
    Les statistiques du ministère de l’Éducation indiquent clairement depuis des années que lorsque les taux de réussite augmentent dans un ordre d’enseignement, le taux de passage à l’ordre d’enseignement suivant augmente également si l’accès aux études existe pour les étudiants dans un rayon de 25 km de leur lieu de résidence.

    C’est la raison pour laquelle, historiquement, les hauts fonctionnaires du ministère de l’Éducation et les gouverneurs du réseau de l’Université du Québec ont toujours défendu l’idée que les trois moteurs du succès scolaire étaient la réussite, l’accessibilité - la présence de cégeps et d’universités sur l’ensemble du territoire québécois - et des droits de scolarité bas.

    En fait, la réussite, l’accessibilité et la gratuité sont des facteurs concomitants du succès scolaire. L’absence d’un seul de ces facteurs peut causer l’échec des deux autres. Lorsqu’on nous propose d’augmenter considérablement les droits de scolarité à l’ordre universitaire, on met donc inévitablement en péril l’accessibilité et la réussite d’une importante proportion de la population.

    Le combat pour une école publique gratuite est un projet républicain au même titre que celui de la souveraineté du Québec, de la langue française commune à tous les Québécois et des soins de santé gratuits pour toute la population, puisqu’elle est l’espace public idéal pour vaincre la pauvreté, l’ignorance et le racisme.

    Contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, il ne s’agit pas d’une vache sacrée, mais bien d’une valeur commune que nous ont léguée nos ancêtres, celle du partage.

    Si nous nous occupons de tous nos enfants, pauvres comme riches, sans égard au sexe, à la religion ou à la race, les collèges et les universités se rempliront et nous serons, par conséquent, plus riches collectivement. Mieux vivre ensemble doit être un projet collectif. La formation est le meilleur outil pour combattre les inégalités sociales, elle doit donc être accessible à tous. Pour cela, il faut investir collectivement.

    Augmenter inconsidérément les droits de scolarité à l’ordre universitaire met en péril ce projet républicain.

    http://www.vigile.net/Le-combat-pour-une-ecole-pub

  • Michel Mongeau
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 09h09
    Ne mélangeons pas les victuailles
    Primo, il faudrait discuter des chiffres avancés par madame Bazeau et de leur interprétation. Deuzio, depuis plus d'une vingtaine d'années, il y a eu au Québec un très grand nombre de programmes d'alphabétisation. Allons-nous forcer nos concitoyens à lire et à s'alphabétiser en utilisant la méthode de la faucille et du marteau? Quant au problème du financement des universités, aucune solution à elle seule, ne réussira à y faire avancer toutes les facettes de la question. Mais je pense que l'État et les étudiants (es) doivent faire preuve de réalisme en augmentant le pécule. Et n'oublions pas, sans en faire bien entendu un bouc-émissaire sacrificiel, de considérer certains effets pernicieux de la culture des TIC et du divertissement! MM

  • Michele
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 09h28
    Réduire le nombre d'élèves par classe à tous les niveaux
    Une solution applicable serait la réduction du nombre d'élèves par classe et ce à tous les niveaux.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 10h49
    Je dirais même un méchant problème de cible.
    C'est, entre autres choses, une question de perspective. Les politiciens voient les choses du haut de la culture étroite du consumérisme. Tandis que vous voyez les mêmes choses, mais à partir d'une réalité plus démocratique. J,ai parfois l'impression que la politique conduit à une certaine étroitesse d'esprit. Il reste cependant que l'analphabétisme n'est pas qu'une simple question de bonne volonté, comme vous semblez le prétendre. J'ai bien apprécié d'avoir lu votre opinion sur ce panel. Quant à moi, vous savez très bien lire.

  • David Hughes
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 11h04
    Analphabétisme et mobilité sociale
    L'accessibilité financiêre des études post secondaires fait partie de la solution. Provenant moi-même d'un milieu plutôt analphabète, l'accessibilité des études post secondaire m'a permis de briser le cycle de la reproduction sociale. Mes enfants seront linguistiquement compétents parce que j'ai pu aller à l'université. Financièrement, j'ai eu d'énormes difficultés et si les frais avaient été plus importants, j'aurais probablement perdu espoir dès le Cégep où je suis arrivé presque analphabète. J'aurais donc reproduit le problème pour au moins une autre génération. Ces deux enjeux sont intimement liés. C'est faire fausse route que de les opposer.

  • Rodrigue Tremblay
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 11h05
    @michele
    On est rendu à moins de 20 élèves par classe. Dans mon enfance, on était à 35

  • Martin Dufresne
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 13h17
    À quoi tient la désalphabétisation?
    Mais est-ce que chasser les Musulmanes hors des cours de francisation est une solution? Est-ce que protéger bec et ongles les droits des prostitueurs à un bassin de "main-d'oeuvre" déqualifiée n'aggrave pas le problème?
    Pour résoudre le dilemme de l'alphabétisation, il faut mettre le doigt sur les attitudes et préjugés racistes, sexistes et classistes qui marginalisent vigoureusement certaines catégories de la population (pendant que les bourgeois cassent du sucre sur leur dos).

  • Frederick Plamondon
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 14h10
    Plus de devoirs et aide aux familles
    Je suis d'accord avec Mme Bazzo.

    Je crois aussi qu'il faut revaloriser l'éducation au niveau de la cellule familiale (une entente interministérielle, ce serait bien me semble) et revaloriser la réussite scolaire et l'importance de la culture générale. Il faudrait aussi redorer la place du programme de sciences humaines au niveau collégial. Au niveau primaire, les professeurs doivent retrouver leur autonomie d'enseignant, ils doivent pouvoir exercer leur autorité, etc. Il ne faut plus négliger les devoirs et la charge de travail à la maison... Réussite pour tous, c'est un mensonge. C'est être hypocrite de ne pas le reconnaître. Il faut plus d'encadrement et plus d'intégration.

    À ce sujet, il serait bon qu'on cesse de considérer l'éducation comme une dépense qui devrait être gérée, mais aussi (surtout à mon sens) comme un investissement. Ça implique qu'il faut évacuer l'approche clientéliste.

    @Rodrigue Tremblay

    Je ne sais pas où vous travaillez (si vous êtes enseignant) ou bien où vous étudiez (si vous êtes étudiants ou parent d'étudiant), mais la limite haute au cégep c'est plus de 40 étudiants par classe (46 je pense), pour un maximum de 160 étudiants pour une tâche pleine. C'est pas juste gros, c'est pratiquement insurmontable sans réduire considérablement la qualité de l'enseignement et la rigueur de l'évaluation. Les conditions sont pires au secondaire...

    La réduction des classes, c'est capital là et ça urge.

  • Rodrigue Tremblay
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 15h12
    @Plamondon
    Dans les classes de 1ere, 2e et 3e année, on a moins de 20 élèves, PARTOUT au Québec. Le syndicat demande la meme chose pour tout l'élémentaire.
    Dans les quartiers défavorisés, on est à 18-19 élèves

    @duchesne: on ne chasse pas les musulmanes des cours de français, on chasse unue femme qui s'obstine à porter un costume de sorcière. Dans mon temps, tous les gars devaient porter la cravate dans la classe et les filles avait toutes le même costume.

  • Frederick Plamondon
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 15h40
    @Tremblay
    Je vous envie beaucoup!

    Alors, il semble bien que les contextes d'enseignement ne soient pas les même entre le primaire et le secondaire-collégial.

    p.s.: Il ne s'agit pas d'un costume de sorcière. Il s'agit de quelque chose qui définit ce qu'elle est. Qu'on soit pour ou contre, c'est pas pour rien qu'elle s'obstine et c'est pas compliqué à réaliser non plus.

  • Pierre Bellefeuille
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 15h48
    Des conditions déplorables
    Madame Bazzo,

    Votre commentaire est très pertinent. L’accès à l’éducation doit être protégé, c’est une valeur sociale qui doit déterminer l’accès aux études et non pas un choix de rendement purement économique. Le lobby privé n’aime pas la gratuité! L’éducation n’est pas un produit de luxe, c’est vital dans le développement de tout peuple.

    Les crises économiques se sont multipliées pendant les trente dernières années. Lors de chaque crise on demandait à tous de faire plus avec moins, ce qui est encore vrai en 2010, et chez les professeurs on leur demandait de faire plus avec moins de ressources, mais chaque fois avec un peu plus d’élèves par classe. Je suis entièrement en accord avec Frederick Plamondon mentionnant la réduction des classes, surtout au primaire et au secondaire. Je pense que jusqu’au niveau du secondaire IV, nous devrions plafonner les classes à un total de 22 élèves. Au primaire, pas plus de 18 élèves.

    J’ai fait de la suppléance au primaire, au secondaire, j’ai eu des charges de cours au niveau collégial et au niveau universitaire. J’ai vu toutes les sortes de classes, des classes internationales où aucune discipline n’était à faire, des classes régulières avec un peu de discipline et parfois un peu plus, et d’autres classes extrêmement difficiles poussant à bout 5 suppléants d’affilés, dont moi-même. Les classes extrêmement difficiles sont une exception, il s’agit parfois de groupes où on retrouve une intégration trop importante de cas difficiles à l’intérieur d’un groupe qui pourrait être fonctionnel, mais rendu dysfonctionnel par la présence de 5 ou 6 élèves perturbant une classe de 35 élèves. Dans tous les cas, j’ai un grand respect pour la majorité des professeurs qui au fil des années tiennent à bout de bras, et souvent jusqu’à l’épuisement, le système scolaire. Chapeau les profs!

    Je crois qu’on peut garder espoir dans la jeunesse, car j’ai surtout vu des jeunes rempli de potentiel et pas plus bête que nous l’étions à leur âge. J’ai vu des jeunes avec une excellente écriture dès la première année du secondaire, assez exceptionnel, mais ça existe.

    Si vous allez dans les expo-sciences, vous découvrirez tout le potentiel d’une jeunesse qui ne demande pas mieux que réussir. On y retrouve surtout des jeunes très motivés et présélectionnés, ce qui tranche sur d’autres groupes moins visibles et moins favorisés, ayant tout autant de potentiel, car tout ne se joue pas uniquement au niveau de l’école, les facteurs externes de réussite peuvent être nombreux et surprenants!

    C’est bien de la possibilité d’actualiser, de mettre au monde ce potentiel, dont il faut se préoccuper. Je crois qu’on doit préserver la gratuité.

    Par ailleurs, plusieurs écoles ont des classes surchargées d’élèves, lesquelles ne sont tout simplement pas conçues pour accueillir 33 à 40 élèves. Pendant l’hiver, l’air est surchauffé et la ventilation est inappropriée, ce qui créer des problèmes de concentration, car l’environnement n’est tout simplement pas propice à une bonne oxygénation, un facteur important créant la fatigue.

    Si je ne m’abuse, on a aussi coupé dans les périodes d’activités physiques. Si c’est le cas, je crois que c’est une grande erreur. Dans mon cas précis, je crois que j’aurais été plus éveillé, au primaire et au secondaire, en ayant accès à plus d’activités physiques, car je trouvais difficile de rester assis pendant des journées entières. Les jeunes ont besoin de bouger.

    On parle aussi de plus en plus de la difficulté des jeunes à pouvoir se concentrer, car leur cerveau est trop sollicité par les iPod, les chats, Internet, etc. Ils sont probablement hyperstimulés tout comme beaucoup d’adultes où l’hypercrédit a favorisé l’hyperconsommation. L’hyperexcitation est un mécanisme très bien connu en marketing, favorisant justement l’hyperconsommation. Je me rappelle, que lorsque j’enseignais le graphisme au collégial, un élève m’avait posé une question lors d’une intervention individuelle, j’ai à peine eu le temps de commencer à répondre à sa question, car au moment même il répondait à un appel sur son cellulaire, la communication avait été coupée complètement, j’étais là tout juste à ses côtés et c’est comme s’il n’y avait plus rien d’autre que le cellulaire. Navrant, mais réaliste. Pourtant, le cellulaire était clairement interdit en classe. Il m’était aussi arrivé de mettre à la porte une élève qui après trois cours consécutifs ne comprenait pas qu’on ne pouvait pas « surfer » sur le Web ou faire du « chatting », pendant le cours. Ce ne sont pas des exceptions, on retrouve des exemples similaires à tous les niveaux. Les jeunes sont captifs des produits de communication, ça exploite le besoin d’appartenance au groupe, particulièrement exacerbé chez les adolescents. On ne peut pas généraliser, mais il s’agit d’un problème bien réel chez plusieurs.

    On doit garder confiance dans les jeunes, et si on veut que les jeunes gardent confiances dans le système, il faudra s’assurer de notre entière collaboration en ce qui a trait à l’accessibilité la plus large possible à l’éducation à tous les niveaux. Je n’aime pas le discours actuel des prétendues « lucides », c’est tellement démagogique!

    Dans mon cas, c’est la gratuité relative d’accès à l’éducation qui m’a permis de remonter une longue pente, car j’avais beaucoup de chemin à parcourir, autrement, il m’aurait été beaucoup plus difficile, voir impossible d’y parvenir. J’ai aussi eu la chance d’avoir accès à des gens inspirants et motivants. Je souhaite à tous cette même chance.

    Ah! Je crois que ça vaut aussi la peine de le mentionner ici, vers la fin des années 1990, déjà vers la 6e année du primaire, dans certaines commissions scolaires, on parlait de faire d’orienter le choix des jeunes vers la formation professionnelle, laquelle débouche souvent sur de bons emplois selon le secteur de formation, mais je me suis aussi dit en même temps, ils ont à peine le cerveau formé et l’esprit ouvert qu’on tente déjà de les influencer dans un choix de carrière, ce qui correspond tout à fait au désir d’une société technicienne. Bien sûr, tous ne sont pas destiné à devenir des intellectuels de haut niveau, mais il me semble qu’on doit laisser aussi le temps aux jeunes de vivre. Notre société cherche aussi l’hyperperformance, ce qui me semble produire un décrochage chez plusieurs, alors que des études dans d’autres pays ont démontré qu’un rythme lent d’apprentissage était en direct relation avec le succès dans les études. Les virtuoses de la musique savent tous depuis longtemps que si vous désirez jouer rapidement un passage difficile avec une exécution parfaite, vous devez d’abord pratiquer ce passage extrêmement lentement tout en augmentant graduellement la vitesse, le temps et l’assiduité produiront généralement les résultats attendus. La patience est une vertu qui se perd dans notre société de consommation, où les étudiants ou élèves sont de plus en plus assimilés à des clients! Beurk!

    Tout ça en dit très long sur les politiques actuelles, et celles mises de l’avant il a plus de 10 ans déjà!

  • France Marcotte
    Abonnée
    jeudi 11 mars 2010 16h37
    On commence tout de suite?
    Puisque 49 % de nos concitoyens sont analphabètes ou ont de trop faibles compétences en lecture pour accomplir les tâches du quotidien au travail et dans la vie courante, on pourrait faire simple en faisant en sorte que la moitié lettrée s'occupe de celle qui ne l'est pas. Chacun pourrait ouvrir l'oeil et reconnaître dans son entourage 1 seule personne illettrée ou presque et se proposer pour lui venir en aide, lui montrer à lire et à écrire. Ce serait du bénévolat drôlement efficace. On commence tout de suite?

  • Lucie B.
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 17h29
    Le gouvernement canadien empire la situation
    Si j'ai bonne mémoire, le gouvernement de Stephen Harper a coupé, en 2009, dans les subventions pour les programmes d'alphabétisation. C'est faire preuve d'inconscience totale.

    Comment construire un pays plus juste et comment favoriser l'émergence de talents restés dans l'ombre faute de maîtrise suffisante de la langue écrite? Sûrement en rétablissant et en augmentant la part du budget consacré à l'alphabétisation! La maîtrise de la langue est un outil de pouvoir indéniable sur sa destinée; mettons-le à la portée de tous. C'est aussi un levier pour atténuer les tensions sociales entre les démunis et les plus fortunés.

  • Rodrigue Tremblay
    Inscrit
    jeudi 11 mars 2010 19h26
    Nos profs sont débordés
    En 2005 (j'ai pas trouvé plus récents comme stats sur leur site), on avait 101,311 profs au Québec pour 1,345,589 élèves. Un gros 13 élèves par prof en moyenne. Sont où vos classes à 35 élèves?

    Ca c'est comme nos infirmières qui font 16 heures par jour. On prend des cas exceptionnels, on nous les plante au Téléjournal, pis, tiens vous autres, bouffez-en du discours syndical

    http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/p

  • Frederick Plamondon
    Abonné
    jeudi 11 mars 2010 23h35
    @ R. Tremblay
    Ok, vous croyez que l'ensemble des 101 311 profs sont permanents et qu'ils sont tous employés dans une institution scolaire? Vous y allez un peu fort sur l'argument "ceteris paribus" là. Lisez vos tableaux jusqu'à la fin, tenez compte de la répartition des écoles sur le territoire, soustrayez les profs temporaires ou précaires, multipliez ça par les heures d'encadrement, de correction et de préparation, etc.

    Par ailleurs, on ne parle pas de syndicat là, on parlait d'alphabétisation et des problèmes dans le réseau de l'éducation.

    Anyway, je devine que vous perspective n'est pas vraiment discutable... surtout pas si vous pensez que faire partie du personnel hospitalier c'est cool sauf pour certains cas d'espèce.

  • Pierre Bellefeuille
    Inscrit
    vendredi 12 mars 2010 09h53
    Données tronquées!
    Monsieur Tremblay,

    Vos données sont complètement tronquées. Je n’ai jamais vu 13 élèves par classe.

    Je vous suggère de faire de la suppléance en formation générale, au primaire et au secondaire, dans la région de Montréal, en Outaouais ou ailleurs, ainsi vous serez à même de constater que les chiffres ne correspondent absolument pas à vos conclusions.

    Enseignez dans une école pendant une année, il n’y a rien de tel que marcher dans les souliers des autres pour comprendre vraiment la situation.

    Vous pouvez toujours dénigrer les syndicats si vous le voulez, mais je crois qu’ils ont encore un rôle fondamental à jouer. Je connais trop bien l’histoire du mouvement syndical et d’où nous venons en ce qui à trait aux conditions de travail, ce qui me permet d’éviter de porter trop rapidement des jugements.

  • Normand Lemyre
    Inscrit
    vendredi 12 mars 2010 10h47
    Au loup
    Si vraiment «49 % de nos concitoyens ... [avaient] de trop faibles compétences ... pour accomplir les tâches du quotidien au travail et dans la vie courante...», notre société ne fonctionnerait tout simplement pas. C'est trop.

    Je pense qu'il y a abus de langage et étirement de définitions...

    C'est de bonne guerre de «provoquer» pour une campagne de la Fondation pour l'alphabétisation, mais à crier au loup exagérément, ça peut insensibiliser aussi. C'est devenu mon cas, je n'y crois plus.

  • martin-lecteur
    Abonné
    vendredi 12 mars 2010 23h54
    De l'or!
    Quand on sait lire, on a accès à plus de mots. Des petits, des longs, des lourds aussi. De plus, relire permet de mieux les mémoriser: on peut apprendre des mots de notre choix. Savoir lire, c'est formidable! Les mots, c'est de l'or... Et les lire, c'est vivre une ruée, la vraie! Le devoir de votre enfant? Il devient une mine de diamants! Tout vous devient accessible! Savoir lire, c'est être riche! Vous venez de lire ce beau texte de Madame Bazzo? Vous êtes riche! On vous l'a lu parce que vous ne savez pas comment faire? Contactez la Fondation! Ou demandez à un proche! Vous l'avez lu à quelqu'un qui ne sait pas comment? Montrez! Ou essayez! (Le très beau commentaire de Madame France Marcotte 'Quand est-ce qu'on commence?', ne nous convie-t-il pas à faire les premiers pas?) Ne soyez pas avare... Soyez alchimiste de votre vie! Changez la mine de plomb en or...

  • martin-lecteur
    Abonné
    dimanche 14 mars 2010 13h12
    La relecture...
    Le commentaire de Madame Marcotte portait le titre "On commence tout de suite?" et non "Quand est-ce qu'on commence?" Désolé... Je n'avais relu...

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