Du secondaire au collégial - Musique interrompue
Aux dires de Marcel Benoit, coordonnateur du département de musique du Cégep de Drummondville, les programmes sont désaccordés et le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS) continue de faire la sourde oreille. Des enseignants des deux côtés de la clôture entendent bien offrir aux élèves les moyens de se préparer à leur entrée au collège. C'est l'un des enjeux qui seront débattus au congrès de la Fédération des associations des musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ), les 19, 20 et 21 novembre prochains.
«Il y a une véritable rupture entre les programmes du secondaire et du collégial», déplore Marcel Benoit. Selon lui, les programmes musicaux de niveau secondaire ne visent pas à préparer la poursuite des études en musique au collégial, mais plutôt à offrir une culture de base musicale, à faire connaître la musique, voire à en consommer. Il avance que, malgré le fait que certaines écoles offrent des concentrations en musique, règle générale, les programmes musicaux du secondaire ne sont pas offerts en continuité avec ceux du collégial. «On ne sait pas ce qui ce passe en classe, on ne connaît pas leur méthode d'évaluation, on ne sait pas quelles techniques sont enseignées...», continue-t-il.
Le MELS, lui, ne semble pas trop s'en formaliser. «Le ministère semble dire que nous avons tout en main pour offrir une bonne formation aux élèves; le programme du secondaire est là pour rester», affirme Marcel Benoit. Selon lui, l'entrée en scène de la réforme n'a fait que préciser une problématique déjà présente. «Auparavant, le programme était plus précis sur les connaissances à acquérir, il y avait un certain devoir de continuité, alors que maintenant le programme est flou en matière de compétences à atteindre», estime-t-il.
D'après Marcel Benoit, la mission des collèges est soit de préparer les étudiants au marché du travail, soit de les préparer à l'université. «Mais l'étudiant qui n'a pas eu la chance de jouir d'un enrichissement musical privé au secondaire arrive mal outillé, et c'est au collège d'assurer le rattrapage et la mise à niveau, de combler les lacunes. On y arrive difficilement à cause d'un manque de ressources et de temps», martèle-t-il. Ce sont, selon lui, près de 1050 élèves, chaque année, qui en souffrent.
Les programmes musicaux du secondaire sont souvent dilués à travers d'autres formes d'art, tel le théâtre, par exemple. Une partie plus théorique de l'apprentissage musical est donc nécessairement mise de côté. «Les élèves ne connaissent pas la matière théorique et scientifique de la musique, l'aspect cérébral», lance Marcel Benoit. Selon lui, ces côtés essentiels de l'apprentissage de la musique sont souvent relégués aux oubliettes pour des raisons d'intérêt. «Comme les enseignants doivent intéresser toute une classe, la partie théorique est souvent manquante, car elle est moins intéressante pour les élèves», pense-t-il. La culture de l'oreille, soit le solfège et la dictée, est aussi laissée pour compte en classe régulière. «Par contre, lors des auditions, les élèves du secondaire se montrent très doués pour l'instrument en tant que tel», se console le coordonnateur. Il décrit d'ailleurs ces élèves comme des jeunes motivés et créatifs, mais aussi peu réalistes à propos de l'importance du travail qu'exigent des études en musique.
Pour prévenir les élèves du secondaire au sujet des réalités de l'enseignement collégial, certains collèges distribuent des dépliants dans lesquels sont spécifiés les programmes de formation pour chaque instrument, les répertoires utiles à apprendre, les meilleures techniques d'apprentissage, etc. «De plus, un comité d'enseignantes et d'enseignants a produit, il y a une dizaine d'années, un document de référence qui décrit les connaissances de base à acquérir pour l'entrée au collégial. Celui-ci permet à l'élève du secondaire de savoir à quoi s'attendre», pense Marcel Benoit.
Par ailleurs, certains enseignants du secondaire, qui ont à coeur de voir leurs élèves poursuivre au collégial en musique, prennent sur leurs épaules la tâche de leur fournir une formation plus poussée, et ce, bénévolement. «Il arrive que des enseignants prennent sous leurs ailes certains élèves en leur donnant des cours privés», remarque Marcel Benoit. Ce dernier estime d'ailleurs que les élèves ayant suivi des cours musicaux privés sont déjà mieux préparés au collégial.
Par le biais de son congrès, la FAMEQ souhaite favoriser les échanges entre enseignants du secondaire et du collégial. «Cependant, plusieurs mouvements de connaissances réciproques sont déjà en place, le congrès en est simplement la première démonstration officielle. Il y a déjà des relations formées sur le terrain. Par exemple, des collèges entretiennent des liens avec des écoles secondaires et participent à des échanges d'étudiants lors de concerts. Ces échanges permettent d'offrir ce qu'il y a de mieux aux élèves», conclut Marcel Benoit.
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Collaborateur du Devoir
«Il y a une véritable rupture entre les programmes du secondaire et du collégial», déplore Marcel Benoit. Selon lui, les programmes musicaux de niveau secondaire ne visent pas à préparer la poursuite des études en musique au collégial, mais plutôt à offrir une culture de base musicale, à faire connaître la musique, voire à en consommer. Il avance que, malgré le fait que certaines écoles offrent des concentrations en musique, règle générale, les programmes musicaux du secondaire ne sont pas offerts en continuité avec ceux du collégial. «On ne sait pas ce qui ce passe en classe, on ne connaît pas leur méthode d'évaluation, on ne sait pas quelles techniques sont enseignées...», continue-t-il.
Le MELS, lui, ne semble pas trop s'en formaliser. «Le ministère semble dire que nous avons tout en main pour offrir une bonne formation aux élèves; le programme du secondaire est là pour rester», affirme Marcel Benoit. Selon lui, l'entrée en scène de la réforme n'a fait que préciser une problématique déjà présente. «Auparavant, le programme était plus précis sur les connaissances à acquérir, il y avait un certain devoir de continuité, alors que maintenant le programme est flou en matière de compétences à atteindre», estime-t-il.
D'après Marcel Benoit, la mission des collèges est soit de préparer les étudiants au marché du travail, soit de les préparer à l'université. «Mais l'étudiant qui n'a pas eu la chance de jouir d'un enrichissement musical privé au secondaire arrive mal outillé, et c'est au collège d'assurer le rattrapage et la mise à niveau, de combler les lacunes. On y arrive difficilement à cause d'un manque de ressources et de temps», martèle-t-il. Ce sont, selon lui, près de 1050 élèves, chaque année, qui en souffrent.
Les programmes musicaux du secondaire sont souvent dilués à travers d'autres formes d'art, tel le théâtre, par exemple. Une partie plus théorique de l'apprentissage musical est donc nécessairement mise de côté. «Les élèves ne connaissent pas la matière théorique et scientifique de la musique, l'aspect cérébral», lance Marcel Benoit. Selon lui, ces côtés essentiels de l'apprentissage de la musique sont souvent relégués aux oubliettes pour des raisons d'intérêt. «Comme les enseignants doivent intéresser toute une classe, la partie théorique est souvent manquante, car elle est moins intéressante pour les élèves», pense-t-il. La culture de l'oreille, soit le solfège et la dictée, est aussi laissée pour compte en classe régulière. «Par contre, lors des auditions, les élèves du secondaire se montrent très doués pour l'instrument en tant que tel», se console le coordonnateur. Il décrit d'ailleurs ces élèves comme des jeunes motivés et créatifs, mais aussi peu réalistes à propos de l'importance du travail qu'exigent des études en musique.
Pour prévenir les élèves du secondaire au sujet des réalités de l'enseignement collégial, certains collèges distribuent des dépliants dans lesquels sont spécifiés les programmes de formation pour chaque instrument, les répertoires utiles à apprendre, les meilleures techniques d'apprentissage, etc. «De plus, un comité d'enseignantes et d'enseignants a produit, il y a une dizaine d'années, un document de référence qui décrit les connaissances de base à acquérir pour l'entrée au collégial. Celui-ci permet à l'élève du secondaire de savoir à quoi s'attendre», pense Marcel Benoit.
Par ailleurs, certains enseignants du secondaire, qui ont à coeur de voir leurs élèves poursuivre au collégial en musique, prennent sur leurs épaules la tâche de leur fournir une formation plus poussée, et ce, bénévolement. «Il arrive que des enseignants prennent sous leurs ailes certains élèves en leur donnant des cours privés», remarque Marcel Benoit. Ce dernier estime d'ailleurs que les élèves ayant suivi des cours musicaux privés sont déjà mieux préparés au collégial.
Par le biais de son congrès, la FAMEQ souhaite favoriser les échanges entre enseignants du secondaire et du collégial. «Cependant, plusieurs mouvements de connaissances réciproques sont déjà en place, le congrès en est simplement la première démonstration officielle. Il y a déjà des relations formées sur le terrain. Par exemple, des collèges entretiennent des liens avec des écoles secondaires et participent à des échanges d'étudiants lors de concerts. Ces échanges permettent d'offrir ce qu'il y a de mieux aux élèves», conclut Marcel Benoit.
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