Les écoles alternatives - Parents et enfants se retrouvent au coeur du projet éducatif
« Les enfants apprennent à leur rythme en se donnant des objectifs »
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
L’école secondaire Le Vitrail, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal
Quelles sont les caractéristiques des écoles publiques alternatives? Comment favorisent-elles la réussite scolaire de leurs élèves? Le point.
1974, Ville Saint-Laurent. La première école publique alternative, l'école Jonathan, voit le jour. Par la suite, des établissements scolaires similaires sont mis sur pied ici et là, grâce aux efforts de parents qui souhaitent un modèle éducatif différent pour leurs enfants. Aujourd'hui, selon le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (RÉPAQ), il existe 31 écoles publiques alternatives — dont 28 au primaire et 3 au secondaire — réparties dans 16 commissions scolaires. Quelque 6300 élèves, encadrés par près de 300 enseignants, les fréquentent.
Pierre Chénier, porte-parole du RÉPAQ, signale que ce réseau se caractérise par un modèle éducatif axé sur le développement de l'enfant. «L'élève apprend en fonction de ses besoins et de ses champs d'intérêt, dit-il. L'enfant n'est pas obligé de savoir lire, écrire ou de faire tout autre apprentissage en fonction d'un échéancier précis. Ses connaissances sont évaluées tout au long de son parcours, et non à la fin de chaque cycle. Il dispose de sept ans pour compléter son primaire et il le fait à son rythme; si c'est celui de l'escargot, eh bien, soit...»
Un apprentissage global
Les tenants de l'école publique alternative estiment que l'apprentissage est un mode de vie qui va bien au-delà de l'école. «Les matières comme le français ou les mathématiques contribuent à l'éducation de l'enfant, mais elles ne constituent pas une fin en soi, dit M. Chénier. Nous cherchons à favoriser le développement intellectuel, social et affectif de l'enfant afin qu'il réussisse sa vie et contribue à la société du savoir.»
Les politiques d'admission varient d'une école à l'autre, mais aucune ne choisit les élèves en fonction de leur performance. «Nous refusons de faire faire des tests basés sur l'intelligence et les connaissances de l'enfant, précise le porte-parole. Ce qui importe, c'est que la famille adhère aux valeurs de l'école et s'engage à participer au projet éducatif de l'enfant.» C'est pourquoi la majorité des écoles publiques alternatives demandent aux parents d'assister à une soirée d'information et de remplir un questionnaire. Cela leur permet de sonder en quelque sorte l'intérêt des parents et de s'assurer de leur participation.
L'école alternative se veut une communauté où chacun — parent, enseignant, direction, élève — joue un rôle important. Les parents doivent pouvoir consacrer du temps à l'école le jour, en plus d'assumer la gestion de l'établissement conjointement avec les enseignants et la direction, dans le conseil d'établissement et dans d'autres comités. Et on s'attend à ce qu'il y ait à la maison un prolongement du projet éducatif de l'école. L'enseignant, pour sa part, anime la classe et guide les élèves dans leur formation, mais il n'est pas le seul détenteur des connaissances. Car, comme les élèves sont intégrés dans des classes multiâges, ils participent eux aussi à l'éducation de leurs pairs. Les plus vieux aident les plus jeunes dans leurs apprentissages, et vice-versa.
Sur le terrain
Située dans le quartier Rosemont, à Montréal, l'école primaire Rose-des-Vents accueille quelque 160 élèves dans huit classes multiâges. Hélène Éthier, la directrice, explique que les parents sont très engagés dans l'école. «Nous exigeons qu'ils puissent être présents au moins trois demi-journées par année. Au cours de ces périodes, les parents animent des ateliers ou s'occupent de la classe lorsque les enseignants rencontrent les élèves pour leur évaluation.»
À l'instar de bon nombre d'écoles alternatives, l'école Rose-des-Vents mise sur une démarche pédagogique par projets. «Il peut s'agir d'un projet collectif — par exemple, une exposition, un spectacle ou un film — que les enfants aimeraient réaliser ensemble, explique Caroline Tardif, enseignante. Les enfants choisissent le thème de leur projet, se fixent des objectifs et s'évaluent. Tout cela permet de développer la curiosité intellectuelle, la créativité, le sens de l'effort et l'esprit critique. Actuellement, certains de mes élèves travaillent sur les monuments célèbres, d'autres, sur certains pays, d'autres — probablement inspirés par la grippe A(H1N1) — sur les grandes épidémies.»
Dans ce type d'école, le projet éducatif vise le développement global de l'enfant. Pour ce faire, l'école élémentaire Arc-en-Ciel, située en plein coeur du Plateau-Mont-Royal, à Montréal, promeut trois valeurs fondamentales: le respect, l'autonomie et la capacité d'être en relation avec les autres. «Par exemple, les enfants apprennent à respecter les règles démocratiques au sein de diverses instances, dont un conseil d'élèves. Celui-ci assume l'animation des assemblées générales, s'occupe du code de vie de l'école, gère un budget, etc.», raconte Geneviève Tremblay, directrice adjointe de l'école.
Une grande liberté
Selon les promoteurs du réseau, les apprentissages que peuvent faire les enfants au primaire et au secondaire sont infinis. Par exemple, les quelque 150 jeunes qui fréquentent l'école secondaire Le Vitrail doivent, bien sûr, suivre les programmes du ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS), mais ils ont également la possibilité de le bonifier en fonction de leurs objectifs ou d'atteindre ceux du MELS à leur rythme et comme ils le désirent. «Pour aider les jeunes dans leur démarche, les enseignants leur offrent une série d'activités d'apprentissage et d'évaluation qu'ils peuvent réaliser tout au long de leur démarche, explique Stéphane Lamothe, directeur de l'établissement situé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Ce programme est adaptable. L'enfant peut remplacer une activité par un projet personnel équivalent. L'enseignant doit toutefois être d'accord.»
Quant aux parents, ils trouvent dans ces écoles un cadre éducatif qui répond bien aux besoins de leur progéniture. «On apprend aux enfants à exercer leur jugement en évaluant les situations, et non pas à respecter les consignes sans comprendre pourquoi, expose Violaine Gagnon, dont les trois enfants fréquentent l'école Rose-des-Vents. En plus, les parents sont toujours les bienvenus à l'école.» Même enthousiasme de la part de Josée Léveillé, maman de trois garçons. «C'est un milieu très stimulant, dit-elle. Comme les enfants apprennent à leur rythme en se donnant des objectifs, ils deviennent rapidement très autonomes. Ils développent pour l'apprentissage un intérêt qu'ils n'auraient peut-être pas pour des cours magistraux.»
Une façon différente d'envisager l'apprentissage, donc!
***
Collaboratrice du Devoir
1974, Ville Saint-Laurent. La première école publique alternative, l'école Jonathan, voit le jour. Par la suite, des établissements scolaires similaires sont mis sur pied ici et là, grâce aux efforts de parents qui souhaitent un modèle éducatif différent pour leurs enfants. Aujourd'hui, selon le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (RÉPAQ), il existe 31 écoles publiques alternatives — dont 28 au primaire et 3 au secondaire — réparties dans 16 commissions scolaires. Quelque 6300 élèves, encadrés par près de 300 enseignants, les fréquentent.
Pierre Chénier, porte-parole du RÉPAQ, signale que ce réseau se caractérise par un modèle éducatif axé sur le développement de l'enfant. «L'élève apprend en fonction de ses besoins et de ses champs d'intérêt, dit-il. L'enfant n'est pas obligé de savoir lire, écrire ou de faire tout autre apprentissage en fonction d'un échéancier précis. Ses connaissances sont évaluées tout au long de son parcours, et non à la fin de chaque cycle. Il dispose de sept ans pour compléter son primaire et il le fait à son rythme; si c'est celui de l'escargot, eh bien, soit...»
Un apprentissage global
Les tenants de l'école publique alternative estiment que l'apprentissage est un mode de vie qui va bien au-delà de l'école. «Les matières comme le français ou les mathématiques contribuent à l'éducation de l'enfant, mais elles ne constituent pas une fin en soi, dit M. Chénier. Nous cherchons à favoriser le développement intellectuel, social et affectif de l'enfant afin qu'il réussisse sa vie et contribue à la société du savoir.»
Les politiques d'admission varient d'une école à l'autre, mais aucune ne choisit les élèves en fonction de leur performance. «Nous refusons de faire faire des tests basés sur l'intelligence et les connaissances de l'enfant, précise le porte-parole. Ce qui importe, c'est que la famille adhère aux valeurs de l'école et s'engage à participer au projet éducatif de l'enfant.» C'est pourquoi la majorité des écoles publiques alternatives demandent aux parents d'assister à une soirée d'information et de remplir un questionnaire. Cela leur permet de sonder en quelque sorte l'intérêt des parents et de s'assurer de leur participation.
L'école alternative se veut une communauté où chacun — parent, enseignant, direction, élève — joue un rôle important. Les parents doivent pouvoir consacrer du temps à l'école le jour, en plus d'assumer la gestion de l'établissement conjointement avec les enseignants et la direction, dans le conseil d'établissement et dans d'autres comités. Et on s'attend à ce qu'il y ait à la maison un prolongement du projet éducatif de l'école. L'enseignant, pour sa part, anime la classe et guide les élèves dans leur formation, mais il n'est pas le seul détenteur des connaissances. Car, comme les élèves sont intégrés dans des classes multiâges, ils participent eux aussi à l'éducation de leurs pairs. Les plus vieux aident les plus jeunes dans leurs apprentissages, et vice-versa.
Sur le terrain
Située dans le quartier Rosemont, à Montréal, l'école primaire Rose-des-Vents accueille quelque 160 élèves dans huit classes multiâges. Hélène Éthier, la directrice, explique que les parents sont très engagés dans l'école. «Nous exigeons qu'ils puissent être présents au moins trois demi-journées par année. Au cours de ces périodes, les parents animent des ateliers ou s'occupent de la classe lorsque les enseignants rencontrent les élèves pour leur évaluation.»
À l'instar de bon nombre d'écoles alternatives, l'école Rose-des-Vents mise sur une démarche pédagogique par projets. «Il peut s'agir d'un projet collectif — par exemple, une exposition, un spectacle ou un film — que les enfants aimeraient réaliser ensemble, explique Caroline Tardif, enseignante. Les enfants choisissent le thème de leur projet, se fixent des objectifs et s'évaluent. Tout cela permet de développer la curiosité intellectuelle, la créativité, le sens de l'effort et l'esprit critique. Actuellement, certains de mes élèves travaillent sur les monuments célèbres, d'autres, sur certains pays, d'autres — probablement inspirés par la grippe A(H1N1) — sur les grandes épidémies.»
Dans ce type d'école, le projet éducatif vise le développement global de l'enfant. Pour ce faire, l'école élémentaire Arc-en-Ciel, située en plein coeur du Plateau-Mont-Royal, à Montréal, promeut trois valeurs fondamentales: le respect, l'autonomie et la capacité d'être en relation avec les autres. «Par exemple, les enfants apprennent à respecter les règles démocratiques au sein de diverses instances, dont un conseil d'élèves. Celui-ci assume l'animation des assemblées générales, s'occupe du code de vie de l'école, gère un budget, etc.», raconte Geneviève Tremblay, directrice adjointe de l'école.
Une grande liberté
Selon les promoteurs du réseau, les apprentissages que peuvent faire les enfants au primaire et au secondaire sont infinis. Par exemple, les quelque 150 jeunes qui fréquentent l'école secondaire Le Vitrail doivent, bien sûr, suivre les programmes du ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS), mais ils ont également la possibilité de le bonifier en fonction de leurs objectifs ou d'atteindre ceux du MELS à leur rythme et comme ils le désirent. «Pour aider les jeunes dans leur démarche, les enseignants leur offrent une série d'activités d'apprentissage et d'évaluation qu'ils peuvent réaliser tout au long de leur démarche, explique Stéphane Lamothe, directeur de l'établissement situé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Ce programme est adaptable. L'enfant peut remplacer une activité par un projet personnel équivalent. L'enseignant doit toutefois être d'accord.»
Quant aux parents, ils trouvent dans ces écoles un cadre éducatif qui répond bien aux besoins de leur progéniture. «On apprend aux enfants à exercer leur jugement en évaluant les situations, et non pas à respecter les consignes sans comprendre pourquoi, expose Violaine Gagnon, dont les trois enfants fréquentent l'école Rose-des-Vents. En plus, les parents sont toujours les bienvenus à l'école.» Même enthousiasme de la part de Josée Léveillé, maman de trois garçons. «C'est un milieu très stimulant, dit-elle. Comme les enfants apprennent à leur rythme en se donnant des objectifs, ils deviennent rapidement très autonomes. Ils développent pour l'apprentissage un intérêt qu'ils n'auraient peut-être pas pour des cours magistraux.»
Une façon différente d'envisager l'apprentissage, donc!
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