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Au préscolaire - De 4 à 10 ans, le meilleur âge pour apprendre

Réginald Harvey   14 novembre 2009  Éducation
Les recherches démontrent que les capacités musicales de l’enfant atteignent leur apogée entre l’âge de quatre et dix ans.
Photo : Agence France-Presse PATRICK KOVARIK
Les recherches démontrent que les capacités musicales de l’enfant atteignent leur apogée entre l’âge de quatre et dix ans.
Les enfants âgés de quatre à dix ans sont les plus réceptifs à l'enseignement de la musique. Au Québec, la formation musicale au préscolaire dans les règles de cet art n'existe à peu près pas. La FAMEQ se penchera sur cette question. Qu'en est-il des vertus de cet apprentissage du monde des sons en très bas âge?

Jonathan Bolduc est actuellement professeur adjoint à la faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa, où il dirige également le Laboratoire Mus-Alpha. Docteur en éducation musicale de l'Université Laval, il centre ses intérêts de recherche sur le développement musical du jeune enfant; ses travaux portent principalement sur les impacts de l'éducation musicale sur les apprentissages en lecture et en écriture.

À son avis, il vaut mieux placer le plus tôt possible l'enfant dans un environnement musical: «En fait, les recherches démontrent que la majorité des capacités musicales atteignent chez lui leur apogée entre l'âge de quatre et dix ans. Par exemple, l'habileté à traiter la hauteur des sons, le sens du rythme et tout cela se développent de façon exponentielle dans ce laps de temps. Le préscolaire est vraiment une période critique, et je parlerais même de la période allant de trois ou quatre à sept ans comme du moment de la vie le plus sensible au développement musical: c'est à partir de ce moment que toutes les composantes de la musique se mettent en place; si un enfant commence cet apprentissage un peu plus tard, il pourra atteindre des aptitudes musicales qui seront très bonnes mais qui seront moins développées que lors de cette période-là.»

Il serait donc logique de croire que l'enseignement musical fait partie intégrante du projet pédagogique au préscolaire, mais tel n'est pas le cas: «Paradoxalement, on ne fait pas de musique à l'école à ce stade», constate le professeur. Il fournit plus de détails: «La musique est quasi absente au préscolaire. C'est vraiment une minorité d'écoles qui offrent des cours par un spécialiste, et, de façon générale, on commence au début du primaire. Par contre, il y a quand même des activités musicales qui sont menées en classe par les enseignants; il faut savoir que ceux-ci sont formés comme généralistes et qu'ils n'ont pas été préparés à transmettre une formation en musique.»

De la musique vers les autres matières

Il existe bel et bien une répercussion positive de l'éducation musicale sur les autres matières, comme le souligne M. Bolduc: «On devrait favoriser la musique au préscolaire pour la raison suivante: si on reconnaît que la période de quatre à sept ans se révèle être d'une très grande importance pour le développement moteur et auditif, c'est aussi le cas pour tous les autres apprentissages qu'on fait en lecture, écriture et mathématiques. On sait très bien que, quand un enfant commence très jeune à étudier la musique, un des impacts principaux qui se produisent, c'est de développer tout son sens auditif, ce qui se répercute de façon majeure sur l'apprentissage de la lecture.»

Il cerne une autre réalité: «Un autre des aspects très importants d'un environnement musical en bas âge, c'est tout le développement de la mémoire phonologique, des sons. Quand l'enfant commence à s'éveiller à la lecture et à l'écriture, tous les apprentissages passent d'abord par la conscience phonologique; il en résulte donc que tous ses acquis en musique sont directement transférables, sur le plan de l'éveil sonore, vers la lecture. Du côté des mathématiques, tout le caractère séquentiel de la musique fait en sorte que l'enfant fait preuve d'une meilleure régularité et qu'il est capable de mieux organiser ses idées. Le volet spatial entre de plus en ligne de compte; on utilise beaucoup en musique toute la démarche d'organisation de l'espace et il s'agit là d'une compétence sur laquelle on travaille beaucoup au préscolaire.»

Il résume de la sorte: «Tous ces aspects de conscience phonologique, de reconnaissance de mots, de décodage, de suite logique ou non logique et d'organisation spatiale sont traités en musique et sont transférables dans d'autres disciplines.»

Des propos de Jonathan Bolduc, il est facile de déduire que les enseignements combinés d'un éducateur généraliste et d'un spécialiste de la musique conduiraient à des résultats intéressants: «Ce serait dans un monde idéal. Il faut surtout retenir que l'enfant qui travaille la musique au préscolaire doit le faire de façon très ludique. Quand il se penche sur le rythme, sur la mémoire, ou quand il apprend à retenir des mélodies et à les comparer entre elles, ce sont là toutes des activités qui font en sorte qu'il va être meilleur en langage et en mathématiques, mais, au moment où il s'adonne à celles-ci, il n'a pas l'impression qu'il fait du français ou des maths; il se trouve dans un univers ludique mais qui est tout à fait transférable. On utilise souvent cette stratégie avec des élèves qui ont des difficultés d'apprentissage ou qui sont potentiellement dyslexiques.»

L'enseignement lui-même

De nombreux spécialistes et leurs études prônent qu'une formation musicale d'au moins 20 minutes par jour soit dispensée aux enfants du préscolaire. Le prof entérine ce point de vue: «Ça représente tout de même une charge de travail assez importante pour les généralistes, en l'absence de spécialistes.» Et quel est le programme recommandé? «Actuellement, ça varie beaucoup en fonction de la formation de l'enseignant et des moyens de l'école.»

Il élabore: «Il y a des choses très importantes à travailler à ce niveau qui reposent sur les paramètres de la musique pour susciter un éveil chez l'enfant. Personnellement, je ne vois pas l'importance de l'enseignement systématique de la musique, mais plutôt celle de l'enseignement de cet éveil. On doit se pencher sur le paramètre de la hauteur musicale pour qu'il puisse discriminer des sons qui montent, qui descendent, qui sont aigus ou qui sont graves. Il y a aussi tout le temporel de la musique: celle qui est lente et qui est rapide, celle qui ralentit ou qui accélère. En plus, il y a l'intensité: les sons forts ou les sons doux. Finalement, il y a le timbre, qui est le quatrième aspect d'importance: il s'agit de la reconnaissance des sons qui sont différents les uns des autres, de faire la différence entre un son de trompette et de piano, par exemple.»

***

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