Nouveau calendrier scolaire - Les commissions scolaires en colère

Le nouveau calendrier scolaire, proposé par la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, permettra désormais de dispenser l’enseignement les fins de semaine et les jours fériés.
Photo: Archives Le Devoir Le nouveau calendrier scolaire, proposé par la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, permettra désormais de dispenser l’enseignement les fins de semaine et les jours fériés.

Québec — Les commissions scolaires s'opposent au nouveau calendrier scolaire que veut imposer Michelle Courchesne afin d'accommoder les écoles juives orthodoxes et craignent aussi qu'il soit appliqué de façon générale à l'ensemble des écoles publiques du Québec. Le Congrès juif, de son côté, applaudit l'initiative de la ministre et y voit une avancée de la société laïque québécoise.

La présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard, a dit craindre, hier, que le nouveau calendrier scolaire, proposé par la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, qui permettra désormais de dispenser l'enseignement les fins de semaine et les jours fériés, comme l'ont réclamé six écoles juives orthodoxes, «érige en système quelque chose d'exceptionnel et lance le message que oui, le bar est ouvert».

Un tel calendrier «souple» comme le souhaite la ministre entraînerait de sérieux problèmes d'organisation pour les commissions scolaires qui doivent gérer le transport scolaire, les services de garde et les activités parascolaires, estime Josée Bouchard. «Ça générerait de la bureaucratie de façon exponentielle», a-t-elle prédit.

Si l'objectif de la ministre est bel et bien de favoriser la persévérance scolaire, «il y a sûrement de meilleurs moyens que de changer le Régime pédagogique», a fait valoir Mme Bouchard. La FCSQ présentera un avis à la ministre avant l'expiration des 45 jours suivant la publication du projet de règlement qui modifie le Régime pédagogique.

La FCSQ s'oppose également à l'objectif du nouveau calendrier qui vise à répondre aux exigences des écoles juives orthodoxes. «C'est très inquiétant pour un Québec qui a dit en 1998 que l'école était laïque, a affirmé Mme Bouchard. Ça ouvre la possibilité qu'il y ait encore plus d'heures d'enseignement religieux qui soient données dans les écoles. Quatre heures d'enseignement religieux par jour, le Québec, ce n'est pas ça.»

Chose certaine, ce nouveau calendrier ne correspond à aucune demande des commissions scolaires ou des écoles, a soutenu Mme Bouchard. «Nous étions réunis en conseil général en fin de semaine. Ce sont 60 élus collés sur leur milieu. Personne n'a levé la main pour dire que c'était une demande du milieu ou des régions», a relaté la présidente de la FCSQ.

Les commissions scolaires accèdent aux demandes de dérogation liées à des projets spéciaux dans le cours normal de leurs activités administratives, a signalé Mme Bouchard. «Ce n'est pas politique», a-t-elle précisé. Michelle Courchesne soutient, de son côté, qu'elle doit approuver elle-même certaines de ces dérogations relatives aux programmes de sport-études, par exemple.

Ouverture

Le vice-président du Congrès juif canadien, section Québec, Joseph Gabay, applaudissait la ministre pour cette «avancée de la société laïque qui permet aux groupes non laïques de continuer à fonctionner en tenant compte d'un minimum commun».

L'enseignement le dimanche, c'est comme les magasins ouverts les dimanches: une chose impensable il y a 20 ans, a comparé M. Gabay. «Les groupes de pression avant étaient économiques. Maintenant, les groupes de pression ont une motivation religieuse.»

La décision de la ministre d'accéder aux demandes des écoles juives orthodoxes n'entraînera pas une plus grande ghettoïsation de ces communautés, croit M. Gabay. «Cette forme de ghettoïsation, on ne peut pas la nier, on ne peut pas l'ignorer, a-t-il reconnu. Mais je pense que ces écoles juives sont en train de s'ouvrir d'une certaine manière à la société. Ces gens-là, qui n'ont jamais entendu parler des plaines d'Abraham, sauront qui est Wolfe et qui est Montcalm.»

Pour sa part, le président de la CSQ, Réjean Parent, s'est dit convaincu que la ministre s'est servie d'un projet de règlement de nature générale comme d'un «écran de fumée pour faire avaler à la population cette entente» avec les écoles juives sans qu'il y ait de débat. «Les négociations [avec les syndicats], la souplesse, la persévérance scolaire, c'est de l'ordre du prétexte», croit le chef syndical.
6 commentaires
  • LDoucet - Inscrit 12 février 2010 08 h 34

    Calendrier scolaire: Illégalité ou paradoxe d'égalité

    Mme Courchesne a voulu rendre des écoles illégales conforme en modifiant le Régime pédagogique par un message clair que le gouvernement condamne des actes illégaux en modifiant la loi pour les rendre légaux...
    Si ces 6 écoles ont fonctionné depuis plusieurs années dans l'illégalité, est-ce que les citoyens québécois, par des subventions du gouvernement ou des Sociétés d'État, ont les ont en plus financé durant toutes ces années?
    Est-ce que la Ministre a aussi diplômé ces élèves qui n'ont pas complété leur parcours scolaire selon les exigences s'adressant à tous les élèves du Québec?
    Le Vérificateur général, seule personne impartiale, doit enquêter pour en informer les québécois (statut d'illégalité en nombre d'années, subventions reçues du public et diplomation des élèves de ces 6 écoles privées)

  • Roland Berger - Inscrit 12 février 2010 09 h 06

    Grosse diversion

    La modification du calendrier scolaire a servi d'écran de fumée pour en passer une petite-vite : concession humiliante du gouvernement Charest à un groupe d'extrémistes juifs. Opération réussie ? Probablement. Les Québécois ont la réputation d'être gentils avec les minorités qui méprisent leur culture à leur nez. Restera à Madame Courchesne à ne pas avoir l'air de faire marche arrière quand elle suivra les recommandations d'un comité ah hoc lui conseillant de ne pas bousculer le calendrier scolaire traditionnel. On attend de voir comme elle s'y prendra. La pièce sera jouée comme d'habitude à l'Assemblée nationale et reprise pour les médias dans le salon le mieux approprié.
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario

  • Raphaella Robitaille - Inscrite 12 février 2010 09 h 14

    Se servir de l'école

    Madame Courchesne,
    Vous dites vouloir encourager la persévérance scolaire . Cela me semble assez étrange. Ce n'est pas en permettant l'ouverture des écoles le dimanche que vous allez y arriver. Pour vous assurer que les écoles juives vont respecter le programme scolaire dans toute les matières, ce que vous n'avez pas à négocier,vous faites le conpromis de permettre d'ouvrir les écoles du Québec le dimanche. Vous n'avez eu aucune demande venant des écoles publiques en ce sens. Le seul but de ce changement est de permettre à cette communauté d'enseigner sa religion dans ses locaux écoles.

    Maintenant que la religion catholique est sortie des écoles, celle de la majorité,vous accordez aux minorités des privilèges, vous changez les réglements pour eux. Les catholiques qui veulent continuer d'enseigner la religion à leurs enfants s'organisent avec le comité pastoral de leur paroisse pour donner une formatoin chrétienne à leurs enfnats sans réclamer l'ouverture de leur école le dimanche. Ils respectent la laïcité de la société. Madame la ministre , nous avons raison d'être en désaccord avec ce changement. Le dimanche sera encore plus une journée comme les autres. Cessez de trouver de faux
    arguments pour justifier votre attitude.

    Raphaëlla Robitaille

  • André Doré - Inscrit 12 février 2010 13 h 00

    S'accommoder de tout... même des systèmes de fous...

    "Il n'y a plus guère de remède au mal, quand les vices d'hier sont devenus les moeurs d'aujourd'hui." (Sénèque)

    Il n'y a pas que les ex-boxeurs qui souffrent de séquelles cérébrales ou qui se retrouvent diminués suite à l'exercice de leur métier. La Ministre de l'Éducation, avec ses cachoteries, est peut-être tombée sur la tête... à moins qu'il s'agisse d'une maladie contagieuse qui couve au Parti Libéral puisqu'elle n'est pas la seule qui semble être atteinte. Le premier ministre lui-même, avec son laissez-faire dans le dossier de la construction, dans le dossier de « l'apartheid-à-l'envers » à Kahnawake, dans le dossier de l'éthique de ses députés et ministres (D'Amour, Whissell, Couillard), nous donne la preuve que les moeurs ne sont plus ce qu'ils étaient...

    Il ne se passe plus UNE journée sans qu'on nous apprenne une histoire d'horreur.  Et que faisons-nous collectivement?  Absolument RIEN.  Quels péchés avons-nous commis pour mériter tout ça?  Pour mériter Jacques Dupuis, comme Ministre de la Sécurité publique? Pour mériter Michelle Courchesne comme Ministre de l'Éducation? Mais... nous ne nous impliquons plus... nous n'allons plus voter... En voilà peut-être deux de ces gros péchés dont nous sommes coupables.  Ne dit-on pas que l'oisiveté est la mère de tous les vices?  Et je m'inclus dans le lot: moi aussi je suis devenu décrocheur.  J'en suis devenu à penser aussi, comme Sénèque, qu'il n'y a peut-être plus guère de remède au mal. Entre temps, accommodons-nous...!!!

    Sachons cependant qu'il y a une fin à tout. Peut-être un jour quand il y aura longtemps que je ne serai plus de ce monde...  Comme l'Empire romain, notre système de fous finira aussi par s'effondrer.

  • Roland Berger - Inscrit 12 février 2010 17 h 35

    Merci à Madame Robitaille !

    Votre commentaire a suscité une autre réflexion. Avec ce changement au régime pédagogique, les cathos pourront sans doute utiliser les écoles le dimanche pour faire l'éducation à leur foi de leurs enfants, sans doute grâce au dévouement d'anciens enseignants de catéchèse déçus d'avoir perdu leur gagne-pain. Je fais l'hypothèse que Marc Ouellet est pour quelque chose dans la décision du gouvernement Charest, énoncée par Madame Courchesne.
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario