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Formation - Long est le parcours du futur pédagogue

« De véritables musiciens communiquent une âme, un sentiment, une compréhension émotive et intellectuelle »

Catherine Lalonde   14 novembre 2009  Éducation
«Le conservatoire [de musique de Montréal] a pour tradition musicale de former l’excellence. Les musiciens qui en sortent jouent de haut niveau, enseignent de haut niveau, font de la musique de haut niveau», dit Manon Lafrance, qui y enseigne la trompette depuis 12 ans.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
«Le conservatoire [de musique de Montréal] a pour tradition musicale de former l’excellence. Les musiciens qui en sortent jouent de haut niveau, enseignent de haut niveau, font de la musique de haut niveau», dit Manon Lafrance, qui y enseigne la trompette depuis 12 ans.
Enseigner la musique devient une vocation. Les cours souffrent désormais de la concurrence des classes d'anglais, d'éducation physique et des autres disciplines artistiques. Pour devenir professeur de musique au Québec, auprès des petits du primaire ou des futurs solistes, passion, patience et rigueur sont plus que jamais nécessaires.

«Tout le monde s'entend pour dire que la formation d'un musicien est longue et exigeante.» Yvaine Gagnon, après avoir été professeure de musique pendant 25 ans au primaire, est chargée d'enseignement à la faculté de musique de l'Université Laval. «La formation d'un pédagogue est encore plus poussée, très rigoureuse: les étudiants ont d'autres compétences à développer. Ils doivent gérer des classes, aider les élèves en difficulté, être à l'aise avec les technologies, avoir une bonne qualité de langue parlée, etc.»

À la faculté, un étudiant, son DEC de musique en poche, peut s'engager pour les quatre ans et les 120 crédits qu'exige le baccalauréat spécialisé en enseignement de la musique. La moitié de la formation est réservée à la pédagogie, l'autre, à la formation du musicien. Aux répétitions, aux classes de didactique, d'eutonie et de rythmique s'ajoutent pas moins de 900 heures de stage en contexte scolaire, au primaire comme au secondaire. «Le dernier stage de 15 semaines est presque un internat, précise Mme Gagnon. Les étudiants apprennent à amorcer une année scolaire avec un enseignant, jusqu'à Noël.»

Laval

La faculté de musique de l'Université Laval est le plus vieil établissement d'enseignement de la musique en français en Amérique du Nord. Fondée en 1922, elle offre une formation large dont le doyen, Paul Cadrin, est particulièrement fier. «On est un des rares établissements dans le monde francophone à offrir le doctorat en éducation musicale, ce qui nous attire plusieurs étudiants étrangers. On a des programmes en composition, aussi, en musicologie, avec des options de musique classique, de jazz ou de musique populaire, qui sont autant valorisées. Tout ça, du baccalauréat jusqu'au doctorat. Un batteur de jazz a sa place ici: il peut faire son bac en enseignement musical, avec la batterie pour instrument principal. Beaucoup de nos étudiants choisissent un double bac, en instrument et en enseignement.»

Une double passion est alors nécessaire. En plus d'avoir l'initiative et l'autonomie nécessaires pour valoriser son travail dans un milieu scolaire qui favorise de moins en moins les arts. «Il ne faut pas se décourager si on pense qu'on est trop vieux pour commencer ou qu'on n'a pas l'oreille musicale, poursuit M. Cadrin. Dans le monde de la musique, on a tendance à penser qu'il faut jouer plus vite que son ombre. C'est farfelu. La majorité des musiciens qui font carrière et qui rendent de précieux services à la vie musicale ne sont pas des virtuoses. Ce sont de véritables musiciens, qui communiquent une âme, un sentiment, une compréhension émotive et intellectuelle de la musique.»

Conservatoire

Autre son de cloche au Conservatoire de musique de Montréal, où Manon Lafrance enseigne la trompette depuis 12 ans. «L'élément principal pour devenir professeur au conservatoire, c'est d'être un instrumentiste accompli, un musicien qui excelle dans son art. Il faut avoir une renommée et être reconnu par ses pairs. Le prestige est primordial. Le conservatoire forme les musiciens professionnels d'aujourd'hui et du futur, et ce, depuis 60 ans.» Mme Lafrance est passée par là: Orchestre symphonique de Montréal à 17 ans, tournées, enregistrements multiples. Elle continue son parcours d'instrumentiste de haut vol. «C'est essentiel pour mes élèves. Ça leur donne un exemple. Et je sais exactement ce qu'ils vivent.»

La pédagogie n'est donc pas un préréquis pour enseigner au conservatoire. Manon Lafrance admet avoir traversé une période d'adaptation au début de son enseignement. «Mais je savais très bien ce qu'il faut à un musicien pour qu'il y arrive. Il n'y a pas de secrets! Il faut faire des études sérieuses dans des établissements sérieux, avec passion, mettre beaucoup de temps de pratique et suivre les conseils des sages. C'est la seule façon. C'est sûr que l'expérience d'enseignement aide. Mes exigences n'ont pas changé, mais j'ai maintenant beaucoup plus d'outils pour transmettre la matière.»

Elle-même a commencé ses études au conservatoire à l'âge de 13 ans, suivant les conseils de son professeur de musique de l'école publique. Car le conservatoire forme des élèves âgés de 13 à 27 ans, comme instrumentistes, et les mène aux portes du marché du travail. «Le conservatoire a pour tradition musicale de former l'excellence. Les musiciens qui en sortent jouent de haut niveau, enseignent de haut niveau, font de la musique de haut niveau.»

Que ce soit au conservatoire ou à l'Université Laval, tous déplorent le recul de la musique dans l'enseignement public. «De toutes les activités humaines, rappelle Paul Cadrin, doyen de la faculté de musique de l'Université Laval, la musique est une des seules qui permettent de se retrouver en société avec des objectifs, une émulation et un désir d'excellence, mais sans compétition, à l'inverse des sports, où des jeunes moins doués peuvent se sentir rejetés. En musique, la participation à l'effort collectif est valorisée.»

***

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