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Des universités de qualité pour l'avenir du Québec

Luc Vinet - Recteur de l'Université de Montréal  9 mars 2010  Éducation
L'un des principaux constats de la Révolution tranquille se révèle aujourd'hui avec encore plus de force: l'avenir du Québec passe par l'éducation. Avec le besoin d'une main-d'oeuvre bien formée, face à de sérieuses contraintes économiques et devant des enjeux mondiaux majeurs et une relance à soutenir, l'éducation et l'innovation scientifique et sociale sont les clés de notre futur. Célébrons alors le chemin parcouru en éducation au Québec au cours des cinquante dernières années et saluons les mérites des universités québécoises.

Face à l'avenir et au rôle déterminant que les universités devront continuer de jouer, il est pertinent de cibler nos principaux défis, de poser un regard critique et d'agir.

La question de la persévérance au secondaire et au cégep est un enjeu bien défini. La diplomation est, il me semble, l'autre grand défi. Rappelons qu'en Ontario, 20,5 % de la population est titulaire d'un baccalauréat ou d'un diplôme universitaire supérieur; au Québec, ce n'est le cas que de 16,5 % de la population. Rappelons aussi que, proportionnellement au nombre d'habitants, nous avons 50 % de moins de détenteurs de maîtrise et 30 % de moins de doctorats au Québec qu'aux États-Unis.


Accessibilité

Ces objectifs n'ont de sens qu'en assurant indissociablement accessibilité et qualité. Nos universités sont publiques: elles doivent demeurer ouvertes à tous, peu importe le milieu d'origine. D'autre part, nos étudiants exigent avec raison une formation rigoureuse et pertinente.

Sans tout restreindre à des questions financières, dans un contexte de concurrence nord-américaine et internationale, la capacité de l'université à répondre à de telles attentes est largement tributaire des ressources qui lui sont allouées. Or, comme on sait, c'est le problème fondamental des universités du Québec. Relativement au reste du Canada, nos universités ont moins de revenus — quelque 500 millions de dollars de moins chaque année pour l'ensemble du réseau. Sous les pressions de la quête essentielle d'excellence et de la concurrence, nos universités sont depuis plusieurs années conduites à faire des déficits, qu'ils soient en matière de ressources professorales ou autres ou qu'ils s'expriment dans les états financiers.

Parallèlement, le gouvernement du Québec, qui doit envisager dans le présent contexte des restrictions importantes, est celui des gouvernements provinciaux qui investit le plus dans ses universités proportionnellement à son PIB.

Il faut faire face à ces deux derniers constats sans faux-fuyants, en évitant la tentation de chercher des boucs émissaires. Il importe de pallier sans attendre ce sous-financement. Par ailleurs, d'aucuns s'inquiètent aussi de la gestion optimale des fonds des universités. Convenons à cet égard de cadres de financement qui favorisent l'émulation, l'initiative et l'imputabilité.


Guérir nos universités

Il faut se réjouir que de plus en plus de nouvelles voix s'élèvent dans la société québécoise pour affirmer l'importance prioritaire de l'éducation. La rencontre économique du premier ministre tenue à Lévis en janvier dernier s'est avérée un événement marquant. Tout récemment, un groupe de seize personnes incluant Lucien Bouchard et d'anciens ministres, recteurs et leaders étudiants se sont donné la peine de proposer un pacte visant à «guérir» le financement de nos universités. Je veux remercier toutes ces personnes de leur contribution importante au développement éclairé d'une nouvelle politique publique sur le financement des universités.

L'éducation universitaire est à la fois un bien public et un bien privé. La société en général, comme l'individu qui la reçoit, en bénéficie. Devant l'implacable constat du sous-financement relatif des universités québécoises et de l'état précaire des finances publiques, force est de convenir de l'occasion de revoir l'équilibre entre la contribution de l'État et celle des étudiants aux coûts de la formation universitaire.

Dans le présent contexte, une hausse des droits de scolarité pour rejoindre ceux de nos premiers concurrents nous semble nécessaire et appropriée. Une telle mesure doit cependant s'appuyer rigoureusement sur certains principes: le maintien au niveau actuel du financement public en termes réels; le maintien et l'amélioration de l'accessibilité par une bonification du programme d'aide financière; et un cadre prévisible et respectueux des engagements antérieurs.

Il me semble pertinent de faire la remarque suivante: en recommandant de convenir d'une hausse des droits de scolarité, plusieurs personnes dont je suis proposent aussi d'instaurer un mécanisme qui permette de reporter le remboursement des prêts étudiants associés à ces droits par le biais de l'impôt et de manière proportionnelle aux revenus gagnés par les étudiants une fois le diplôme obtenu. Ce mécanisme, implanté en Australie par exemple, pourrait aller jusqu'à inclure un seuil en deçà duquel le diplômé pourrait être soulagé de ses obligations de remboursement.

Le moment me semble venu de convenir, entre toutes les parties prenantes (gouvernement, étudiants et universités), de la mise en place d'un tel pacte pour le financement dans le prochain budget. Portons d'abord notre attention sur les éléments-clés. Soutenons notre avenir et les générations montantes. Agissons.

*****

Luc Vinet - Recteur de l'Université de Montréal
 
 
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  • William
    Inscrit
    mardi 9 mars 2010 09h18
    Accessibilité
    Comment peut-on parler de la question d'accessibilité sans adresser la problématique du décrochage au secondaire ? Je ne suis pas d'accord avec son constat en quoi que "l'enjeu est bien défini".

    M. Vinet parle de la révolution tranquille, mais est-ce qu'on peut juger qu'elle a réussit à changer les attitudes personelles par rapport à l'éducation à la lumière des chiffres qu'il expose, et à la lumière de la réalité des familles qui n'obligent pas leurs enfants à achêver leur éducation secondaire ?

    Le débat politique en ce qui concerne l'éducation est trop souvent contourné vers la linguistique par ceux et celles qui ne veulent pas faire face à leurs propres reponsabilités collectives et personelles ; voici un des plus grands échecs du projet moderniste québécois.

  • Anne-Marie Boucher
    Inscrit
    mardi 9 mars 2010 10h26
    Appauvrir les étudiants, enrichir les banques
    Je suis présentement étudiante, et je vois mon endettement croître de mois en mois, pendant que je poursuis mes études. Pendant ce temps, l'État québécois paie les intérêts de ce prêt auprès de l'institution financière. Alors que les frais d'études augmentent (nous avons subi une augmentation massive depuis 2007), ce sont les banques qui font des profits sur les intérêts de nos prêts... à qui profiterait cette augmentation souhaitée, allant de pair avec une bonification du régime de prêts et bourses? Aux banques, malheureusement. Les étudiants n'en sortiraient que plus endettés.

    Pourquoi ne pourrions-nous pas assuer une gratuité scolaire à tous les étudiants, gratuité financée à même une fiscalité saine ( faisant la part aux contributions toujours plus faibles des entreprises)? Les étudiants actuels, en plus d'être de futurs citoyens qu'on espère engagés dans leur société, seront aussi des payeurs d'impôts et contribueront suffisamment, surtout s'ils gagnent un salaire élevé, au financement de l'éducation. L'impôt est un outil qu'on semble oublier de nos jours....

    Financer les Universités ( et les écoles secondaires PUBLIQUES, et les Cégeps, alouette), demande avant tout une réelle volonté de maintenir des services publics de qualité, et de les rendre accessibles, et cela ne se fera pas de par la logique de l'utilisateur-payeur, qui est toujours ségrégative. Peu importe les acrobaties visant à rendre moins sauvage cette logique.

  • François Beaulé
    Abonné
    mardi 9 mars 2010 18h11
    L'argumentaire de Luc Vinet est biaisé
    Il y a plusieurs causes à l'endettement de l'État québécois, la principale étant les dépenses dans la Santé qui augmente à un rythme plus rapide que les recettes fiscales. Le Journal de Montréal révélait hier que pour la hausse de la rémunération des médecins spécialistes, le Québec dépensera plus d'un milliard de dollars cette année soit le double du manque à gagner des universités québécoises par rapport à la moyenne canadienne. Si le gouvernement avait accordé la moitié de l'augmentation consentie aux médecins spécialistes, il n'y aurait pas de sous-financement des universités.

    M. Vinet veut reporter une partie de l'endettement de l'État du Québec sur les épaules des jeunes diplômés, plutôt que sur celles de l'ensemble des contribuables ayant des revenus supérieurs à la moyenne. Le fait que d'autres provinces canadiennes font de même ne constitue pas une preuve de l'équité du procédé. Les pays sociaux-démocrates imposent de faibles droits de scolarité.

    L'exemple du milliard de plus pour les médecins spécialistes démontre que les 500 millions par année que Luc Vinet veut imposer aux jeunes générations ne règle aucunement les difficultés de financer la Santé. Le vieillissement de la population québécoise dans les prochaines années va accentuer l'augmentation des dépenses pour la Santé.

    La dénatalité a pour conséquence de jeunes générations de moins en moins nombreuses relativement aux générations plus âgées. Il faut que la fiscalité s'adapte au plus tôt à cette réalité en taxant davantage les gens de plus de 50 ans. Au contraire, la hausse des droits de scolarité accentue le poids de la dette québécoise sur les épaules des jeunes. Les «conclusions» de M.Luc Vinet manque donc de rigueur intellectuelle.

  • Maxime Leblond
    Inscrit
    mardi 9 mars 2010 19h42
    L'offre et la demande...
    Cher Monsieur Vinet,

    Vous avez tellement raison, il manque d’argent. Il manque tellement d’argent à l’Université de Montréal, que l’effectif de mes classes varie entre 150 et 400. Il manque tellement d’argent que vous abusez des professeurs et chargés de cours (EN GRÈVE), ce qui nuit inévitablement à l’ensemble des étudiants. Il manque tellement d’argent que nous sommes devenus que de vulgaires numéros qui paient stupidement leur entrée pour une série de one man show. Quand une professeure (Madame Zahar) affirme en classe, sur un ton désolé et ironique, que nous sommes que des numéros aux yeux des professeurs… IL MANQUE D’ARGENT!

    Tout comme vous, j’adhère à la pensée selon laquelle l’éducation joue un rôle déterminant dans l’économie et qu’elle doit être financée adéquatement. Toutefois, je n’arrive vraiment pas à saisir la rationalité de vos propos en rapport au financement. En quoi, augmenter les frais de scolarité va stimuler le niveau de scolarisation des québécois? Comment expliquez-vous cela économiquement? Depuis quand la demande est stimulée par l’augmentation des prix? Depuis quand le coût d’option diminue avec une augmentation du prix? Le prix de l’éducation tout comme sa qualité sont deux des principaux facteurs qui déterminent la quantité demandée. Or, en augmentant le prix pour améliorer la qualité on se retrouve à augmenter la demande des personnes ayant un revenu plus élevé (élasticité-revenu moindre) et diminuer celle des moins fortunés (élasticité-revenu élevé). Bref, c’est une attaque vulgaire à l’accessibilité étant donné qu’il n’y a pas de substitut.

    Vous appuyez la hausse des frais de scolarités sur une comparaison de type : pomme-orange. Effectivement, le taux de scolarisation en Ontario est plus élevé qu’au Québec alors que les frais de scolarité y sont plus élevés. Toutefois vous semblez négliger une différence majeure entre les deux provinces qui pourrait expliquer ce paradoxe : le revenu médian familial après impôt est supérieur de plus de 10 000$!

    Dans la lignée de Stuart Mill, l’égalité des chances au départ doit être encouragée. L’éducation est « l’or gris » des états modernes et devrait être financée par la collectivité puisqu’elle bénéficie à chacun de nous! La question à 500 millions : où trouver cet argent?

    L’économie mondiale est gonflée par une surconsommation basée sur de la richesse crée artificiellement : crédit et spéculation! Je ne crois pas que la solution réside dans le fait d’endetter les étudiants au profit des banques. Être lucide, ce n’est pas opter pour le simple prêt à porté idéologique, mais de saisir le problème structurel de notre économie et d’innover. Par exemple, il est grand temps d’inclure les coûts des externalités négatives dans notre économie, de taxer le néfaste pour donner un second souffle à nos institutions débordante d’externalités positives. L’initiative de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (lexpertiseaunprix.com) est une bonne piste de départ.

    Maxime Leblond, étudiant en Économie et politique à l’Université de Montréal

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    dimanche 14 mars 2010 23h21
    Corriger certaines illégalités du financement et des abus.

    Le sur-financement de la filière anglophone au Québec est en partie lié à l'importante présence d'étudiants canadiens non-résidents. Selon le chercheur Jean-Pierre Corbeil de Statistiques Canada, le sur-financement du système universitaire anglophone au Québec est lié à la domination historique des anglophones montréalais au Québec. Cette « tendance lourde » est encore présente aujourd'hui.


    Car cette présence en territoire Québécois d'un important réseau universitaire de langue anglaise conduit à un curieux phénomène : un grand nombre d'étudiants canadiens non-résidents viennent étudier dans les universités anglo-québécoises et bénéficient de places d'études largement financées par le Québec. S'il faut mentionner que les étudiants non-résidents s'acquittent de frais de scolarité supérieurs à ceux en vigueur pour les résidents, ils sont tout de même subventionnés à la hauteur d'environ 8000 dollars par étudiant par année. Vu le nombre de 25000 d'étudiants en question, les coûts structurels de 200 millions de dollars/ ans sont importants pour l'état québécois. Les étudiants de pays étrangers sont près de 5000 à fréquenter nos universités. Il en coute environ 5000 dollars selon le statut de l’étudiant. Ces étudiants étrangers coutent 25 millions par année. Ils ont droit automatiquement à une bourse de plus de 4000 dollars. De plus, il faut souvent des mises à niveau des nouveaux étudiants pour une facture supplémentaire estimé à 20 millions par année.


    Notons que la majorité de ces étudiants quittent le Québec une fois leurs études complétées. Ces étudiants emportent avec eux leurs connaissances génératrices de richesse. Cela veut dire qu'il y a près de 2 milliards de dollars par année de retombées économiques qui n'avaient pas lieu au Québec mais ailleurs au Canada.

    Le Québec et surtout les universités anglo-québécois supportent un fardeau fiscal très lourd afin de contribuer généreusement aux 25000 étudiants canadiens qui viennent étudiés au Québec. L’Ontario fournit 12000 des étudiants qui profite à rabais de coût minime pour compléter leurs études au Québec. Chaque année le Québec dépense pour tous les non-résidents une somme de 245 millions de dollars. Donc depuis 10 ans, les Québécois ont payé pour plus 2.25 milliards pour les étudiants étrangers qui bénéficient de ces fonds publics.

    Le sur-financement du système universitaire anglophone, en accordant un poids effectif à la communauté anglophone proche de 25 % au Québec (et de 50 % à Montréal où se concentre l'immigration), est-il partiellement responsable du fait que la communauté anglophone jouit d'un pouvoir sur la langue de travail et les taux de transferts linguistiques largement supérieur à sa taille réelle?

    On peut conclure qu'en l'absence des étudiants canadiens non-résidents, la taille et donc le coût des universités anglophones seraient bien moindres. L'argent ainsi économisé pourrait être utilement mis en œuvre pour combler le sous-financement des universités et éviter une augmentation des frais de scolarité, si sous-financement il y a réellement.

    Les lucides ( Intelligentsia ) québécoise ne parle pas de ce sur-financement des universités anglophones. Il n’est pas politiquement correct de discuter de ces sujets chauds sur la place publique. En termes clairs, le Québec finance, sans aucune contrepartie, une part disproportionnée du système d'éducation post secondaire destiné à la communauté de langue anglaise du Canada.

    Qui aura le courage de demandé le plein déboursé des frais d’études selon les exemptions pour tous les étudiants étrangers.

    Trudeau avait raison en disait des québécois << Le Québec ne sera jamais, indépendant, les Québécois sont idiots >>

    http://www.mef.qc.ca/docs/heure.htm


    http://www.ambamaroc.ca/Nouveau/Etudier_au_Canada/


    http://www.mef.qc.ca/financement_universites_non_d

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