Vie syndicale - « Le mot-clé est bien simple : négociations »
Décrochage, surcharge, ressources, technologies prolongent la liste
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec
Une année mouvementée s'annonce dans le secteur de l'éducation au Québec. Alors que les défis s'accumulent, les solutions proposées par le gouvernement apparaissent inadéquates et peu prometteuses, du moins de l'avis de plusieurs des centrales syndicales qui œuvrent dans le milieu. Selon ces dernières, la société ne peut plus faire l'économie d'une profonde réflexion sur ce monde en pleine mutation, surtout en cette période de renégociation des conventions collectives.
«Nous sommes à un moment crucial [pour l'éducation], dans un contexte économique que le gouvernement du Québec présente comme difficile», lance Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). «Le mot-clé [de cet hiver 2010] est bien simple: négociations», confirme Jean Trudelle, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ).
Dans les deux cas, un même désir, celui d'affronter les problèmes qui minent le système scolaire public de la province. Décrochage, surcharge de travail des professeurs, ressources insuffisantes, anglicisation, invasion des nouvelles technologies et besoin d'encadrement accru des élèves: les dossiers sont nombreux et complexes. Le hic, estime Réjean Parent, c'est que la volonté gouvernementale fait souvent défaut. «Plusieurs plans ministériels en éducation ont été des plans de bonnes intentions», des «voeux pieux» qui n'ont pas «produit les résultats escomptés».
Selon le syndicaliste, le plan d'action gouvernemental pour contrer le décrochage scolaire — déposé cet automne — illustre bien cette triste réalité. «Il est évident que l'État n'est pas prêt à mettre les moyens» nécessaires pour être efficace, souligne-t-il. Du même avis, Jean Trudelle souligne que l'Ontario «vient d'investir presque dix fois plus que le Québec dans son plan de persévérance scolaire», un signe important «du manque d'engagement dans le dossier». La CSQ estime donc qu'il est essentiel «d'agir avant qu'il ne soit trop tard» et elle proposera cet hiver un «vrai plan de persévérance scolaire», dont l'ambitieux objectif sera d'établir un «consensus social» sur la question.
Nouveau contexte
L'enseignement supérieur — confronté à une explosion du nombre d'étudiants — doit lui aussi faire face à son lot de problèmes, dont le plus urgent est une importante détérioration des conditions de travail des professeurs du réseau. «Il y a beaucoup d'ajustements à faire; la tâche doit être comptabilisée autrement, puisqu'elle ne tient pas compte des nouvelles réalités propres à l'enseignement supérieur», explique Jean Trudelle. Parmi ces nouvelles réalités, on compte la mise en pages des documents informatiques, la gestion des courriels — les élèves 2.0 communiquent souvent et beaucoup par courriel; ils s'attendent aussi à ce que les enseignants répondent dans les 24 heures — l'élaboration de documents d'appoint, etc. «Ces obligations s'ajoutent à la charge de travail des professeurs, ainsi que les efforts de concertation qui découlent de la réforme des cégeps mise de l'avant dans les années 90, ce qui crée une pression énorme sur les enseignants, soutient Jean Trudelle. Et cela, d'autant plus que le salaire est 30 % moins élevé qu'en Ontario!»
Autre problématique criante: le financement des cégeps en région. «Le mode de financement par tête de pipe rend la situation intenable pour plusieurs établissements régionaux», poursuit-il. En soutenant les programmes en fonction du nombre d'admissions plutôt que de leur pertinence, le gouvernement crée un déficit qui «oblige les autres professeurs à se serrer la ceinture, car aucun cégep en région ne veut fermer des programmes. Cela conduirait en effet au départ d'étudiants et à une aide financière encore moins importante. La roue tourne, mais pas dans la bonne direction.»
Ces deux demandes seront ainsi au coeur des négociations du syndicat, qui admet que ces dernières «coûteront cher», en prenant toutefois soin de préciser qu'il ne s'agit pas uniquement d'argent neuf. «Des 69 millions indexés à l'enseignement par le fédéral, seulement 10 % lui ont réellement été dévolus, analyse le président de la FNEEQ. Ce n'est assurément pas assez.»
Un choix de société
Qui dit plus d'argent dit engagement accru du gouvernement. Est-il réaliste d'attendre plus d'un État sollicité de toutes parts, dans une con-joncture économique difficile? «C'est certain qu'il y a là un débat de société à tenir. On doit se demander si on souhaite, en tant que collectivité, le maintien des services publics solidaires qui définissent le Québec depuis tant d'années. Nous, à la CSQ, nous le voulons. Voilà donc pourquoi nous avançons dans l'optique de maintenir et de renforcer des services de qualité qui s'efforcent de minimiser les inégalités, plutôt que de les rendre encore plus criantes», maintient Réjean Parent.
Même son de cloche de la part de Jean Trudelle: «Il y a un effort important à faire au niveau de la société québécoise, surtout que la démarche générale du gouvernement nous apparaît peu prometteuse. [...] Peut-être est-ce dû au fait que les ministres [de l'Éducation] ne sont pas issus du milieu de l'éducation, ce sont des administrateurs qui ne comprennent pas les problématiques de première main. Le résultat, c'est qu'on passe plus de temps à "patcher" les problèmes qu'à s'attaquer au fond des choses. Ça donne l'impression qu'ici on négocie à la pièce, qu'on manque de vision.» De durs constats qui promettent une rentrée et des négociations houleuses...
«Nous sommes à un moment crucial [pour l'éducation], dans un contexte économique que le gouvernement du Québec présente comme difficile», lance Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). «Le mot-clé [de cet hiver 2010] est bien simple: négociations», confirme Jean Trudelle, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ).
Dans les deux cas, un même désir, celui d'affronter les problèmes qui minent le système scolaire public de la province. Décrochage, surcharge de travail des professeurs, ressources insuffisantes, anglicisation, invasion des nouvelles technologies et besoin d'encadrement accru des élèves: les dossiers sont nombreux et complexes. Le hic, estime Réjean Parent, c'est que la volonté gouvernementale fait souvent défaut. «Plusieurs plans ministériels en éducation ont été des plans de bonnes intentions», des «voeux pieux» qui n'ont pas «produit les résultats escomptés».
Selon le syndicaliste, le plan d'action gouvernemental pour contrer le décrochage scolaire — déposé cet automne — illustre bien cette triste réalité. «Il est évident que l'État n'est pas prêt à mettre les moyens» nécessaires pour être efficace, souligne-t-il. Du même avis, Jean Trudelle souligne que l'Ontario «vient d'investir presque dix fois plus que le Québec dans son plan de persévérance scolaire», un signe important «du manque d'engagement dans le dossier». La CSQ estime donc qu'il est essentiel «d'agir avant qu'il ne soit trop tard» et elle proposera cet hiver un «vrai plan de persévérance scolaire», dont l'ambitieux objectif sera d'établir un «consensus social» sur la question.
Nouveau contexte
L'enseignement supérieur — confronté à une explosion du nombre d'étudiants — doit lui aussi faire face à son lot de problèmes, dont le plus urgent est une importante détérioration des conditions de travail des professeurs du réseau. «Il y a beaucoup d'ajustements à faire; la tâche doit être comptabilisée autrement, puisqu'elle ne tient pas compte des nouvelles réalités propres à l'enseignement supérieur», explique Jean Trudelle. Parmi ces nouvelles réalités, on compte la mise en pages des documents informatiques, la gestion des courriels — les élèves 2.0 communiquent souvent et beaucoup par courriel; ils s'attendent aussi à ce que les enseignants répondent dans les 24 heures — l'élaboration de documents d'appoint, etc. «Ces obligations s'ajoutent à la charge de travail des professeurs, ainsi que les efforts de concertation qui découlent de la réforme des cégeps mise de l'avant dans les années 90, ce qui crée une pression énorme sur les enseignants, soutient Jean Trudelle. Et cela, d'autant plus que le salaire est 30 % moins élevé qu'en Ontario!»
Autre problématique criante: le financement des cégeps en région. «Le mode de financement par tête de pipe rend la situation intenable pour plusieurs établissements régionaux», poursuit-il. En soutenant les programmes en fonction du nombre d'admissions plutôt que de leur pertinence, le gouvernement crée un déficit qui «oblige les autres professeurs à se serrer la ceinture, car aucun cégep en région ne veut fermer des programmes. Cela conduirait en effet au départ d'étudiants et à une aide financière encore moins importante. La roue tourne, mais pas dans la bonne direction.»
Ces deux demandes seront ainsi au coeur des négociations du syndicat, qui admet que ces dernières «coûteront cher», en prenant toutefois soin de préciser qu'il ne s'agit pas uniquement d'argent neuf. «Des 69 millions indexés à l'enseignement par le fédéral, seulement 10 % lui ont réellement été dévolus, analyse le président de la FNEEQ. Ce n'est assurément pas assez.»
Un choix de société
Qui dit plus d'argent dit engagement accru du gouvernement. Est-il réaliste d'attendre plus d'un État sollicité de toutes parts, dans une con-joncture économique difficile? «C'est certain qu'il y a là un débat de société à tenir. On doit se demander si on souhaite, en tant que collectivité, le maintien des services publics solidaires qui définissent le Québec depuis tant d'années. Nous, à la CSQ, nous le voulons. Voilà donc pourquoi nous avançons dans l'optique de maintenir et de renforcer des services de qualité qui s'efforcent de minimiser les inégalités, plutôt que de les rendre encore plus criantes», maintient Réjean Parent.
Même son de cloche de la part de Jean Trudelle: «Il y a un effort important à faire au niveau de la société québécoise, surtout que la démarche générale du gouvernement nous apparaît peu prometteuse. [...] Peut-être est-ce dû au fait que les ministres [de l'Éducation] ne sont pas issus du milieu de l'éducation, ce sont des administrateurs qui ne comprennent pas les problématiques de première main. Le résultat, c'est qu'on passe plus de temps à "patcher" les problèmes qu'à s'attaquer au fond des choses. Ça donne l'impression qu'ici on négocie à la pièce, qu'on manque de vision.» De durs constats qui promettent une rentrée et des négociations houleuses...
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