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Pour l'école publique - Une école ouverte...

« Il faut créer demain une grande solidarité entre les divers acteurs dans le milieu »

Réginald Harvey   9 janvier 2010  Éducation
Louise Chenard dirige depuis janvier 2003 l’école Saint-Laurent, que fréquentent près de 2000 élèves du secondaire.
Photo : source école saint-laurent
Louise Chenard dirige depuis janvier 2003 l’école Saint-Laurent, que fréquentent près de 2000 élèves du secondaire.
L'école publique est devenue le souffre-douleur du système scolaire en raison du faible taux de réussite de ses élèves. Dans la région montréalaise, l'école privée gruge 35 % de la clientèle scolaire, pendant que la réputation du réseau universel ne cesse de s'effriter. Pourtant, l'école publique fait preuve d'un accueil exemplaire pour tous et chacun. Quelles sont les forces de l'école publique et quels défis doit-elle relever pour améliorer son image et son sort?

Il existe une directrice d'école particulièrement bien placée et solidement outillée pour prendre position sur l'école publique. Louise Chenard dirige depuis janvier 2003 l'école Saint-Laurent, que fréquentent près de 2000 élèves du secondaire et dont le personnel comprend 200 employés; auparavant, elle avait été à la barre d'une grosse école primaire, Enfant-Soleil. Elle quittera bientôt ses fonctions pour servir de guide aux jeunes directions d'école de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

Très tôt durant sa carrière, qui s'échelonne sur plus de 35 ans, elle a connu une véritable immersion dans le multiculturalisme et l'interculturel, qui se poursuit toujours: «Ici, à Saint-Laurent, comme je le dis à mes enseignants, on intègre de l'accueil dans de l'accueil. Dans une proportion de 68 %, ce sont des enfants qui proviennent d'une première génération d'immigration.»

École ouverte

Appelée à dégager les forces de l'école publique à la veille de quitter son poste, elle répond sur-le-champ: «La première, c'est l'ouverture, pour laquelle on n'a guère d'autre choix; par la force des choses, l'école publique se doit d'être ouverte non seulement au monde, mais également à tous les types d'enfants qu'on peut y accueillir: plusieurs n'ont aucun problème, d'autres en ont certains et d'autres encore éprouvent des difficultés importantes. C'est une école qui est ouverte sur la diversité et la disparité des clientèles, et on ne se cachera pas que les enseignants ne trouvent pas cela facile.»

Le défi est de taille: «On s'est donné le projet de société ambitieux de faire en sorte que tous les élèves aient une certaine égalité des chances dans la poursuite de leurs rêves et de leurs réalisations pour obtenir éventuellement un diplôme. On doit mettre l'accent sur cette mission parce que, en tant que société du savoir, on ne peut pas se permettre de laisser un nombre important de jeunes qui ne passent pas la rampe, comme c'est le cas actuellement.»

Cette diversité obligatoire vient en appui au secteur public, qui y puise une autre de ses forces: «La plupart des écoles secondaires que je connais ont toutes un certain nombre de programmes particuliers. L'école est une organisation plutôt vibrante; elle doit se trouver des mandats qui vont faire en sorte d'attirer des gens qui vont la choisir, plutôt que de se tourner vers des établissements privés.»

Il importe de consentir des efforts pour obtenir des résultats dans ce sens-là, ce qui présente un défi: «On doit faire preuve de créativité et de débrouillardise, malgré les contraintes que nous fixe le ministère dans les règles pédagogiques, parfois un peu sévères, qu'il nous envoie chaque année et auxquelles on doit souscrire.» À l'école Saint-Laurent, la direction s'est portée à l'écoute de son milieu et s'est appuyée sur les qualités de son équipe pour mettre en valeur les sciences et les sports; des coups fumants ont ainsi été réalisés sur ces deux plans.

Appel à la solidarité

Les conseils d'établissement ont fait leur apparition dans les écoles publiques depuis quel-ques années déjà. Louise Chenard considère qu'ils ne mettent pas des bâtons dans les roues du cheminement administratif: «C'est une force. Du côté de la représentativité, nous, on fait preuve d'ouverture envers les parents, de telle sorte que plus ils sont nombreux à participer au conseil, plus la démocratie scolaire a bon goût. On forme là des gens à mieux connaître les enjeux qui entourent l'école; ils doivent aborder des thèmes qui ne sont pas de la tarte: il y a, entre autres, toute l'organisation scolaire, le code de vie et les budgets, qui représentent des mandats signifiants. On a une douzaine de parents autour de la table et, si ceux-ci nous accompagnent durant cinq ans, on va avoir des partenaires qui seront sans doute capables de nous alimenter et de nous faire réfléchir, nous qui ne voyons pas la forêt, tellement nous sommes collés à l'arbre, dans certains cas.»

Un établissement de grande taille risque de tomber dans un piège: «On peut se retrouver très facilement isolée comme direction d'école et cela est à éviter à tout prix. On doit créer un partenariat avec les enseignants, le personnel de soutien, les parents et avec tout le monde.» Un grand défi se pose donc: «Il faut créer demain une grande solidarité entre les divers acteurs dans le milieu. Il est possible de le faire, et je le vis actuellement.» Elle fournit la recette pour y parvenir: «Il faut que tout le monde mette un peu d'eau dans son vin. On se donne des balises et des encadrements, mais il serait impossible de vivre présentement dans la société en respectant intégralement toutes les lois et tous les règlements; on se doit de les adapter, et ces lois changent parce qu'elles deviennent désuètes. Au même titre, on doit faire preuve d'un certain assouplissement quand il s'agit de l'application des conventions collectives ou des directives ministérielles; on procède de cette façon pour s'assurer de la réussite des jeunes», assure la directrice.

Réforme et démocratie

Louise Chenard aborde un sujet controversé: «Je pense sincèrement que le programme de l'école québécoise, avec la démarche par une pédagogie différenciée qui sert à l'enfant à vivre plusieurs stratégies d'enseignement, est pertinent. Je crois vraiment que, le jour où on va vraiment comprendre les assises de cette vaste réforme, de grandes choses vont arriver; pour ce faire, il va falloir que les enseignants se sentent suffisamment confiants pour l'appliquer et qu'ils lâchent prise par rapport à leurs livres et à leurs outils de travail, qui deviennent un peu leurs béquilles. Je salue ce renouveau parce qu'il fait appel à l'intelligence, à l'analyse critique et au travail selon l'air du temps.»

«On va devoir s'adapter aux clientèles qu'on a, et ce sont des enfants du piton», lance-t-elle. Elle tient ce discours revendicateur: «La nouvelle pensée derrière le développement des compétences permet vraiment à l'enseignant de professionnaliser son métier. Le jour où tous les joueurs vont comprendre ce concept, les négociations avec le gouvernement vont peut-être prendre une autre tournure également. Le défi à relever est le suivant: après dix ans, on n'est pas encore arrivé à prendre complètement le virage et on devra changer de paradigme si on veut y parvenir.»

La directrice signale encore que, dans une société où la démocratie scolaire prend davantage de coffre, il sera opportun de revoir le partage des pouvoirs entre les milieux locaux, les commissions scolaires et le ministère de l'Éducation: «Comment tout cela va-t-il s'articuler? Est-ce que ce sera au bénéfice des enfants? Ce sera à voir et on va le vivre.»

***

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  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 9 janvier 2010 10h43
    Rivaliser avec l'école publique
    Pour survivre, l'école publique doit rivaliser avec l'école privée, nous dit Madame Chenard. Oui, avec cette école privée qui écrème l'école publique, avec cette école privée où la majorité des élus de l'Assemblée nationale envoie ses enfants.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Linda Bosse
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 13h30
    La valorisation des écoles publiques, c'est la responsabilité de tous...!
    Bravo madame Chenard... Je suis moi-même présidente du Conseil d'établissement d'une école secondaire publique où le taux de diplomation a atteint 92 % l'année dernière, grâce à la collaboration et à la solidarité de tous les acteurs du milieu, milieu qui est d'ailleurs considéré comme très défavorisé.

    Suite à ces résultats qui dépassent largement ceux de plusieurs écoles privées, j'ai fait parvenir un article, accompagné du rapport annuel de l'école, à plusieurs médias d'information qui n'ont même jamais accusé réception de mon courriel, sauf l'hebdo local. Que faut-il faire pour que les écoles publiques cessent d'être le souffre-douleur des médias? Des taux de diplomation de 100 %? Pourtant les écoles privées, elles, bénéficient d'une large couverture à la moindre petite réalisation...

    Quand cesserons-nous de présenter l'école publique comme une école "full poche"? Comme le dit madame Chenard, "il est plus que temps de créer une plus grande solidarité entre tous les acteurs du milieu", et j'ajouterai "à commencer par les médias d'information...".

    N'oublions pas que les jeunes apprennent par l'exemple, par la répétition, qu'ils répètent ce que nous leur enseignons et qu'ils finissent par devenir ce que nous leur répétons sans cesse... Rappelons-nous les principes de base en psychologie: lorsque nous disons régulièrement à un enfant qu'il est niaiseux, qu'il ne comprend rien, qu'il ne sera jamais capable d'apprendre, etc... Cet enfant aura si peu confiance en lui, qu'il finira par devenir ce qu'il a entendu toute son enfance. Comme société, c'est ce que nous sommes en train de faire à nos écoles publiques, à nos jeunes et à leurs enseignants.

    Nos jeunes ont besoin qu'on les valorise, mais qu'on valorise aussi leurs écoles qui est, ne l'oublions jamais, leur premier lieu d'appartenance après la famille...!

    Présidente du Conseil d'établissement d'une école publique

  • marie g. mathieu
    Inscrit
    lundi 11 janvier 2010 12h50
    une école ouverte sur le monde
    Bravo Mme Chénard pour cet article, lequel je sens est écrit non seulement avec la plume mais surtout avec le coeur. En tant qu'enseignante à cette même école, je suis tout à fait d'accord avec vous lorsque vous dites que notre école est douée d'une grande diversité ethnique, culturelle, religieuse... Et, s'il n'y avait pas cette ouverture d'esprit qui se vit dans notre milieu, il serait impossible d'y vivre. Je crois que vous avez été pour beaucoup dans cette belle réussite car vous êtes perçue dans notre milieu comme une personne d'unité, une rassembleuse. Qui d'autre que Louise Chénard pourrait réussir à rassembler, dans un party de noël, 3 écoles dans une parfaite harmonie. Merci encore pour tout et bonne retraite.
    Marie G. Mathieu
    enseignante

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