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Réussite au collégial - La main tendue

Marie-Andrée Chouinard   6 novembre 2009  Éducation
La moitié des élèves du secondaire qui ont profité de l'accès facilité au collège ont quitté les bancs du cégep une session après y avoir mis les pieds. On a tendu une main rassurante aux potentiels décrocheurs pour ensuite les laisser platement tomber, négligeant un encadrement nécessaire.

C'était écrit dans le ciel: comme le révélait hier Le Devoir, plus de la moitié des étudiants admis au cégep en 2008 sans diplôme d'études secondaires (DES) ont échoué ou abandonné une session après leur entrée. Incapable de déployer des structures d'encadrement essentielles, Québec a donné la «chance au coureur» pour le laisser ensuite s'essouffler sans aide.

Le tour d'horizon du Devoir démontre que quelque 55 % de ces élèves sans diplôme admis au cégep sous réserve de compléter leur cours secondaire en même temps qu'une première session collégiale se sont découragés. Des données non officielles, diront certains, soupçonneux. Eh bien, il ne pouvait pas en être autrement! Plus d'un an après l'entrée en vigueur de ces nouvelles règles d'admission, aucun portrait autorisé n'existe encore. Il s'agit là, hélas, d'un «mauvais pli» dont le réseau de l'éducation n'arrive pas à se défaire: l'incapacité à veiller à la bonne mise en oeuvre de réformes pourtant défendues avec l'énergie du désespoir.

Bien sûr, les tenants de l'accessibilité élargie au collège pourront soupirer d'aise. En effet, cette entrée conditionnelle au cégep dévoile une forme de réussite, sous l'angle du verre rempli d'espoir et non de vide: 45 % de ces étudiants sous surveillance, à qui on a demandé de combiner la fin du secondaire et le début de l'expérience collégiale, ont réussi le pari. Autant de décrocheurs potentiels qui n'auraient peut-être jamais mis le nez au cégep.

Mais la victoire n'est pas grandiose. À côté de ces rescapés — pour combien de temps? —, il y a une majorité de perdants, qui se sentent doublement décrocheurs. L'expérience relatée par certains cégeps le démontre clairement: le fait de suivre en parallèle une formation au secondaire et au collégial a constitué un obstacle insurmontable pour plusieurs, incapables de fréquenter deux lieux, de combiner deux horaires, deux régimes d'études. Évidemment!

Dans un avis — favorable — à cette réforme, le Conseil supérieur de l'éducation avait pourtant insisté sur l'importance de bien doser la charge de travail de l'étudiant et de surveiller la question du lieu d'étude. À Alma, où commission scolaire et cégep sont dans le même bâtiment, cette admission conditionnelle a constitué un succès, plus qu'ailleurs. Le directeur d'études le souligne toutefois avec justesse: cette «opportunité en or» peut se transformer en «échec» si l'encadrement n'est pas au rendez-vous.

Ces réformes à courte vue, imaginées pour contrer le décrochage scolaire, ne sont pas colorées de la bienveillance qu'elles affichent en façade. Une fois lancés dans l'arène collégiale, les étudiants n'ont pas l'encadrement de luxe que leur condition précaire appelle. Les cégeps, qui composent déjà avec une clientèle en difficulté sans cesse croissante, n'ont pas les moyens suffisants pour chaperonner ces candidats de la dernière chance.

Tout cela sent, des lieues à la ronde, la maladie des statistiques. L'obsession de la quantité au détriment de la qualité. Les décrocheurs sont moins nombreux au secondaire, les admis au collège augmentent, alléluia! Derrière cette magie des nombres se trouve un double échec: celui de centaines d'élèves à qui on a fait miroiter une possible réussite; et celui d'un système obsédé par les cibles.
 
 
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  • cpoulin - Inscrit
    6 novembre 2009 08 h 51
    Des motifs par totalement désintéressés
    Cette décision d'ouvrir les portes des cégeps à des élèves n'ayant pas réussi leurs études secondaires vue d'un stricte point de vue pédagogique était une grave erreur, voire une aberration. Tout laisse croire que cette décision a été prise pour des raisons qui n'avaient pas grande chose à voir avec « le bien de l'étudiant ». Rappelons que le financement des programmes dans les cégeps comme dans les universités est étroitement lié au nombre d'étudiants. Que la clientèle collégiale est en baisse. Que l'aide à l'apprentissage des étudiants en difficulté à leur entrée précoce au cégep bénéficie de programmes de financement spéciaux. Il en est de même pour les cours qu'ils n'ont pas réussis et qu'ils vont reprendre dans les programmes secondaires pour adultes (autre source financement, mais cette fois pour les commissions scolaires). Comme on peut le voir les gestionnaires, les professionnels de tous ordre et les enseignants ont tout intérêt à ce que la population de leur cégep ne diminue pas. Ces réalités ne doivent pas nous échapper. Cette décision prise comme tant d'autres sous le prétexte que l'on veuille augmenter le taux de diplômés est un leurre, N'est-il pas temps, dans l'intérêt public comme de celui des étudiants, d'examiner sérieusement cette procédure scolaire au rouage grinçant. Et qui est pratiquée au niveau de l'enseignement supérieur. Elle a des motifs qui finalement n'ont souvent rien à voir avec « le bien de l'étudiant. Elle a aussi un prix qui n'est pas que financier! Claude Poulin Québec/Sillery
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  • richardle - Abonné
    6 novembre 2009 09 h 18
    Un oubli
    À la fin de ma dernière année d'enseignement (deux ans) nos deux directeurs qui se partageaient la responsabilité du niveau (cinquième secondaire) nous ont vertement reprochés de leur avoir occasionné du travail supplémentaire en accordant des notes de 57/58/59% à des élèves qui au total avaient échoué leur ANNÉE (quatre étapes / 9 examens + travaux): ils avaient passé une demie journée à remonter les notes de ces pauvres enfants afin de leur permettre de passer... sur les fesses. Bien sûr, plusieurs se sont retrouvés au CEGEP et ont eu le résultat attendus: échecs sur échecs sur échecs. Ces jeunes apparaîssent-ils dans la bonne colonne de la ccomptabilité du Ministère?
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  • François Dugal - Abonné
    6 novembre 2009 09 h 39
    La fin des haricots
    Ces entourloupades pour contourner la problématique du décrochage ne sont qu'un écran de fumée qui tente de masquer une médiocrité envahissante. Ô que je suis content d'être maintenant à la retraite.
    François Dugal, professeur retraité du collégial
    2850 Neuville,
    Brossard, Qc
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  • Lucie Godard - Abonné
    6 novembre 2009 10 h 46
    Problème d'arrimage entre le secondaire et le Cegep
    Il me semble y avoir un problème d'arrimage entre le secondaire et le Cégep. À titre d'exemple, je vous cite le cas de mon fils qui est présentement en accueil intégration dans un Cégep parce qu'il n'a pas réussi l'examen de MATHS 526 exigé par le programme qu'il a choisi. Or après avoir fait de nombreuses démarches dans les écoles secondaires publiques, secteur jeunes et secteur adultes, le seul endroit où il a pu inscrire ce cours en concomitance avec ses cours du collégial, c'est le samedi à l'École Secondaire Duval, une école privée qui charge 60$ par cours X 18 cours. Nous sommes loin de la démocratisation de l'accès à l'éducation qui offre les mêmes chances à tous. Il est urgent de réviser l'offre de cours du soir ou du samedi aux adultes dans les écoles secondaires publiques pour aider tous ces jeunes en transition entre deux ordres d'enseignement.
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  • Michel Chayer - Inscrit
    6 novembre 2009 11 h 43
    La pédagogie de Gilbert Rozon @ François Dugal
    @ François Dugal

    Si j'étais dans vos bottines, j'aurais sans nul doute formulé la même réflexion que la vôtre.

    J'ai trois adolescents à la maison qui fréquentent une polyvalente en milieu rural.

    Va pour la fille, qui est dans un groupe enrichi et qui vaque à ses travaux scolaires toute seule dans son coin avec d'excellents résultats. Remarquez qu'elle ne sort absolument pas des sentiers battus, de sorte que lorsque le travail qu'elle avait à faire est terminé pour elle le sujet est clos : ne lui parlez plus ni d'éruption volcanique ou d'empire romain, elle n'en a rien à branler malgré la note de 90% qu'elle reçoit généralement. Je me demande tout de même si ce singe savant que l'on forme sera en mesure de développer une opinion personnelle au moment de déposer une thèse...

    Pour mes garçons, c'est différent : je voudrais bien les aider tant en français, en science et en mathématique, mais pour cela il faudrait qu'ils aient des devoirs à faire à la maison, ce qui n'est jamais le cas hormis deux ou trois fois durant la session. Ils écrivent comme des pieds, ils ont de la difficulté avec l'algèbre -ils n'ont même pas encore vu une équation au second degré-, n'entendent rien ni en chimie ni en physique... Et malgré cela, leurs bulletins scolaires révèlent des notes que je qualifierais de jovialiste...

    Et mon plus jeune -un costaud hilare-, pour qui l'école est une partie de pure plaisir, a même reçu l'an passé à la fin de l'année une mention d'honneur en raison de l'effort qu'il avait consenti à fournir en classe... Il a treize ans, et je vous jure qu'il rigolait ferme lorsqu'il m'a présenté ce bout de papier, en me lançant un « mais, c'est une bande de cons, je n'ai rien foutu de l'année... »

    Probablement que Gilbert Rozon, lui qui a des entrées chez les ministres, a réussi à s'immiscer au ministère de l'Éducation (sic) sans que personne ne le sache.
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  • Fernande Trottier - Abonnée
    7 novembre 2009 23 h 04
    Cégep...
    Qui sont-ils ces pelleteux de nuage qui croient que des ados sans DES, donc qui n'ont pas terminé leur secondaire, seront en mesure d'intégrer le Cégep et de réussir, pour se diriger ensuite vers l'Université. Depuis le temps qu'on nivelle par le bas, ce n'est pas étonnant qu'on ne sache pas lire, écrire, ni compter mais il y a des calculatrices.. seront-ils capables d'apprendre un métier ? Pas fort! pas fort! f.t.
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