Plus ça change...
Hélas, plus c'est pareil! Depuis quarante ans, l'écart s'est donc à peine réduit entre francophones et anglophones en ce qui concerne le taux de diplomation universitaire. Ces derniers dominent, bien sûr. La scolarisation québécoise demeure par ailleurs sous la moyenne canadienne. Voilà! C'est l'Institut de la statistique du Québec, et non un groupe anti-québécois pétri de préjugés, qui nous l'apprend cette semaine. Un autre des rêves de la Révolution tranquille, celui de rattraper nos compatriotes anglophones plus instruits, se brise.
Bien sûr, se sont immédiatement élevées des voix pour affirmer qu'on ne peut comparer le système québécois et le système canadien-anglais. Que recouvrent ces statistiques? se demande-t-on. A-t-on comptabilisé les diplômes des collèges canadiens-anglais avec ceux des premiers cycles universitaires francophones? Comme si l'Institut de la statistique du Québec était un instrument douteux dont le but est notre autoflagellation, preuves mathématiques à l'appui. Et bien évidemment, ceux qui s'insurgent contre ces résultats mettent de l'avant la pauvreté (réelle) des Québécois comme unique facteur explicatif de ces résultats encore une fois déprimants. Déprimants, car ils nous renvoient à nos failles et faiblesses dans lesquelles une partie des Québécois se complaisent. La complaisance, c'est aussi une caractéristique de ce modèle québécois dont on se gargarise.
Parlons donc franchement. Est-ce la faute des Anglos si nous sommes moins instruits? Sont-ce les Anglos qui nous empêchent d'accéder aux études supérieures? Sont-ce les Anglos qui nous ont amenés à penser que l'université, ce n'est pas si important? Sont-ils responsables de notre hiérarchie des valeurs qui laisse à penser que l'accession à l'université demeure à nos yeux relativement peu importante? Sont-ce les Anglos qui nous imposent l'anti-intellectualisme si palpable qui pourrit nos débats intellectuels en les transformant en guerres de clans hautement personnalisées? Est-ce à cause des Anglos si les étudiants francophones s'orientent si naturellement vers l'enseignement professionnel plutôt que de se diriger vers l'université? Est-ce à cause d'eux que les jeunes francophones décrochent de l'école en si grand nombre pour se retrouver prisonniers d'emplois précaires et peu rémunérés?
Encore une fois, allons-nous nous replier dans la posture familière de la victimisation? Fréquentons-nous moins l'université seulement parce que nous sommes pauvres? Il faut préciser qu'au Québec, les droits de scolarité sont les plus bas au Canada. Et s'il est vrai que nos systèmes de prêts et bourses alourdissent l'endettement futur des étudiants, ces derniers sont davantage assurés de trouver des emplois que les décrocheurs ou les jeunes à la formation professionnelle aléatoire.
Faut-il rappeler qu'il flotte sur la culture québécoise francophone des relents du temps ancien où l'on se méfiait de ceux qui savaient trop de choses inutiles? Avec les docteurs pour nous soigner, les avocats pour nous défendre, les notaires pour départager nos clôtures, les prêtres pour assurer notre ciel et les ingénieurs pour construire nos ponts et nos routes, on était satisfait. L'on a mis la hache dans le cours classique dans le but d'ouvrir les portes de l'enseignement supérieur au plus grand nombre. La Révolution tranquille se voulait aussi une révolution du rattrapage face aux anglophones. Dans tous les domaines, celui de la scolarité au premier rang.
L'affranchissement québécois, le combat pour l'autonomie, le regain de fierté devait nous conduire inévitablement vers ces objectifs. Du moins, l'on en avait la conviction. Que s'est-il donc passé pour que «cette fierté d'être Québécois» demeure de vains mots en excluant le désir de dépassement à travers le cursus académique jusqu'à l'université? Comment être fier d'être Québécois sans éprouver non seulement du respect, mais du désir pour une éducation formelle? Comment être fier si on ne valorise l'école, que l'on soit pauvre ou riche? Ce ne sont pas les Anglos qui nous empêchent de sacraliser l'école, ce ne sont pas eux qui sont responsables du peu de respect que l'on porte pour ceux qui savent, qui aiment apprendre, qui s'expriment dans une langue soutenue ou qui tentent d'y parvenir.
Dans la nouvelle bourgeoisie francophone, il n'est pas rare que les enfants soient moins instruits que leurs parents, ce qui est quand même un signe de régression sociale. On objectera que l'on peut réussir sa vie sans diplôme universitaire. C'est vrai. Mais la démocratisation de l'enseignement mise en place il y a quarante ans annonçait des lendemains qui chantent pour un peuple plus instruit, plus éduqué, plus compétent pour affronter la modernité.
Qu'il est douloureux de constater que l'écart entre francophones et anglophones du Québec perdure dans des proportions à peine plus favorables que dans le passé. Nous sommes aussi plus pauvres, incapables à l'évidence de combler ce fossé entre eux et nous, malgré le dynamisme de la nouvelle bourgeoisie économique, ce Québec Inc. qu'a souhaité Jacques Parizeau.
Certains voudront expliquer ces résultats par les échecs des référendums, comme si nous n'étions pas les artisans de nos propres malheurs. Pourquoi les anglophones du Québec qui vivent dans le même système accordent-ils à l'éducation plus de vertus que nous? Poser la question, c'est lancer un débat, vital pour notre avenir.
Bien sûr, se sont immédiatement élevées des voix pour affirmer qu'on ne peut comparer le système québécois et le système canadien-anglais. Que recouvrent ces statistiques? se demande-t-on. A-t-on comptabilisé les diplômes des collèges canadiens-anglais avec ceux des premiers cycles universitaires francophones? Comme si l'Institut de la statistique du Québec était un instrument douteux dont le but est notre autoflagellation, preuves mathématiques à l'appui. Et bien évidemment, ceux qui s'insurgent contre ces résultats mettent de l'avant la pauvreté (réelle) des Québécois comme unique facteur explicatif de ces résultats encore une fois déprimants. Déprimants, car ils nous renvoient à nos failles et faiblesses dans lesquelles une partie des Québécois se complaisent. La complaisance, c'est aussi une caractéristique de ce modèle québécois dont on se gargarise.
Parlons donc franchement. Est-ce la faute des Anglos si nous sommes moins instruits? Sont-ce les Anglos qui nous empêchent d'accéder aux études supérieures? Sont-ce les Anglos qui nous ont amenés à penser que l'université, ce n'est pas si important? Sont-ils responsables de notre hiérarchie des valeurs qui laisse à penser que l'accession à l'université demeure à nos yeux relativement peu importante? Sont-ce les Anglos qui nous imposent l'anti-intellectualisme si palpable qui pourrit nos débats intellectuels en les transformant en guerres de clans hautement personnalisées? Est-ce à cause des Anglos si les étudiants francophones s'orientent si naturellement vers l'enseignement professionnel plutôt que de se diriger vers l'université? Est-ce à cause d'eux que les jeunes francophones décrochent de l'école en si grand nombre pour se retrouver prisonniers d'emplois précaires et peu rémunérés?
Encore une fois, allons-nous nous replier dans la posture familière de la victimisation? Fréquentons-nous moins l'université seulement parce que nous sommes pauvres? Il faut préciser qu'au Québec, les droits de scolarité sont les plus bas au Canada. Et s'il est vrai que nos systèmes de prêts et bourses alourdissent l'endettement futur des étudiants, ces derniers sont davantage assurés de trouver des emplois que les décrocheurs ou les jeunes à la formation professionnelle aléatoire.
Faut-il rappeler qu'il flotte sur la culture québécoise francophone des relents du temps ancien où l'on se méfiait de ceux qui savaient trop de choses inutiles? Avec les docteurs pour nous soigner, les avocats pour nous défendre, les notaires pour départager nos clôtures, les prêtres pour assurer notre ciel et les ingénieurs pour construire nos ponts et nos routes, on était satisfait. L'on a mis la hache dans le cours classique dans le but d'ouvrir les portes de l'enseignement supérieur au plus grand nombre. La Révolution tranquille se voulait aussi une révolution du rattrapage face aux anglophones. Dans tous les domaines, celui de la scolarité au premier rang.
L'affranchissement québécois, le combat pour l'autonomie, le regain de fierté devait nous conduire inévitablement vers ces objectifs. Du moins, l'on en avait la conviction. Que s'est-il donc passé pour que «cette fierté d'être Québécois» demeure de vains mots en excluant le désir de dépassement à travers le cursus académique jusqu'à l'université? Comment être fier d'être Québécois sans éprouver non seulement du respect, mais du désir pour une éducation formelle? Comment être fier si on ne valorise l'école, que l'on soit pauvre ou riche? Ce ne sont pas les Anglos qui nous empêchent de sacraliser l'école, ce ne sont pas eux qui sont responsables du peu de respect que l'on porte pour ceux qui savent, qui aiment apprendre, qui s'expriment dans une langue soutenue ou qui tentent d'y parvenir.
Dans la nouvelle bourgeoisie francophone, il n'est pas rare que les enfants soient moins instruits que leurs parents, ce qui est quand même un signe de régression sociale. On objectera que l'on peut réussir sa vie sans diplôme universitaire. C'est vrai. Mais la démocratisation de l'enseignement mise en place il y a quarante ans annonçait des lendemains qui chantent pour un peuple plus instruit, plus éduqué, plus compétent pour affronter la modernité.
Qu'il est douloureux de constater que l'écart entre francophones et anglophones du Québec perdure dans des proportions à peine plus favorables que dans le passé. Nous sommes aussi plus pauvres, incapables à l'évidence de combler ce fossé entre eux et nous, malgré le dynamisme de la nouvelle bourgeoisie économique, ce Québec Inc. qu'a souhaité Jacques Parizeau.
Certains voudront expliquer ces résultats par les échecs des référendums, comme si nous n'étions pas les artisans de nos propres malheurs. Pourquoi les anglophones du Québec qui vivent dans le même système accordent-ils à l'éducation plus de vertus que nous? Poser la question, c'est lancer un débat, vital pour notre avenir.
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