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Une étude consternante

Fabien Torres - Maître en sociologie, enseignant en Éthique et culture religieuse au collège Sainte-Anne de Lachine  16 décembre 2009  Éducation
Le rapport de recherche publié par l'Institut de recherche du Québec par la sociologue Joëlle Quérin crée de nouvelles vagues. Cette «étude» appuie les craintes habituelles autour de la disparition éventuelle de l'identité québécoise au sein du Canada et de l'attitude trop tolérante du Québec concernant le pluralisme. Personnellement, à titre de sociologue et d'enseignant d'Éthique et culture religieuse, je suis consterné.

La critique principale du cours est qu'il impose subtilement la philosophie du multiculturalisme. Or, dans le programme, il est écrit que «l'importance historique et culturelle du catholicisme et du protestantisme au Québec y est particulièrement soulignée, mais on s'intéresse aussi au judaïsme et aux spiritualités des peuples autochtones, qui ont marqué ce patrimoine, de même qu'à d'autres religions qui contribuent aujourd'hui à la culture québécoise et inspirent différentes manières de penser, d'être et d'agir».

Tout chercheur s'intéressant à cette question aurait décodé dans cet énoncé les principes de l'interculturalisme, le modèle québécois, que les auteurs ne semblent pas distinguer du modèle multiculturaliste. L'interculturalisme suppose que les différentes croyances, valeurs qui contribuent aujourd'hui à la société québécoise, soient prises en compte et valorisées, dans la mesure où ces dernières respectent les valeurs de la société québécoise.


Omissions

Les critiques formulées contre le cours ECR sont nombreuses, mais les omissions aussi. Le cours est accusé de n'accorder aucune place aux valeurs et à l'histoire du Québec.

Cependant, aucune importance n'est accordée au fait qu'il soit écrit dans le programme officiel du ministère qu'«un regard privilégié est porté sur le patrimoine religieux de notre société». Selon le programme, «le christianisme [le catholicisme et le protestantisme] est traité tout au long de chaque année d'un cycle, alors que l'islam, le bouddhisme et l'hindouisme sont traités à plusieurs reprises au cours d'un cycle». Cela fait une grande différence dans le contenu des cours.

Or, cela est sans doute une des failles les plus importantes de cette recherche. Elle est basée uniquement sur le contenu du programme et sur le contenu des manuels. Mme Quérin devrait comprendre que le cours vaut plus que son contenu. Avant de faire la critique d'un cours, tout chercheur aurait pris le temps de voir en quoi consistait ce cours dans les classes, et pas que dans le programme et les manuels. [...]

Le cours, favorisant la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun, et ayant comme socle les valeurs de la culture québécoise, apprendra aux Québécois de demain à s'ouvrir sans se sentir soumis, à rester fermes devant l'intégrisme et à intégrer les nouveaux arrivants qui, apprenant l'histoire du Québec, seront à leur tour fiers de représenter leur nation.

*****

Fabien Torres - Maître en sociologie, enseignant en Éthique et culture religieuse au collège Sainte-Anne de Lachine
 
 
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  • Pierre Zwngli
    Inscrit
    mercredi 16 décembre 2009 11h35
    Il ne faut pas exagérer....
    «Le cours est accusé de n'accorder aucune place aux valeurs et à l'histoire du Québec.»

    C'est faux, l'Étude de Mme Quérin ne dit pas cela. Elle dit qu'on n'y accorde pas vraiment de place privilégiée dans les faits et peu dans le programme, bien que des professeurs puissent évidemment ajouter plus de faits et d'histoire du Québec selon leur penchant.

  • Robert Charette
    Inscrit
    mercredi 16 décembre 2009 12h09
    Les valeurs bafouées par le multiculturalisme
    re: Une étude consternante de Fabien Torres

    Cher maître,
    j'ai bien peur que quelque chose vous échappe du fait de votre consternation émotive ! Cette réalité concerne la Révolution tranquille des années '60 au Québec et sa libération de l'emprise qu'y exerçait le cléricalisme. Vous désirez que d'autres religions contribuent à la culture québécoise, que leurs différentes croyances replongent notre société dans l'obscurantisme ?

    Sachez que les valeurs que vous mentionnez, à savoir « la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun » de même que l'apprentissage de l'art servant « à s'ouvrir sans se sentir soumis » n'ont pas attendu la nouvelle mode idéologique de l'interculturalisme pour s'inscrire dans l'histoire et guider, longtemps après, notre propre ouverture au monde.

    Ces valeurs ne sont pas celles des religions qui, au contraire, ont trop souvent été exclusives des autres croyances et des non-croyants, mais bien les valeurs politiques qui sont nées il y a plus de deux siècles avec la laïcité et sa séparation absolue de la politique et de la religion dans la démocratie républicaine.

    Robert Charette, Montréal

  • flanc@sympatico.ca
    Abonné
    mercredi 16 décembre 2009 12h15
    Consternant, en effet!
    C'est quand même fort! L'auteur de cette lettre écrit qu' "une des failles les plus importantes de cette recherche", c'est qu'elle est "basée uniquement sur le contenu du programme et sur le contenu des manuels"! Mais sur quoi faudrait-il donc se baser pour critiquer un programme d'enseignement? L'auteur suggère qu'il faudrait "voir en quoi consistait ce cours dans les classes, et pas que dans le programme et les manuels". Il faudrait donc se rendre dans toutes les classes pour connaître la véritable valeur d'un programme scolaire? De la part d'un maître en sociologie et enseignant, c'est rien de moins que consternant!

  • Bernard La Riviere
    Abonné
    mercredi 16 décembre 2009 15h02
    Bon représentant des défenseurs de l'ÉCR
    Messieurs Zwngli, Charette et Lanctôt ont très bien jugé de la qualité de l'attaque de Fabien Torres contre le rapport de recherche de madame Quérin: désolant.
    Je ne veux qu'ajouter qu'on ne répétera jamais trop ni en vain que c'est l'histoire qui doit être enseignée à l'école et la religion à la maison, Tous les Torres du Québec ni pourront rien, cela viendra.
    Bernard La Rivière, Philosophiae Doctor, 35 ans d'enseignement de la philosophie.

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