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Écoles privées et publiques - La course folle

Marie-Andrée Chouinard   8 octobre 2009  Éducation
Comment expliquer le recalage spontané subi par le public au profit du privé lorsque vient le temps de choisir une école secondaire? Dans cette course à la performance, l'égalité des chances prend du plomb dans l'aile. Il est temps de jeter les bases d'un nouveau « contrat social ».

Parents et enfants errent ces jours-ci dans les couloirs des écoles secondaires à la recherche de la formation idéale. Ils se posent assurément cette question: « Où se cache la meilleure école? » Mais ont-ils songé à cette autre: « Si l'école du plus fort n'était pas toujours la meilleure? »

C'est une interrogation qui frappe dans le documentaire de Marie-Josée Cardinal, Les Enfants du palmarès, un film à voir, peu importe les convictions qui nous animent. La documentariste, elle, ne fait aucun mystère de son parti-pris: elle est contre cette « course folle à la sélection » dans laquelle on précipite nos enfants au moment de leur passage tourmenté du primaire vers le secondaire. Son fils Laurent, à qui elle dédie le film ainsi qu'à son père, feu Jean-Guy Cardinal, ex-ministre de l'Éducation, a beaucoup souffert d'avoir participé malgré lui à cette compétition qui fait « plus de perdants que de gagnants ».

La caméra suit quelques familles dans l'épreuve que constitue la sélection d'une école secondaire: portes ouvertes, discussions familiales, stress précédant l'examen, tension du test d'admission, angoisse de l'attente, euphorie ou déception suivant la réponse du collège convoité. Un spectacle dominé par quelques évidences: au secondaire, une « psychose du public » a gagné la population, encouragée par des palmarès inéquitables. Désormais, le réseau public est d'emblée écarté et devient l'option sur laquelle on se rabat si le privé n'élit pas « notre » candidat. Un non-choix, boudé d'entrée de jeu.

Force est de l'admettre, la psychose s'accentue avec le temps. Elle amenuise ce que le réseau d'éducation du Québec devrait protéger: l'égalité des chances. D'un côté, il y a des écoles privées marquées par le sceau de l'abondance. De l'autre se trouvent des écoles publiques démunies, incapables — ne serait-ce que sur le plan technique — de rivaliser avec leurs voisines de quartier.

Les parents, alléchés par le privé, sont séduits par un environnement stimulant, un encadrement rigoureux, la promesse que les élèves, presque tous sans difficulté, seront sans cesse poussés vers le haut. Qui peut les blâmer? Le public, victime du dénigrement social, récolte des mines penaudes, les rejetés du privé, ceux qui « n'ont pas le choix ».

Les détracteurs de l'école privée voudraient effacer cet écart en stoppant le soutien de l'État au privé. Hier, la Fédération autonome de l'enseignement a demandé à nouveau la fin de ce financement public. Le syndicat touche là un point sensible, un véritable malaise.

Mais les questions d'argent, si symboliques soient-elles, ne constituent pas l'aspect le plus préoccupant de cette cohabitation malsaine entre public et privé. Certains, comme le professeur Jean-Pierre Proulx, ont suggéré de retrouver l'« égalité » perdue en finançant le privé en échange d'une promesse de démocratisation: accès des élèves en difficulté, tirage au sort plutôt que sélection, bourses d'études aux familles moins nanties.

L'ancien président du Conseil supérieur de l'éducation propose en somme la signature d'un nouveau « contrat social » qui n'annonce ni la fin du réseau privé ni l'affaiblissement du réseau public, mais plutôt un voisinage sain installé sur des bases démocratiques. C'est une proposition qui mérite qu'on s'y attarde, avant que la psychose ne nous gagne tous.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    jeudi 8 octobre 2009 10h04
    Palmarès des écoles : le privé avantagé
    J'ai été content d'assister à cette première du film de Marie-Josée Cardinal, Les enfants du palmarès. Chaque année, le palmarès de l'Actualité m'apparaissait une erreur. Le public a tout contre lui : les premiers de classe au primaire se retrouvent en majorité au privé dès leur passage au secondaire. Et pis encore, les parents qui avaient vu trop grand pour leur enfant en le poussant malgré lui vers le privé déchantent lorsqu'ils voient leur rejeton rejeté, c'est le cas de le dire, pour atterrir au public où certains vivent heureusement une sorte de résilience, voyant enfin tomber l'énorme pression de performance qui parfois les rendait malades physiquement.

    La discussion qui a suivi le film a donné lieu à des échanges fort éclairants. Les points de vue extrêmes se côtoyaient, certains parents figurant dans le film tenant à justifier leur décision d'envoyer leur enfant au privé. Marie-Josée Cardinal a clairement réalisé un film engagé. On ne peut que l'en féliciter, le système québécois étant manifestement injuste envers le public qui doit assumer tous les enfants, quelles que soient leurs déficiences, et qui, en plus de manquer un peu de tout, est obligé d'accueillir les enfants rejetés par le public qui ne veut d'aucune manière voir des enfants à la traîne entacher son score au palmarès annuel. Il y a là une injustice criante que je félicite Marie-Josée Cardinal d'avoir courageusement dénoncée dans un film fort bien réalisé.

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 8 octobre 2009 15h21
    Monsieur Proulx le grand naïf
    « Certains, comme le professeur Jean-Pierre Proulx, ont suggéré de retrouver l'«égalité» perdue en finançant le privé en échange d'une promesse de démocratisation: accès des élèves en difficulté, tirage au sort plutôt que sélection, bourses d'études aux familles moins nanties », rapporte Madame Chouinard. Un grand naïf, ce Monsieur Proulx. Les institutions d'enseignement privé feront toutes les promesses du monde en échange de subventions, sachant fort bien que le gouvernement ne les obligera jamais à les tenir. Faut-il le rappeler, la grande majorité des élus de l'Assemblée nationale, eux-mêmes issus d'écoles privées, envoient leurs enfants dans ces institutions. L'élit, à qui trop font confiance, se renouvelle par ses écoles privées. La grandeur d'âme des libéraux de Jean Lesage est chose du passé.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Pierrot7
    Abonné
    jeudi 8 octobre 2009 18h44
    Le modèle ontarien.
    Pourquoi persister à faire l'autruche? Un jour ou l'autre, il faudra imiter l'Ontario et cesser de subventionner l'école privée. Il faudrait ensuite, comme l'a fait la province voisine, investir massivement dans l'école publique. C'est la seule façon de combler notre retard inacceptable en éducation.

  • Marie-Gabrielle Vallet
    Abonnée
    jeudi 8 octobre 2009 23h09
    Le modèle ontarien ?!
    Votre "province voisine", l'Ontario, a asphyxié l'enseignement privé, ce que certains voient comme un progrès. Mais elle a aussi accepté de composer avec 4 systèmes scolaires qui couvrent chacun tout ou partie de la province. Les enfants vont à l'école soit française soit anglaise d'une part, laïque ou confessionnelle d'autre part. Est-ce vraiment le modèle que vous envisagez pour le Québec ?
    M-G Vallet, Sudbury ON

  • Jean C. Lemieux
    Abonné
    jeudi 8 octobre 2009 23h17
    La meilleure solution
    Les parents ne sont pas fous. Dans les villes où le choix existe ceux qui sont le moindrement renseignés et soucieux de l'avenir de leurs enfants choisissent l'école privée parce qu'elle est meilleure point.
    L'école privée coûte moins cher, même quand on additionne les contributions de l'état et des parents (et même de Hydro-Québec; elle offre des projets éducatifs valables, un meilleur encadrement et des chances de réussites bien meilleures que l'école publique.
    Que veut-on de plus! Notre société doit acheter la meilleure solution: il faut privatiser toutes les écoles.

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