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Programmes scolaires - La musique, une fausse note à l'école ?

«La musique permet de prendre sa place en tant qu'individu parmi un ensemble»

Émilie Corriveau   14 novembre 2009  Éducation
Selon la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec, pour atteindre les exigences du programme, le temps d’enseignement de la musique au secondaire devrait être d’au moins cent heures par année.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Selon la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec, pour atteindre les exigences du programme, le temps d’enseignement de la musique au secondaire devrait être d’au moins cent heures par année.
Au Québec, depuis le renouveau pédagogique, l'enseignement de la musique au primaire et au secondaire est défini par le Programme de formation de l'école québécoise. Reconnu pour son important apport au développement de l'élève, l'enseignement de la musique est dispensé dans de nombreuses écoles de la province, mais il n'est toujours pas obligatoire. Si plusieurs se réjouissent de l'importance qu'occupent désormais les arts au sein du système scolaire, bon nombre de professionnels du milieu se questionnent quant à la place actuellement réservée à la musique.

Conçu comme un système dynamique dont la portée tient à la complémentarité et au croisement de ses éléments constitutifs, le programme de formation québécois repose sur le développement des compétences transversales et disciplinaires de l'élève et s'articule sur trois axes: instruire, qualifier et socialiser.

Dans cette perspective, le domaine des arts, qui comprend quatre programmes correspondant à autant de disciplines, soit l'art dramatique, les arts plastiques, la danse et la musique, contribue au développement de l'élève sur les plans affectif, cognitif, psychomoteur, social et culturel.

L'apport de la musique

De par leur nature, les arts sollicitent différentes formes d'intelligence. La musique, en permettant aux jeunes de développer certains talents particuliers, enrichit leur parcours scolaire. Ses effets sur le plan psychomoteur sont nombreux: elle permet l'amélioration de la souplesse et de l'agilité technique, tout en faisant appel à la discrimination visuelle et auditive. Sur le plan cognitif, elle fait appel à l'esprit d'observation, à la mémoire, à la créativité et à l'analyse de synthèse. Elle sollicite aussi l'affectivité des jeunes et contribue à développer leur sensibilité.

Selon Chantal Fournier, enseignante à la commission scolaire Val-des-Cerfs en Montérégie, il ne fait aucun doute que l'apprentissage de la musique enrichit le parcours scolaire de l'élève: «Ce qu'il faut saisir, c'est que la musique contribue beaucoup à la santé émotionnelle. Ça permet de développer l'esprit de groupe, différent de l'esprit sportif, l'écoute, la confiance et le sentiment d'accomplissement.»

Serge Filion, professeur de musique au premier cycle du secondaire à l'école Saint-Denys-Garneau, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, abonde dans le même sens: «La musique, ça permet à l'élève de prendre sa place en tant qu'individu parmi un ensemble et ça lui donne la chance de constater que son rôle est aussi important que celui du voisin. Ça lui donne confiance et ça lui permet de se développer. À l'adolescence, c'est quelque chose de très important.»

Trois compétences

Depuis le renouveau pédagogique, les enseignants doivent non seulement travailler l'interprétation de la musique avec leurs élèves, mais aussi la création et l'appréciation. La place accordée à chacune de ces compétences varie selon les cycles scolaires et l'âge des élèves.

Au primaire, les compétences dénommées «inventer» (qui devient «créer» au secondaire) et «interpréter» sont primordiales. Elles visent l'acquisition du langage et des principes propres à la musique et permettent le développement d'habiletés psychomotrices. Quant à la compétence «apprécier», elle favorise le développement de l'esprit critique et du sens esthétique.

«Je travaille avec plusieurs techniques. J'essaie de varier beaucoup mes façons d'enseigner et de toucher aux différents types d'intelligence le plus souvent possible, confie Mme Fournier. Par exemple, pour faciliter l'apprentissage des notes, je fais travailler les enfants de façon plus corporelle en les faisant sauter sur une portée géante ou en les faisant manipuler des objets qu'ils vont aller poser sur une portée au tableau.»

Au secondaire, l'interprétation d'oeuvres musicales occupe une place prépondérante lors des cours. Comme au primaire, les apprentissages relatifs à cette compétence ainsi qu'à la création ont pour objectif le développement d'habiletés psychomotrices et la maîtrise du langage et des règles propres à la musique. Au fur et à la mesure que l'élève consolide ses apprentissages, la compétence «appréciation» tend à devenir plus présente.

«Théoriquement, on est sensé faire

30 % de création, 40% d'interprétation et, le reste du temps, de l'appréciation. Dans la réalité, ce n'est pas vraiment le cas. On favorise souvent l'interprétation, puisque les jeunes ont surtout envie de jouer. Mais on réussit tout de même à intégrer la création et l'appréciation à travers tout ça», souligne M. Filion

Une question de choix

Si l'apport de la musique à l'école n'est plus à remettre en cause, la place qu'on lui réserve au sein du système scolaire québécois est toujours un peu floue. Le problème, c'est que le Programme de formation de l'école québécoise ne précise pas clairement les conditions d'enseignement de la musique à l'école. Ainsi, le temps d'enseignement consacré à la musique et la continuité disciplinaire varient d'un établissement à l'autre.

Selon le Régime pédagogique de l'éducation préscolaire, de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire, seulement deux des quatre disciplines artistiques doivent obligatoirement être enseignées au primaire et une seule de ces deux disciplines doit l'être tout au long des trois cycles. Au primaire, la continuité disciplinaire est remise entre les mains de la direction, de l'équipe de l'école et du conseil d'établissement. L'élève peut donc passer six années au sein de la même école sans toucher à la musique ou, encore, seulement de façon sporadique.

Au secondaire, la situation est similaire. Idéalement, tout au long de son parcours, l'élève devrait poursuivre sa formation artistique dans une seule discipline, qu'il choisit parmi celles offertes à son école, mais le renouveau pédagogique amplifie l'alternance entre les disciplines artistiques, car, au deuxième cycle, la continuité disciplinaire n'est pas formalisée dans le Régime pédagogique. Ainsi, certaines directions d'école permettent le changement de discipline artistique au deuxième cycle, voire chaque année de celui-ci.

Selon Serge Filon et plusieurs de ses collègues, cette prescription du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport est quelque peu problématique. Puisqu'il ne s'agit pas d'une obligation, l'élève peut décider d'opter pour un parcours discontinu. Ainsi, mal renseignés ou peu conscients de ce que cette décision implique, bon nombre d'élèves tendent à changer de discipline en troisième secondaire, favorisant la diversité au détriment de la continuité.

Chose importante, depuis le renouveau pédagogique, les élèves doivent absolument réussir leur cours d'art en quatrième secondaire pour obtenir leur diplôme d'études secondaires. Lorsqu'un élève a suivi un parcours artistique discontinu, il peut se retrouver en quatrième secondaire et suivre une formation musicale sans jamais avoir apprivoisé la musique auparavant, tout en ayant l'ambition d'acquérir le crédit nécessaire à l'obtention de son diplôme.

«Le problème, c'est qu'on se retrouve avec des groupes qui ne sont pas homogènes, et ça devient très difficile d'enseigner la matière qui devrait se retrouver dans un cours de quatrième secondaire. Ce n'est pas agréable non plus pour les élèves qui ont fait un cheminement continu et qui se retrouvent en fin de parcours avec d'autres qui n'ont pas suivi les mêmes cours qu'eux», explique l'enseignant au secondaire.

Plage horaire

Autre situation problématique: le temps alloué à l'enseignement de la musique. En 2005, le ministère a fait disparaître toute indication quant au temps d'enseignement minimal consacré aux arts au primaire, alors que, jusqu'à cette date, les instructions annuelles précisaient que le programme requérait un minimum de 60 minutes hebdomadaires au primaire pour chacune des deux disciplines artistiques et de 100 heures annuelles au secondaire.

Idéalement, selon la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec, pour atteindre les exigences du programme, le temps d'enseignement hebdomadaire de la musique devrait être de 60 à 120 minutes au primaire. Au secondaire, les élèves devraient suivre une formation d'au moins cent heures par année pour pouvoir s'approprier convenablement le contenu enseigné. Présentement, à partir de la troisième secondaire, seulement 50 heures sont prescrites.

«C'est un choix que la société a fait et qui se reflète nécessairement dans les comportements, soutient M. Filion. Un jeune qui voit qu'il a deux cours de musique sur 36 dans son horaire comprend assez vite que ce n'est pas la matière qui a le plus d'importance. En plus, il n'y a personne qui a vraiment du plaisir à pratiquer la musique dans ce contexte-là, parce qu'on n'a pas le temps de rien développer. Pour progresser en musique, il faut du temps et de la pratique. Alors, offrir aussi peu d'heures de cours, c'est une grosse épine dans le pied. Si on la laisse là, on va perdre le pied au complet, puis on va finir par boiter!»

***

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