Des universités de qualité pour l'avenir du Québec
L'un des principaux constats de la Révolution tranquille se révèle aujourd'hui avec encore plus de force: l'avenir du Québec passe par l'éducation. Avec le besoin d'une main-d'oeuvre bien formée, face à de sérieuses contraintes économiques et devant des enjeux mondiaux majeurs et une relance à soutenir, l'éducation et l'innovation scientifique et sociale sont les clés de notre futur. Célébrons alors le chemin parcouru en éducation au Québec au cours des cinquante dernières années et saluons les mérites des universités québécoises.
Face à l'avenir et au rôle déterminant que les universités devront continuer de jouer, il est pertinent de cibler nos principaux défis, de poser un regard critique et d'agir.
La question de la persévérance au secondaire et au cégep est un enjeu bien défini. La diplomation est, il me semble, l'autre grand défi. Rappelons qu'en Ontario, 20,5 % de la population est titulaire d'un baccalauréat ou d'un diplôme universitaire supérieur; au Québec, ce n'est le cas que de 16,5 % de la population. Rappelons aussi que, proportionnellement au nombre d'habitants, nous avons 50 % de moins de détenteurs de maîtrise et 30 % de moins de doctorats au Québec qu'aux États-Unis.
Accessibilité
Ces objectifs n'ont de sens qu'en assurant indissociablement accessibilité et qualité. Nos universités sont publiques: elles doivent demeurer ouvertes à tous, peu importe le milieu d'origine. D'autre part, nos étudiants exigent avec raison une formation rigoureuse et pertinente.
Sans tout restreindre à des questions financières, dans un contexte de concurrence nord-américaine et internationale, la capacité de l'université à répondre à de telles attentes est largement tributaire des ressources qui lui sont allouées. Or, comme on sait, c'est le problème fondamental des universités du Québec. Relativement au reste du Canada, nos universités ont moins de revenus — quelque 500 millions de dollars de moins chaque année pour l'ensemble du réseau. Sous les pressions de la quête essentielle d'excellence et de la concurrence, nos universités sont depuis plusieurs années conduites à faire des déficits, qu'ils soient en matière de ressources professorales ou autres ou qu'ils s'expriment dans les états financiers.
Parallèlement, le gouvernement du Québec, qui doit envisager dans le présent contexte des restrictions importantes, est celui des gouvernements provinciaux qui investit le plus dans ses universités proportionnellement à son PIB.
Il faut faire face à ces deux derniers constats sans faux-fuyants, en évitant la tentation de chercher des boucs émissaires. Il importe de pallier sans attendre ce sous-financement. Par ailleurs, d'aucuns s'inquiètent aussi de la gestion optimale des fonds des universités. Convenons à cet égard de cadres de financement qui favorisent l'émulation, l'initiative et l'imputabilité.
Guérir nos universités
Il faut se réjouir que de plus en plus de nouvelles voix s'élèvent dans la société québécoise pour affirmer l'importance prioritaire de l'éducation. La rencontre économique du premier ministre tenue à Lévis en janvier dernier s'est avérée un événement marquant. Tout récemment, un groupe de seize personnes incluant Lucien Bouchard et d'anciens ministres, recteurs et leaders étudiants se sont donné la peine de proposer un pacte visant à «guérir» le financement de nos universités. Je veux remercier toutes ces personnes de leur contribution importante au développement éclairé d'une nouvelle politique publique sur le financement des universités.
L'éducation universitaire est à la fois un bien public et un bien privé. La société en général, comme l'individu qui la reçoit, en bénéficie. Devant l'implacable constat du sous-financement relatif des universités québécoises et de l'état précaire des finances publiques, force est de convenir de l'occasion de revoir l'équilibre entre la contribution de l'État et celle des étudiants aux coûts de la formation universitaire.
Dans le présent contexte, une hausse des droits de scolarité pour rejoindre ceux de nos premiers concurrents nous semble nécessaire et appropriée. Une telle mesure doit cependant s'appuyer rigoureusement sur certains principes: le maintien au niveau actuel du financement public en termes réels; le maintien et l'amélioration de l'accessibilité par une bonification du programme d'aide financière; et un cadre prévisible et respectueux des engagements antérieurs.
Il me semble pertinent de faire la remarque suivante: en recommandant de convenir d'une hausse des droits de scolarité, plusieurs personnes dont je suis proposent aussi d'instaurer un mécanisme qui permette de reporter le remboursement des prêts étudiants associés à ces droits par le biais de l'impôt et de manière proportionnelle aux revenus gagnés par les étudiants une fois le diplôme obtenu. Ce mécanisme, implanté en Australie par exemple, pourrait aller jusqu'à inclure un seuil en deçà duquel le diplômé pourrait être soulagé de ses obligations de remboursement.
Le moment me semble venu de convenir, entre toutes les parties prenantes (gouvernement, étudiants et universités), de la mise en place d'un tel pacte pour le financement dans le prochain budget. Portons d'abord notre attention sur les éléments-clés. Soutenons notre avenir et les générations montantes. Agissons.
*****
Luc Vinet - Recteur de l'Université de Montréal
Face à l'avenir et au rôle déterminant que les universités devront continuer de jouer, il est pertinent de cibler nos principaux défis, de poser un regard critique et d'agir.
La question de la persévérance au secondaire et au cégep est un enjeu bien défini. La diplomation est, il me semble, l'autre grand défi. Rappelons qu'en Ontario, 20,5 % de la population est titulaire d'un baccalauréat ou d'un diplôme universitaire supérieur; au Québec, ce n'est le cas que de 16,5 % de la population. Rappelons aussi que, proportionnellement au nombre d'habitants, nous avons 50 % de moins de détenteurs de maîtrise et 30 % de moins de doctorats au Québec qu'aux États-Unis.
Accessibilité
Ces objectifs n'ont de sens qu'en assurant indissociablement accessibilité et qualité. Nos universités sont publiques: elles doivent demeurer ouvertes à tous, peu importe le milieu d'origine. D'autre part, nos étudiants exigent avec raison une formation rigoureuse et pertinente.
Sans tout restreindre à des questions financières, dans un contexte de concurrence nord-américaine et internationale, la capacité de l'université à répondre à de telles attentes est largement tributaire des ressources qui lui sont allouées. Or, comme on sait, c'est le problème fondamental des universités du Québec. Relativement au reste du Canada, nos universités ont moins de revenus — quelque 500 millions de dollars de moins chaque année pour l'ensemble du réseau. Sous les pressions de la quête essentielle d'excellence et de la concurrence, nos universités sont depuis plusieurs années conduites à faire des déficits, qu'ils soient en matière de ressources professorales ou autres ou qu'ils s'expriment dans les états financiers.
Parallèlement, le gouvernement du Québec, qui doit envisager dans le présent contexte des restrictions importantes, est celui des gouvernements provinciaux qui investit le plus dans ses universités proportionnellement à son PIB.
Il faut faire face à ces deux derniers constats sans faux-fuyants, en évitant la tentation de chercher des boucs émissaires. Il importe de pallier sans attendre ce sous-financement. Par ailleurs, d'aucuns s'inquiètent aussi de la gestion optimale des fonds des universités. Convenons à cet égard de cadres de financement qui favorisent l'émulation, l'initiative et l'imputabilité.
Guérir nos universités
Il faut se réjouir que de plus en plus de nouvelles voix s'élèvent dans la société québécoise pour affirmer l'importance prioritaire de l'éducation. La rencontre économique du premier ministre tenue à Lévis en janvier dernier s'est avérée un événement marquant. Tout récemment, un groupe de seize personnes incluant Lucien Bouchard et d'anciens ministres, recteurs et leaders étudiants se sont donné la peine de proposer un pacte visant à «guérir» le financement de nos universités. Je veux remercier toutes ces personnes de leur contribution importante au développement éclairé d'une nouvelle politique publique sur le financement des universités.
L'éducation universitaire est à la fois un bien public et un bien privé. La société en général, comme l'individu qui la reçoit, en bénéficie. Devant l'implacable constat du sous-financement relatif des universités québécoises et de l'état précaire des finances publiques, force est de convenir de l'occasion de revoir l'équilibre entre la contribution de l'État et celle des étudiants aux coûts de la formation universitaire.
Dans le présent contexte, une hausse des droits de scolarité pour rejoindre ceux de nos premiers concurrents nous semble nécessaire et appropriée. Une telle mesure doit cependant s'appuyer rigoureusement sur certains principes: le maintien au niveau actuel du financement public en termes réels; le maintien et l'amélioration de l'accessibilité par une bonification du programme d'aide financière; et un cadre prévisible et respectueux des engagements antérieurs.
Il me semble pertinent de faire la remarque suivante: en recommandant de convenir d'une hausse des droits de scolarité, plusieurs personnes dont je suis proposent aussi d'instaurer un mécanisme qui permette de reporter le remboursement des prêts étudiants associés à ces droits par le biais de l'impôt et de manière proportionnelle aux revenus gagnés par les étudiants une fois le diplôme obtenu. Ce mécanisme, implanté en Australie par exemple, pourrait aller jusqu'à inclure un seuil en deçà duquel le diplômé pourrait être soulagé de ses obligations de remboursement.
Le moment me semble venu de convenir, entre toutes les parties prenantes (gouvernement, étudiants et universités), de la mise en place d'un tel pacte pour le financement dans le prochain budget. Portons d'abord notre attention sur les éléments-clés. Soutenons notre avenir et les générations montantes. Agissons.
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Luc Vinet - Recteur de l'Université de Montréal
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