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La querelle migre vers Québec

Les étudiants craignent de ne jamais recevoir l'argent versé par Ottawa pour l'aide financière aux études

Amélie Daoust-Boisvert   5 février 2010  Éducation
La querelle autour de la part de gâteau de Québec dans le programme canadien de bourses aux étudiants a migré d'Ottawa vers Québec, hier. Le gouvernement fédéral remettra finalement «environ» 115 millions de dollars à Québec dans le cadre du Programme canadien de bourses aux étudiants (PCBE), mais ces derniers accusent Québec «d'opération de diversion comptable» en n'utilisant pas cet argent pour bonifier les sommes remises à chacun dans le cadre du programme québécois de prêts et bourses.

Avant que le PCBE la remplace, Québec recevait de la Fondation canadienne des bourses du millénaire 80 millions annuellement. Ce qui fait dire aux associations étudiantes que le ministère de l'Éducation dispose de 35 millions supplémentaires. Une affirmation niée aussitôt par Québec, qui ne voit pas là d'argent frais.

«Aucun engagement»

«Québec n'a pris aucun engagement pour bonifier les prêts bourses. Nous avons pourtant 35 millions pour le faire», dit le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Jean Grégoire, qui accueille le transfert fédéral comme une demi-victoire. «Est-ce que [les 35 millions] vont aller dans les coûts de système et en mesures comptables quelconques?, demande-t-il. C'est un programme de bourses, l'argent devrait servir à bonifier les bourses. Il y a un manque à gagner: ce serait le bon moment pour le faire.»

«On est heureux que le fédéral délie les cordons de la bourse, mais la bataille ne se termine pas là. Le volet provincial reste entier», selon le président de l'Association pour une association syndicale étudiante (ASSE), Christian Pepin. Il taxe carrément Québec de mener «une opération de diversion comptable.»

La version de la ministre

À Québec, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'en défend. «Ce n'est pas du tout de la manipulation comptable», dit son attachée de presse Tamara Davis. L'écart entre les anciens 80 et les nouveaux 115 millions de dollars ne libéreraient pas de nouvelles sommes, dit-elle, puisque Québec aurait perdu 27 millions de dollars provenant des autres enveloppes fédérales à l'éducation, qui ont été éliminées. «Le PCBE, c'est l'amalgame de tous les anciens programmes en un seul. Nous allons donc recevoir à la fin de l'année financière entre 107 et 115 millions de dollars selon le nombre d'inscrits, explique-t-elle. Les sommes qu'on va recevoir vont appuyer les étudiants québécois par le programme actuel de prêts et bourses, qui est un régime déjà généreux.»

À la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), on qualifie la réaction de la ministre de l'Éducation de «molle». Son président, Xavier Lefebvre-Boucher, dénonce une «forme de négation» de la part de la ministre. «Pour nous, c'est clair qu'il y a de l'argent frais. Si on nous fait croire que l'argent est déjà budgeté, on n'acceptera pas de se faire dire ça.» Il se dit insatisfait, même si l'ensemble de l'argent reste dans le programme des prêts et bourses. «Même si le ministère dit que ça va aller dans le programme de prêts et bourses, ça ne fait pas un sou de plus pour les étudiants.»

Différend sur la nature des millions

Le PCBE regroupe en effet «toutes les bourses fédérales versées aux étudiants en un seul programme», selon Ressources humaines et Développement des compétences Canada, que ce soit des bourses pour étudiants à faibles revenus, pour les parents étudiants, les étudiants handicapés ou les bourses d'excellence.

Même Québec et Ottawa ne s'entendent pas sur la nature de ces millions. Pour Ottawa, les 115 millions constituent effectivement une bonification, affirmant dans un communiqué que «ce transfert dépasse largement les 80 millions de dollars que le Québec recevait annuellement de la Fondation canadienne des bourses du millénaire».

Les différentes associations étudiantes espéraient qu'une hausse des transferts fédéraux se traduise par quelques dollars de plus dans les poches des étudiants les moins nantis.

Indexation insuffisante

Cette année, l'aide financière aux études a été indexée de 0,4 %, ce que le comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études, au Conseil supérieur de l'éducation, juge insuffisant pour «garantir le maintien du niveau de vie», a-t-il averti la ministre Courchesne dans un avis déposé en septembre.

Au lendemain de la dissolution de la Fondation des bourses du millénaire, le 5 janvier dernier, les négociations entre Québec et Ottawa concernant le rapatriement de la part de Québec dans le nouveau PCBE semblaient dans l'impasse. Aussi, Québec et les associations étudiantes se réjouissent du dénouement, même s'ils ne s'entendent pas sur l'utilisation de cet argent.

Les associations étudiantes promettent de recycler leurs pancartes, qui ont servi à plusieurs reprises cet automne, en y remplaçant les mot «Ottawa» par «Québec». Elles prévoient même un rassemblement à Montréal dès la semaine prochaine.
 
 
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  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 08h47
    Logique conservatrice
    Il est normal voire souhaité pour tout gouvernement conservateur (p. exp. les libéraux du Québec) que les étudiants s'endettent de plus en plus parce qu'ils ont de moins en moins accès à des bourses. Le clivage social doit être maintenu. L'égalité des chances en éducation ? Une autre utopie de la Révolution tranquille.
    Roland Bergerà
    St. Thomas, Ontario

  • Guillaume Sirois
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 18h25
    illogisme conservateur
    L'égalité des chances en éducation signifie permettre aux meilleurs étudiants de devenir les intellectuels de demain.

    Voulons-nous que ce soit les plus talentueux qui fassent des études ou les enfants des plus riches?

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