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    Pour la réforme de l'orthographe

    7 décembre 2009 |Louis Cornellier - Professeur de français et de littérature au Cégep régional de Lanaudière, chroniqueur au Devoir et à l'hebdomadaire lanaudois L'Action | Éducation
    La réforme de l'orthographe, qui date déjà de 1990, fait enfin parler d'elle au Québec. Or, comme c'est souvent le cas en matière de langue ou d'éducation, les débats qu'elle suscite sont confus, et les prises de position sont souvent mal informées.

    Ainsi, plusieurs, notamment Denise Bombardier, assimilent cette réforme à une baisse des exigences et croient qu'elle n'a pour but que de faire réussir plus d'élèves, même ceux qui écrivent mal. Ces opposants laissent entendre que les rectifications proposées reviennent à permettre d'écrire n'importe comment. La réalité, pourtant, est bien différente.

    Pour éviter toute confusion, il convient d'abord de préciser que cette réforme de l'orthographe n'a rien à voir avec la réforme scolaire propre au Québec. Les rectifications orthographiques ont été proposées, en 1990, par le Conseil supérieur de la langue française, à la demande du premier ministre français de l'époque, Michel Rocard. Parmi les concepteurs et partisans de cette réforme, on compte le célèbre linguiste Claude Hagège et le lexicographe Alain Rey, responsable des dictionnaires Le Robert.

    Ces grands spécialistes et amoureux du français ne sont certes pas des partisans du nivellement (ou nivèlement, selon l'orthographe réformée) par le bas. Ils constatent simplement qu'une langue vivante doit évoluer, notamment en supprimant des anomalies ou des irrégularités qui embêtent même ceux qui maîtrisent (ou maitrisent) le français.

    Toute la francophonie

    La réforme obtient rapidement l'assentiment d'associations de linguistes et de grammairiens français, belges, suisses et québécois. Le Belge André Goosse, responsable actuel de la célèbre grammaire Grevisse, l'appuie. Le Dictionnaire Hachette et Le Petit Robert intègrent eux aussi 100 % des rectifications proposées à titre de variantes acceptées. En Belgique, en Suisse et même, depuis 2008, en France, le système scolaire accepte les nouvelles règles, conjointement avec les anciennes. Ce débat, on le voit, ne concerne pas que le Québec, mais bien toute la francophonie.

    La réforme proposée, et non imposée, est plus minimale que radicale. Elle concerne le trait d'union (remplacé par la soudure dans plusieurs mots comme entretemps, weekend et portemonnaie), les numéraux composés (systématiquement reliés par des traits d'union comme dans deux-mille-cent-vingt-trois), le pluriel de certains noms composés, le pluriel des mots étrangers (que l'on accorde désormais comme des mots français, par exemple des minimums au lieu de minima), les accents (le circonflexe disparaît sur les lettres i et u; par exemple, on écrit disparait), la simplification des consonnes doubles (on écrira «il épèle» plutôt que «il épelle»), le participe passé du verbe laisser suivi d'un infinitif qui devient invariable (exemple: elle s'est laissé mourir) et quelques autres anomalies (dont le fameux ognon que l'on écrira sur le modèle de pognon). Toutes ces rectifications sont clairement présentées dans un petit ouvrage intitulé Les Rectifications de l'orthographe du français (De Boeck et ERPI, 2010), un petit ouvrage de Chantal Contant et Romain Muller.

    Langue vivante

    Sur les plus de 100 000 mots que compte la langue française, on évalue qu'environ 2000 mots sont touchés par cette réforme. Temporairement, les deux graphies, l'ancienne et la nouvelle, sont acceptées. Seuls le temps et l'usage finiront par imposer l'une ou l'autre puisqu'il n'existe pas quelque chose comme une police de la langue qui procède par décret. Les grands médias écrits auront une influence déterminante dans ce dossier et, pour le moment, aucun d'entre eux n'applique la réforme. Il faut savoir, toutefois, que, contrairement à ce que plusieurs croient, le français, comme toutes les autres langues vivantes, s'est sans cesse modifié dans son histoire. Seules les langues mortes, comme le latin, ne bougent plus.

    On peut, bien sûr, s'opposer à cette réforme pour toutes sortes de raisons, dont certaines sont valables. L'argument selon lequel elle mélangera les parents d'enfants d'âge scolaire est toutefois irrecevable. Combien parmi ceux-là, en effet, maîtrisent (avec ou sans accent) le code non réformé? Je suis, pour ma part, plutôt favorable à cette réforme parce que je suis convaincu, comme l'écrit le journaliste français François de Closets dans son essai Zéro faute, que l'«on ne défend pas une langue en la momifiant, mais en la faisant vivre».

    ***

    Louis Cornellier - Professeur de français et de littérature au Cégep régional de Lanaudière, chroniqueur au Devoir et à l'hebdomadaire lanaudois L'Action












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