Et si on jouait et laissait jouer !
« Tous les apprentissages passent d'abord par la conscience phonologique »
Ils et elles sont musiciens et musiciennes. Ils sont aussi éducateurs. Et ils seront en congrès dès la semaine prochaine. Bienvenue, donc, dans le monde des musiciens éducateurs et de leurs diverses associations, de ces éducateurs pour qui la musique à l'école est plus qu'une simple activité, voire un élément essentiel de la formation des jeunes, et ce, dès l'enfance, jusqu'à leur arrivée aux portes du monde universitaire.
Vous aimez les plaidoyers bien soutenus? Écoutez alors celui que prononce Jonathan Bolduc: «Un autre des aspects très importants d'un environnement musical en bas âge, c'est tout le développement de la mémoire phonologique, des sons. Quand l'enfant commence à s'éveiller à la lecture et à l'écriture, tous les apprentissages passent d'abord par la conscience phonologique; il en résulte donc que tous ses acquis en musique sont directement transférables, sur le plan de l'éveil sonore, vers la lecture. Du côté des mathématiques, tout le caractère séquentiel de la musique fait en sorte que l'enfant fait preuve d'une meilleure régularité et qu'il est capable de mieux organiser ses idées. Le volet spatial entre de plus en ligne de compte; on utilise beaucoup en musique toute la démarche d'organisation de l'espace, et il s'agit là d'une compétence sur laquelle on travaille beaucoup au préscolaire.»
On dira que Jonathan Bolduc est un «ténor» partisan, mais on ne saurait contester l'autorité obtenue quand on est face à quelqu'un qui détient un doctorat en éducation musicale (car, si on aime les spécialisations dans les autres secteurs, en santé surtout, on doit alors admettre que cela vaut toujours, même si cette fois c'est dans le monde de la culture et de l'éducation qu'elle a été atteinte).
Toutefois, ce qui étonnera ce professeur de l'Université d'Ottawa sera le fait que, s'il est un endroit sans véritable formation musicale dans le cadre du programme scolaire public, c'est au moment de l'éveil chez l'enfant, c'est-à-dire vers les 4, 5 et 6 ans, période qui recouvre les années préscolaires, la maternelle, quoi.
Et par la suite, toujours dans le monde scolaire, ça ne va guère mieux, quand des cours sont à certains donnés, mais par périodes fractionnées.
Réforme
Le Québec vit une réorganisation de l'école. Et, pour plus d'un et d'une, le mot qui la désigne, «réforme», a presque une connotation qui la rapproche d'une autre, celle qu'a connue la Renaissance, mais cette fois dans la sphère religieuse. Cependant, il faut admettre que, si l'école se veut en ces temps de mondialisation de plus en plus «utile», la musique n'a toutefois pas partout été mise au ban.
Mais qui aime la musique craint, car le nouveau régime pédagogique mis en place permet, au primaire et au secondaire, un choix entre diverses matières dont le contenu est artistique, et alors la discipline retenue pourra être les arts plastiques, l'art dramatique, la danse ou la musique. Et qui opère ce choix, ce ne sont ni ne seront pas les parents, ni les enfants, ni les pédagogues, mais les directions d'école. Avec pour résultat, comme le souligne Hélène Laliberté, vice-présidente de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec, la FAMEQ, qu'à Montréal seulement, dans les écoles de la francophone CSDM, on compte ainsi 43 écoles primaires et 14 écoles secondaires où n'est pas enseignée la musique.
Présence
Et n'entendions-nous pas dire comment la musique, son apprentissage, sa fréquentation et sa pratique, est un élément quasi essentiel du développement de l'enfant? Et ne voyons-nous pas, dans un tel contexte, se dessiner une bagarre, une guerre de lobbys, entre des pratiques soeurs, celles qui sont de nature artistique?
Mais l'art est toujours présent à l'école. Ce qui, on doit l'admettre, est un progrès, car les générations antérieures, celles d'un passé encore récent, n'avaient souvent reçu qu'une seule heure par semaine où la musique était présente, et une fois seulement, voire deux, dans un parcours scolaire qui menait pourtant jusqu'à l'obtention du baccalauréat.
Progrès, donc, mais cela serait toujours insuffisant pour les 2600 éducateurs dont le mandat est de former des jeunes dans un environnement où le mot «musique» est partout présent, la «génération Ipod» ayant surgi à une vitesse fulgurante.
De la place de la musique dans nos sociétés, on ne contestera pas. De la qualité de son enseignement, on pourra cependant discuter.
Rencontre
«La musique pour la vie: musique, persévérance et réussite», ce sera donc le mot d'ordre, le thème, en fait, que les musiciens se donnent pour leur congrès annuel qui les réunira à Montréal, du 19 au 21 novembre prochains. Et là, les ateliers se succéderont en rafale, décrivant des expériences, illustrant des méthodes, mais surtout permettant la mise en place de stratégies pour que leur enseignement ne soit pas une simple note dans le paysage scolaire.
Et on se racontera aussi les bons coups: ces orchestres qui rassemblent des jeunes, ces «années Tremblay» qui initient des jeunes à la musique d'ici ou ces «semaine du son» qui sont moins des hommages au bruit que des occasions d'ouvrir des oreilles. Et on parlera d'un enseignement de qualité, de celui qui permettrait à un jeune devenu mélomane de pouvoir, après un parcours d'une quinzaine d'années consacrées à l'étude, s'enorgueillir d'une véritable formation sans avoir eu à quitter son école de proximité afin de fréquenter un établissement de qualité. Car, dans le réseau, on compte aussi une école comme FACE, dont on souligne cette année un 35e anniversaire, ou Joseph-François-Perrault qui, elle, se félicite d'un 30e.
Et, au moment de cette rencontre de «profs», la musique vibrera. Cette musique dont plus d'un et d'une aimerait voir les sons doucement se répandre.
Vous aimez les plaidoyers bien soutenus? Écoutez alors celui que prononce Jonathan Bolduc: «Un autre des aspects très importants d'un environnement musical en bas âge, c'est tout le développement de la mémoire phonologique, des sons. Quand l'enfant commence à s'éveiller à la lecture et à l'écriture, tous les apprentissages passent d'abord par la conscience phonologique; il en résulte donc que tous ses acquis en musique sont directement transférables, sur le plan de l'éveil sonore, vers la lecture. Du côté des mathématiques, tout le caractère séquentiel de la musique fait en sorte que l'enfant fait preuve d'une meilleure régularité et qu'il est capable de mieux organiser ses idées. Le volet spatial entre de plus en ligne de compte; on utilise beaucoup en musique toute la démarche d'organisation de l'espace, et il s'agit là d'une compétence sur laquelle on travaille beaucoup au préscolaire.»
On dira que Jonathan Bolduc est un «ténor» partisan, mais on ne saurait contester l'autorité obtenue quand on est face à quelqu'un qui détient un doctorat en éducation musicale (car, si on aime les spécialisations dans les autres secteurs, en santé surtout, on doit alors admettre que cela vaut toujours, même si cette fois c'est dans le monde de la culture et de l'éducation qu'elle a été atteinte).
Toutefois, ce qui étonnera ce professeur de l'Université d'Ottawa sera le fait que, s'il est un endroit sans véritable formation musicale dans le cadre du programme scolaire public, c'est au moment de l'éveil chez l'enfant, c'est-à-dire vers les 4, 5 et 6 ans, période qui recouvre les années préscolaires, la maternelle, quoi.
Et par la suite, toujours dans le monde scolaire, ça ne va guère mieux, quand des cours sont à certains donnés, mais par périodes fractionnées.
Réforme
Le Québec vit une réorganisation de l'école. Et, pour plus d'un et d'une, le mot qui la désigne, «réforme», a presque une connotation qui la rapproche d'une autre, celle qu'a connue la Renaissance, mais cette fois dans la sphère religieuse. Cependant, il faut admettre que, si l'école se veut en ces temps de mondialisation de plus en plus «utile», la musique n'a toutefois pas partout été mise au ban.
Mais qui aime la musique craint, car le nouveau régime pédagogique mis en place permet, au primaire et au secondaire, un choix entre diverses matières dont le contenu est artistique, et alors la discipline retenue pourra être les arts plastiques, l'art dramatique, la danse ou la musique. Et qui opère ce choix, ce ne sont ni ne seront pas les parents, ni les enfants, ni les pédagogues, mais les directions d'école. Avec pour résultat, comme le souligne Hélène Laliberté, vice-présidente de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec, la FAMEQ, qu'à Montréal seulement, dans les écoles de la francophone CSDM, on compte ainsi 43 écoles primaires et 14 écoles secondaires où n'est pas enseignée la musique.
Présence
Et n'entendions-nous pas dire comment la musique, son apprentissage, sa fréquentation et sa pratique, est un élément quasi essentiel du développement de l'enfant? Et ne voyons-nous pas, dans un tel contexte, se dessiner une bagarre, une guerre de lobbys, entre des pratiques soeurs, celles qui sont de nature artistique?
Mais l'art est toujours présent à l'école. Ce qui, on doit l'admettre, est un progrès, car les générations antérieures, celles d'un passé encore récent, n'avaient souvent reçu qu'une seule heure par semaine où la musique était présente, et une fois seulement, voire deux, dans un parcours scolaire qui menait pourtant jusqu'à l'obtention du baccalauréat.
Progrès, donc, mais cela serait toujours insuffisant pour les 2600 éducateurs dont le mandat est de former des jeunes dans un environnement où le mot «musique» est partout présent, la «génération Ipod» ayant surgi à une vitesse fulgurante.
De la place de la musique dans nos sociétés, on ne contestera pas. De la qualité de son enseignement, on pourra cependant discuter.
Rencontre
«La musique pour la vie: musique, persévérance et réussite», ce sera donc le mot d'ordre, le thème, en fait, que les musiciens se donnent pour leur congrès annuel qui les réunira à Montréal, du 19 au 21 novembre prochains. Et là, les ateliers se succéderont en rafale, décrivant des expériences, illustrant des méthodes, mais surtout permettant la mise en place de stratégies pour que leur enseignement ne soit pas une simple note dans le paysage scolaire.
Et on se racontera aussi les bons coups: ces orchestres qui rassemblent des jeunes, ces «années Tremblay» qui initient des jeunes à la musique d'ici ou ces «semaine du son» qui sont moins des hommages au bruit que des occasions d'ouvrir des oreilles. Et on parlera d'un enseignement de qualité, de celui qui permettrait à un jeune devenu mélomane de pouvoir, après un parcours d'une quinzaine d'années consacrées à l'étude, s'enorgueillir d'une véritable formation sans avoir eu à quitter son école de proximité afin de fréquenter un établissement de qualité. Car, dans le réseau, on compte aussi une école comme FACE, dont on souligne cette année un 35e anniversaire, ou Joseph-François-Perrault qui, elle, se félicite d'un 30e.
Et, au moment de cette rencontre de «profs», la musique vibrera. Cette musique dont plus d'un et d'une aimerait voir les sons doucement se répandre.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

