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    Sous-financement des universités - Aux étudiants de renflouer les coffres, dit Lucien Bouchard

    L'ancien premier ministre et plusieurs personnalités publiques proposent le déplafonnement des droits de scolarité

    24 février 2010 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Lucien Bouchard et les initiateurs du Pacte sur le financement concurrentiel des universités ont démontré que les hausses des droits de scolarité permettraient de générer une somme de 565 millions par année.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lucien Bouchard et les initiateurs du Pacte sur le financement concurrentiel des universités ont démontré que les hausses des droits de scolarité permettraient de générer une somme de 565 millions par année.
    Ce n'était qu'une question de temps avant que le débat sur le dégel des droits de scolarité ne revienne en force. Le pacte sur le financement des universités qu'ont présenté hier à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain des politiciens et des personnalités du milieu de l'éducation propose le rehaussement notable de ces droits pour un rattrapage rapide sur trois ans. Les milieux étudiants résistent, mais proposent de vider la question une fois pour toutes.

    Aux grands maux, les grands moyens. À l'initiative de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard et plusieurs personnalités publiques proposent des mesures draconiennes pour renflouer en trois ans les coffres des universités, en proie au sous-financement chronique.

    Parce qu'ils qualifient d'«échec» le modèle de financement actuel, seize «citoyens» de premier ordre ont signé le Pacte sur le financement concurrentiel des universités, dont l'ex-ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, l'ex-ministre péquiste Joseph Facal, d'anciens recteurs et dirigeants de fédérations étudiantes.

    Mal chronique

    «Le Québec a mal à ses universités. Le mal n'est pas incurable, mais il est chronique. [...] Il faut rapidement leur assurer la santé financière nécessaire à la réalisation de leur mission fondamentale pour l'avenir de notre société», a déclaré Lucien Bouchard, qui voit dans le sous-financement des universités une menace à la prospérité du Québec. Faisant fi des sensibilités autour de la question des droits de scolarité, les signataires n'y vont pas de main morte et proposent le déplafonnement des droits de scolarité et un «rattrapage sur trois ans» de ceux-ci dès 2012.

    Les initiateurs du pacte ont démontré que ces hausses permettraient de générer une somme de 565 millions par année, ce qui correspond grosso modo au déficit que font actuellement les universités québécoises réunies. Un savant calcul permet de conclure qu'environ 85 % des étudiants verraient leurs frais hausser de 2000 $ par année sur trois ans. «En médecine, ça pourrait aller jusqu'à 10 000-12 000 $ par année», a précisé l'ancien recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix.

    Augmentations modulées

    Les augmentations projetées seraient «modulées», c'est-à-dire qu'elles tiendraient compte de la carrière étudiée. Un étudiant en médecine, où les coûts de formation et le salaire attendu sont plus élevés, devra payer plus qu'un étudiant en philosophie, par exemple.

    Les signataires insistent toutefois pour que soient renforcés des programmes d'aide financière afin de garantir l'accessibilité aux études et requièrent un engagement ferme du gouvernement pour qu'il maintienne le niveau actuel de financement public. Environ 30 % des sommes récoltées par ces mesures seraient redistribuées à travers des bourses aux étudiants de milieux les plus défavorisés.

    Les étudiants réagissent

    À peu de chose près, le pacte reprend la proposition faite par l'Institut économique de Montréal il y a à peine deux mois, déplore Jean Grégoire, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, qui voyait venir de loin ce débat. «Les débats qui se font sur le financement de l'éducation sont faits par le Conseil du patronat du Québec, les "lucides", les dirigeants d'université. Ce ne sont pas des gens qui sont actuellement dans le système», a dit

    M. Grégoire, se disant au passage «attristé» de voir que certains anciens dirigeants de fédérations étudiantes aient signé le pacte, légitimant, selon lui, à tort la démarche. «Ce serait bien d'avoir un plus large débat sur le financement, mais aussi sur l'accessibilité et la qualité. Ça fait deux ans qu'on le demande!»

    Plusieurs fédérations et associations étudiantes ont également dénoncé le manque de vision du pacte. «Quel est le projet de société que les Québécois ont pour leurs universités? Si le seul indicateur c'est la croissance économique, on évacue complètement la mission humaniste de l'éducation», a affirmé Christian Pépin, coordonnateur général de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante.

    Encore faut-il que l'argent soit bien géré par les universités, rappelle la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal. «L'argent est mal utilisé. On veut que le vérificateur général puisse mener enquête tous les ans», a soutenu son président, Nicolas Descroix. Pour lui, «l'avantage» du pacte, s'il en est un, est que l'argent accumulé par la hausse des droits de scolarité semble se destiner aux universités, «contrairement à Jean Charest, qui veut régler les problèmes de déficit avec», a-t-il souligné.

    Les recteurs prêts à écouter

    Pour sa part, la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec reconnaît que le pacte mérite d'être examiné. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, et la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, ont salué la contribution des artisans du pacte qui tente de répondre à la question qu'ils se posent justement: «Pour les services offerts par l'État à ses citoyens, quelle est la juste part que doit payer l'usager en regard de celle assumée par la collectivité?» Le débat est rouvert.












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