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Les cégeps débordent

Le manque de place force des établissements à fermer la porte sur des classes déjà pleines

Amélie Daoust-Boisvert   9 octobre 2009  Éducation
Photo : Agence France-Presse
«Le cégep refuse votre demande d'admission pour la session d'automne»: davantage d'étudiants ont reçu cette nouvelle cette année. De 13 500 en 2007, ils sont 17 500 exclus en 2009. À Montréal surtout, le manque de place force les cégeps à fermer la porte sur des classes déjà pleines.

A Montréal, les cégeps avaient très peu de marge de manoeuvre pour affronter l'abondant courrier du mois de mars, période d'admission. Plusieurs collèges ont atteint leur pleine capacité. Sur l'île seulement, 2000 demandes supplémentaires ont atterri sur les bureaux des registraires, qui en ont accepté 300 de moins qu'en 2008.

Certains programmes très populaires, comme les sciences infirmières, ont fermé leurs portes dès le premier tour dans la plupart des établissements. Combien d'étudiants ont été refusés par manque de place, et combien à cause d'un dossier scolaire trop faible? Ni la Fédération des cégeps ni le Service régional d'admission du Montréal métropolitain (SRAM) n'ont de réponse à fournir, bien qu'ils constatent le phénomène.

Laval connaît le même problème. Au cégep Montmorency, certains cours sont offerts dans des locaux préfabriqués. Même avec l'agrandissement prévu pour l'an prochain, le collège n'admettra pas davantage d'étudiants: la nouvelle aile servira à éliminer ces locaux temporaires et à agrandir les espaces communs comme la cafétéria, explique le responsable des communications de l'établissement, François Cauchy. « Il y a peut-être de la place ailleurs [au Québec], mais les Lavallois ne vont quand même pas aller au cégep à Chicoutimi », dit-il.

Les établissements membres du SRAM, qui regroupe 33 des 48 cégeps publics du Québec, ont réussi à faire un peu de place dans les classes après avoir reçu cette année 4,6 % de demandes de plus. Ils ont admis 1 % d'étudiants de plus qu'avant.

Dans toute la province, près de 3500 étudiants de plus ont présenté une demande d'admission dans un des 48 cégeps publics pour l'automne 2009. Incapables de répondre à la demande, ils ont affiché le même nombre d'offres d'admission que l'an passé, soit autour de 80 000 pour 97 000 intéressés.

Malgré tout, tempère Geneviève Lapointe du SRAM, « 94 % des étudiants qui sont passés à travers les trois tours d'admission ont fini par être admis. En 2008, ils étaient 96 % ».

C'est le ministère de l'Éducation qui décide du nombre d'étudiants que chaque cégep peut accueillir.

Si l'offre au collégial n'est pas élargie pour réagir à cette demande, c'est qu'elle est temporaire, répondent les cégeps. « Plus d'étudiants ont prolongé leur séjour au collégial avec la crise économique », constate Caroline Tessier, directrice des communications à la Fédération des cégeps. « Il y a une hausse même dans certaines régions ressources. Mais à partir de 2010, nous allons perdre 25 000 étudiants sur 10 ans si nous n'augmentons pas le taux de passage entre le secondaire et le collégial, qui est de 58 % », précise-t-elle. Une vision partagée par la plupart des établissements contactés par Le Devoir. La Fédération des enseignants et enseignants de cégep-CSQ estime que le réseau comptera 2000 professeurs en surplus dans les années à venir.

Hausse généralisée au postsecondaire

Pendant qu'on se bouscule aux portes des cégeps, les inscriptions à l'université ont bondi de 3,8 % en 2009. Les augmentations étaient de moins de 1 % par année depuis trois ans, selon la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), qui rendait ces chiffres publics hier.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D'abord, confirment tous les intervenants du collégial avec lesquels Le Devoir s'est entretenu, la courbe démographique atteint cette année son paroxysme en ce qui concerne les jeunes en âge de fréquenter les cégeps. Ensuite, la crise économique les a soit ramenés sur les bancs d'école, soit elle les y a gardés plus longtemps, et ce, tant au collégial qu'à l'université.

Les universités attribuent également leur succès au recrutement à l'étranger et à la création de nouveaux programmes.

La hausse des demandes est particulièrement forte dans les cégeps anglophones, qui ne peuvent accepter davantage d'étudiants. Environ 13 000 personnes les fréquentent. Aussi, si leur nombre d'inscrits est stable, Dawson, John Abbott et Vanier ont reçu de 8 à 12 % plus de demandes pour cet automne. Le collège Dawson a refusé pas moins de 4500 demandes.

Toutefois, précise l'établissement, la proportion de francophones, d'allophones et d'anglophones qui souhaitent y étudier est la même que par les années passées.

Certains cégeps en région peinent à attirer assez d'élèves pour conserver leurs programmes. C'est pourquoi Mario Beauchemin, le président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep-CSQ, doute que le réseau collégial ait atteint sa limite. Pour lui, hausser les limites d'admission des établissements de Montréal et de ses banlieues n'est pas une solution: « Il faut trouver des solutions en région pour y garder les jeunes », dit-il, plutôt que des les attirer vers Montréal et Québec.
 
 
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  • Bernard Gervais
    Abonné
    vendredi 9 octobre 2009 01h52
    Si le cégep francophone était obligatoire
    Si tous les cégeps de la région de Montréal attirent un plus grand nombre d'étudiants, il semble toutefois que ce sont d'abord des institutions comme Dawson et Vanier (anglophones) qui profitent le plus de cette situation.

    Si les immigrants devaient, comme au primaire et secondaire, faire leurs études collégiales en français, ce seraient alors, bien entendu, surtout les cegeps francophones qui en profiteraient le plus !

  • Simon Blais
    Inscrit
    vendredi 9 octobre 2009 06h34
    Les jeunes en région
    Pour que les jeunes restent dans leurs régions et évitent de se retrouver à Montréal ou à Québec, deux choses me semblent primordiales:

    1. De les aider dans leurs projets (artistique, entreprenarial, etc).

    2. De les aider à devenir propriétaires d'un terrain ou d'une maison.

  • Rodrigue Tremblay
    Inscrit
    vendredi 9 octobre 2009 07h21
    Beaucoup de faux immigrants parmi eux
    Beaucoup d'étudiants sont en fait des faux-immigrants. Ils se qualifient comme immigrants et une fois ici ils se mettent sur les prêts et bourses et étudient.
    Hélàs, les médias n'en parlent pas.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    vendredi 9 octobre 2009 09h54
    Pourquoi pas Chicoutimi?
    Ne devrait-on pas encourager (financièrement) les étudiants à aller étudier hors de leur région d'origine? Les Montréalais pourraient alors découvrir les régions et certains pourraient même s'y plaire (surtout après une rencontre agréable)! Et les anglophones de Montréal, une fois à Chicoutimi ou à Rimouski, pourraient finalement apprendre le français et voir qu'il n'y a pas que Toronto et Los Angeles dans le monde. Si on veut faire des Québécois une nation, il faut brasser un peu notre monde.

  • Dominic Hébert
    Inscrit
    vendredi 9 octobre 2009 10h43
    Les régions selon un cadre de Laval
    Remarquable. Je n'ai rien à dire de plus, tout est là, dans cette citation... Non mais, quand même ! Les gens de Laval vont quand même pas traverser les Laurentides pour aller se perdre dans le "Grand Nord". Ça fait dur... Des fois ça ferait du bien à certains de sortir un peu de Montréal:

    Même avec l'agrandissement prévu pour l'an prochain, le collège n'admettra pas davantage d'étudiants: la nouvelle aile servira à éliminer ces locaux temporaires et à agrandir les espaces communs comme la cafétéria, explique le responsable des communications de l'établissement, François Cauchy. «Il y a peut-être de la place ailleurs [au Québec], mais les Lavallois ne vont quand même pas aller au cégep à Chicoutimi», dit-il.

  • Joanie R.
    Inscrite
    vendredi 9 octobre 2009 12h29
    Les régions n'ont pas le choix, elles.
    Et pourquoi pas, aller à Chicoutimi?
    Les jeunes des régions ont de moins en moins de choix de Cégep (et aucun d'Université dans certaines régions), ils n'ont pas pas le choix, bien souvent, pour étudier dans le domaine qui leur plaint, d'aller en ville.
    Pourquoi les étudiants urbains ne pouraient pas, eux, se déplacer en région, peut-être est-ce que ça aiderait les régions, d'ailleurs.
    Le Cégep de la Gaspésie et des Îles (que j'ai fréquenté) menace de fermer ses portes à chaque année (il y a 2 pavillons en Gaspésie et 1 aux îles, regarder une carte, 3 pavillons, ce n'est pas beaucoup déjà vu la distance à parcourir) et s'il y avait de la promotion en ville pour ce genre de Cégep, peut-être que ça aiderait.
    On dit que les gens des régions ont l'esprit fermé parfois, pas seulement les gens des régions, je crois, ceux de la ville aussi, bien souvent, le sont encore plus envers les régions...

  • Hugo Drapeau
    Inscrit
    vendredi 9 octobre 2009 14h21
    On s'en fout d'éduquer les faux immigrants
    L'éducation est pour tous et toutes.

    Point à la ligne!

  • André/Andrés 71
    Inscrit
    vendredi 9 octobre 2009 16h31
    Montréal n'est pas le nombril du Québec
    C'est bien connu, les voyages forment la jeunesse!
    S'il y a de la place en région, pourquoi les cégépiens n'y démenageraient pas ?
    Si les cégeps anglophones débordent, pourquoi vivant au Québec, ces allophones anglophiles & anglophones ne deviendraient-ils pas francophiles & francophones?
    Si les valeurs québécoises donnent priorité au francais, pourquoi le MEQ n'obligerait-il pas tous les allophones (anglophones inclus) á faire leurs études collégiales en francais?
    Pourquoi les écoles privées anglophones, subventionnées a 60% par les deniers publics, ne devraient-elles pas modifier leur programme en donnant 60% de leurs cours en francais ?

    Retraité de l'éducation collégiale, ce ne sont pas les idées qui me manquent pour régler les problémes, mais il me semble que ce gouvernement "aux 2 mains sur le volant" a aussi les 2 pieds collés sur les freins de la créativité et de l'imagination.

    Arrëtez d'avoir peur de votre ombre et foncez de gräce !

    André Lacombe-Gosselin
    8 octobre 2009

  • Andres Larmat
    Inscrit
    vendredi 9 octobre 2009 17h46
    Les cégeps sont-ils préparés?
    Bonjour, je suis immigrant, j'ai 35 ans et je suis arrivée ici ça fait 10 mois, je suis administrateur financier de la université du Quindio où j'ai obtenu mes diplômes, en Colombie, cela c'est le chinois pour vous...même vous ne connaissez pas les institutions bancaires dans lesquelles j'ai travaillé. Néanmoins, à mon avis, le fait de chercher une formation post-secondaire donnera qualité à notre vie et en même temps a la province, cependant, je suis certain qu'un grand nombre d'immigrants veulent faire une mise au point sur leurs métiers, car le marché de l'emploi d'ici est très exigent avec nous, surtout quand tout le monde nous demande une expérience Canadienne, que personne veut donner!. On est donc dans un cercle vicieux. C'est ainsi qu'à peines on sorte de la francisation, on s'inscrit immédiatement au céqep ou mieux à l'université d'ici pour gagner certain "status" et combler "la pénurie de main d'oeuvre" qu'il y a au Québec. Tous ça pour vous laisser cette question: sera-t-il possible que les céqeps et les universités, et même la société québécoise ne soient pas préparés pour accueillir l'immigration tel quelle se déroule en ce moment? Il faudrait donc que les institutions intéressés (Cègeps, universités, écoles,cps, etc) fassent preuve d'une bonne gestion et pensent à trouver des solutions pleins du bon sens québécois avant de fermer leurs portes aux gens qui vraiment souhaitent réussir.

    Andres

  • Dominique Pelletier
    Inscrite
    vendredi 9 octobre 2009 18h07
    Les régions: une solution
    Voici quelques raisons supplémentaires de considérer «l'exil» au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour entreprendre des études collégiales: les quatre cégeps de la région (Collège d'Alma, Cégep de Saint-Félicien, Cégep de Jonquière et Cégep de Chicoutimi) font partie du Service régional de l'admission du Saguenay-Lac-Saint-Jean (www.srasl.qc.ca). Étant donné qu'un élève ne peut faire qu'une seule demande d'admission au premier tour dans un même service régional d'admission (SRAM, SRAQ, SRASL), pourquoi ne pas augmenter ses chances d'être accepté dans le programme qui nous intéresse en postulant également au SRASL? Ensemble, les 4 cégeps de la région offrent une carte de programmes diversifiée et très complète (réjouissez-vous: tous les quatre offrent le programme Soins infirmiers).

    De même, comme l'ont mentionné d'autres lecteurs, la vie «en région» permettrait aux jeunes métropolitains de briser leur zone de confiance et ferait certainement d'eux des êtres plus solides, plus fonceurs et plus dégourdis. Les qualités qui découlent de telles expériences sont généralement très recherchées des employeurs.

    En terminant, je souhaite réitérer l'importance que pourrait revêtir l'exode métropolitain pour les cégeps en région. Pour un cégep de petite taille, chaque étudiant compte. Avec l'augmentation du nombre d'étudiants, le montant des subventions augmente également. Ces subventions permettraient aux cégeps en région d'améliorer leurs services aux élèves, d'élargir leur carte de programmes et d'embaucher des ressources supplémentaires; autrement dit, de faire de ces cégeps des options de plus en plus intéressantes... et ainsi de suite. En voilà une, une solution au débordement des cégeps métropolitains.

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