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    Musicothérapie et éducation musicale adaptée - «On utilise la musique pour atteindre un but thérapeutique»

    Des professeurs adaptent leur enseignement pour des élèves handicapés

    14 novembre 2009 |Brigitte Saint-Pierre | Éducation
    Daphnée Rock-Ducharme fait partie du programme de musique de la musicothérapeute Linda Labbé, à l’école secondaire Joseph-Charbonneau.
    Photo: Linda Labbé Daphnée Rock-Ducharme fait partie du programme de musique de la musicothérapeute Linda Labbé, à l’école secondaire Joseph-Charbonneau.
    Des musicothérapeutes travaillent notamment auprès de jeunes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du développement envahissant, comme l'autisme. De leur côté, des professeurs de musique adaptent leur enseignement pour des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage.

    Le local de musicothérapie de l'école secondaire Joseph-Charbonneau, à Montréal, contient différents instruments de musique, dont certains ont été adaptés. Des élèves ayant une déficience motrice importante peuvent par exemple jouer de la timbale en appuyant sur un interrupteur.

    Musicothérapeute depuis plus de 20 ans à l'école secondaire Joseph-Charbonneau, Linda Labbé travaille auprès de jeunes âgés de 12 à 21 ans qui ont un handicap physique associé à une déficience intellectuelle moyenne ou profonde. «On utilise la musique pour atteindre un but thérapeutique», dit-elle. L'Association québécoise de musicothérapie définit celle-ci comme «un mode d'intervention qui utilise les composantes de la musique (rythme, mélodie, harmonie, style, etc.) afin d'améliorer ou de maintenir le bien-être physique et psychique de l'individu».

    Linda Labbé effectue au départ une évaluation des jeunes, pour déterminer leurs forces et leurs difficultés ainsi que les éléments qu'elle doit travailler avec chacun. Elle établit ainsi un plan d'intervention. Elle a recours à différentes techniques, par exemple l'improvisation musicale et le chant.

    «On utilise la musique pour que les jeunes puissent s'exprimer, dit-elle. On doit entrer en communication avec eux pour les amener dans un espace de création. C'est très important pour nous de dire: "Vous êtes tous capables de jouer d'un instrument. Vous êtes tous capables de vous exprimer et d'être des créateurs."»

    L'intervention se fait en groupe, mais avec une démarche individualisée. Si un jeune est déprimé, Mme Labbé cherche par exemple à le motiver et à susciter son intérêt. Avec d'autres élèves, elle tente plutôt de développer leur écoute ou encore de les aider à s'exprimer.

    Estime de soi

    Mme Labbé affirme que la musicothérapie peut accroître l'estime de soi des jeunes auprès de qui elle travaille, améliorer leur qualité de vie, développer leur capacité d'écoute et accroître leurs habiletés sociales. Elle indique que la musicothérapie permet également d'effectuer un travail sur le plan cognitif et en matière d'habiletés motrices.

    Elle a notamment dans son groupe de jeunes autistes. «On cherche à ouvrir une communication avec eux, à aller les chercher et à les amener à faire de la musique avec nous. On utilise un canal de communication par la musique.»

    Des musicothérapeutes peuvent également effectuer une intervention auprès de personnes qui ont des difficultés d'apprentissage ou des problèmes affectifs. Selon le cas, ils pourront travailler sur la concentration ou encore l'estime de soi. «On utilise la musique de manière à ce que les jeunes connaissent un succès», dit Mme Labbé. Les musicothérapeutes peuvent aussi effectuer un travail sur le langage ou la communication auprès de gens qui ont des problèmes à cet égard, par exemple en utilisant le chant.

    Adaptation scolaire

    Des professeurs de musique adaptent par ailleurs leur enseignement pour des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage. Il peut s'agir d'élèves inscrits dans des classes spéciales ou intégrés à des classes ordinaires. L'intervention privilégiée varie en fonction du profil de chaque élève.

    Valerie Peters, professeure adjointe à la faculté de musique de l'Université Laval et ancienne enseignante au secondaire, mentionne certaines méthodes d'enseignement qui peuvent être utilisées dans le contexte d'un cours de musique où sont intégrés des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage. Si un élève a un problème visuel, le professeur peut par exemple grossir la partition et la projeter à l'avant de la classe. Donner des indications visuelles est par ailleurs susceptible d'aider un élève qui a un problème auditif. Dans ce cas, l'enseignant peut aussi s'abstenir de bouger quand il parle, pour que l'élève voie bien ses lèvres et ses gestes. Un élève en difficulté d'apprentissage peut pour sa part avoir du mal à décoder une partition de musique. L'usage d'un séquenceur, soit un logiciel de musique qui présente les notes sous formes de barres de différentes couleurs et longueurs, pourrait aider cet élève.

    Mme Peters ajoute qu'une démarche qui fonctionne bien avec tous les élèves, y compris ceux qui ont des difficultés particulières, consiste à leur faire entendre les sons avant de leur demander de lire les notes. «On peut aussi bouger notre corps avec le rythme, au lieu de commencer par la lecture», dit-elle.

    Stratégie pédagogique

    Ariane Nantel, étudiante au doctorat en éducation musicale à la faculté de musique de l'Université Laval et suppléante en musique au primaire, indique pour sa part qu'on peut jumeler un élève en difficulté à un élève fort qui l'aidera à suivre. Elle mentionne qu'il est aussi opportun de placer un élève ayant un problème d'audition à l'avant de la classe pour qu'il entende mieux, quand cela est possible. Dans le cas par exemple d'un enfant trisomique, un enseignant peut décider de simplifier une tâche. «Si on apprend une chanson avec des instruments de percussion, on pourrait lui faire apprendre juste la chanson ou faire juste l'instrument de percussion. Donner quelque chose qui est à son niveau, mais sans l'exclure du groupe», dit l'étudiante inscrite au doctorat en éducation musicale et suppléante en musique au primaire.

    Mme Nantel croit toutefois qu'il peut être compliqué pour un enseignant de musique d'avoir un grand nombre d'élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage dans sa classe. «Quand vous commencez à avoir un problème, puis un autre, puis un autre, qui ne sont pas souvent du même type, dans une même classe, ça devient extrêmement difficile pour un enseignant de s'adapter», dit-elle. Mme Nantel ajoute que les ressources peuvent varier selon les écoles. Des techniciens en éducation spécialisée accompagnent certains élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage dans des classes ordinaires.

    Mme Labbé déplore pour sa part le nombre restreint de musicothérapeutes pour les écoles. «Dans les écoles, on est une quinzaine dans tout le Québec», dit-elle, précisant que la plupart d'entre eux travaillent dans des écoles spéciales.

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    Collaboratrice du Devoir












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