Histoire - Cette Trois-Rivières un peu rouge
À retenir
- NOUVELLES PAGES TRIFLUVIENNES
- Sous la direction de Jean Roy et Lucia Ferretti
- Septentrion
- Québec, 2009, 348 pages
Il faut de l'imagination pour parfois trouver rouge Trois-Rivières, dont nous célébrons cette année le 375e anniversaire de fondation. Ne fut-elle pas la citadelle de Mgr Louis-François Laflèche, son évêque de 1870 à 1898, l'un des chefs les plus conservateurs de l'Église du Québec, et le fief électoral de Maurice Duplessis de 1927 à 1959? Mais ce fut aussi la ville des Soirs rouges (1947), l'étonnant recueil de poèmes de Clément Marchand...
La photo de Duplessis à l'âge d'environ 15 ans et celle de la statue de Mgr Laflèche ornent, comme il se doit, Nouvelles pages trifluviennes, recueil d'articles solides publié sous la direction de Jean Roy et de Lucia Ferretti. Le titre est un clin d'oeil aux mânes de l'incontournable Albert Tessier, le créateur, en marge du tricentenaire de la ville (1634-1934), de la collection « Les pages trifluviennes » et le mentor de Marchand, dont il facilita l'accès à la tête de l'hebdomadaire local Le Bien public.
Prêtre, historien, cinéaste, homme de traditions, Tessier « aura, selon Lionel Groulx qui appartenait à la même famille d'esprits, plus fait, pour la Mauricie, que tous les barrages et toutes les usines ». Pourquoi en rire? Il faut reconnaître, sans sourire narquois, que Maude Roux-Pratte, qui a collaboré avec 13 autres à Nouvelles pages trifluviennes, a raison de redonner de l'importance à Tessier.
Mais à Trois-Rivières, où la petite minorité anglophone jouissait, du moins au début du XXe siècle, « d'une position sociale et de ressources nettement supérieures à la moyenne », comme le signale l'ouvrage avec pertinence, Marchand, sur qui l'on aurait pu mettre davantage l'accent, renonça au conformisme. Le poète écrivit: « Chaque génération se doit de récuser la précédente, si elle ne tient pas à l'imiter. »
La phrase a du poids, surtout à Trois-Rivières, longtemps repliée sur le passé. L'un des collaborateurs du livre, François Bisson, nous apprend que, dans les années 20, le Bureau de placement provincial, fruit de la timide politique interventionniste du gouvernement libéral de Lomer Gouin, y avait moins de succès que dans les autres villes importantes du Québec.
Il s'agissait, notamment à la Wabasso Cotton, d'un milieu ouvrier soumis au capitalisme primaire et dur. Dans Les Soirs rouges (écrits entre 1930 et 1939), Marchand évoque la condition de ces gagne-petit: « Chaque jour, aux doigts crocheteurs des machines, / Ils laissent un lambeau palpitant de leur coeur. »
Loin du ruralisme, doctrine d'une Mauricie fermée à l'avenir, le poète accueille la modernité urbaine sous son aspect concret, quotidien: « Je vivrai de la vie amère des cités / Où s'élaborent les nouvelles certitudes... » C'est la plus belle leçon que Trois-Rivières, jadis l'un des trois « gouvernements » de la partie laurentienne de la Nouvelle-France avec Québec et Montréal, devrait nous donner.
Collaborateur du Devoir
La photo de Duplessis à l'âge d'environ 15 ans et celle de la statue de Mgr Laflèche ornent, comme il se doit, Nouvelles pages trifluviennes, recueil d'articles solides publié sous la direction de Jean Roy et de Lucia Ferretti. Le titre est un clin d'oeil aux mânes de l'incontournable Albert Tessier, le créateur, en marge du tricentenaire de la ville (1634-1934), de la collection « Les pages trifluviennes » et le mentor de Marchand, dont il facilita l'accès à la tête de l'hebdomadaire local Le Bien public.
Prêtre, historien, cinéaste, homme de traditions, Tessier « aura, selon Lionel Groulx qui appartenait à la même famille d'esprits, plus fait, pour la Mauricie, que tous les barrages et toutes les usines ». Pourquoi en rire? Il faut reconnaître, sans sourire narquois, que Maude Roux-Pratte, qui a collaboré avec 13 autres à Nouvelles pages trifluviennes, a raison de redonner de l'importance à Tessier.
Mais à Trois-Rivières, où la petite minorité anglophone jouissait, du moins au début du XXe siècle, « d'une position sociale et de ressources nettement supérieures à la moyenne », comme le signale l'ouvrage avec pertinence, Marchand, sur qui l'on aurait pu mettre davantage l'accent, renonça au conformisme. Le poète écrivit: « Chaque génération se doit de récuser la précédente, si elle ne tient pas à l'imiter. »
La phrase a du poids, surtout à Trois-Rivières, longtemps repliée sur le passé. L'un des collaborateurs du livre, François Bisson, nous apprend que, dans les années 20, le Bureau de placement provincial, fruit de la timide politique interventionniste du gouvernement libéral de Lomer Gouin, y avait moins de succès que dans les autres villes importantes du Québec.
Il s'agissait, notamment à la Wabasso Cotton, d'un milieu ouvrier soumis au capitalisme primaire et dur. Dans Les Soirs rouges (écrits entre 1930 et 1939), Marchand évoque la condition de ces gagne-petit: « Chaque jour, aux doigts crocheteurs des machines, / Ils laissent un lambeau palpitant de leur coeur. »
Loin du ruralisme, doctrine d'une Mauricie fermée à l'avenir, le poète accueille la modernité urbaine sous son aspect concret, quotidien: « Je vivrai de la vie amère des cités / Où s'élaborent les nouvelles certitudes... » C'est la plus belle leçon que Trois-Rivières, jadis l'un des trois « gouvernements » de la partie laurentienne de la Nouvelle-France avec Québec et Montréal, devrait nous donner.
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