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Réforme de l'éducation - Semer la confusion

Marie-Andrée Chouinard   3 octobre 2009  Éducation
On l'a d'abord tout bonnement appelée « réforme ». Après les états généraux sur l'éducation de 1996, c'était une révolution qui allait placer l'accent sur les matières de base, français et histoire en tête. On l'a renommée ensuite « renouveau pédagogique », car l'envol loupé de la réforme appelait un semblant de nouveau départ. Ce n'était que façade. Derrière régnait toujours la confusion la plus totale.

Désormais, sur le site du ministère de l'Éducation, on parle de « l'École d'aujourd'hui ». Inoffensive sérénade sémantique? Plutôt la preuve par les mots qu'en apparence du moins, cette réforme, qui produira bientôt sa première mouture de diplômés, embarrasse plus qu'elle n'emballe.

Et bien que des corrections lui aient été apportées, elle est associée dans l'esprit des parents et du grand public à un fatras de compétences ayant éludé les connaissances, à un grand jeu de pédagogie à saveur socioconstructiviste, à l'école de l'estime de soi qui nivelle par le bas. Pourtant! Il suffit de demander aux élèves, de parler aux enseignants: dans les classes, l'oisiveté n'est pas de mise, on astique encore la matière grise!

Bien que cette réforme n'ait suscité, il faut l'admettre, aucun réel enthousiasme, on peine à croire qu'aujourd'hui encore — une décennie après ses débuts! — certains espèrent encore effacer l'ardoise, jeter le tout aux orties, reprendre un nouvel exercice. C'est bel et bien ce que revendique la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), un syndicat d'enseignants du primaire et du secondaire comptant 27 000 membres. En publiant cette semaine Une autre école est possible, une « plateforme pédagogique » d'une trentaine de pages, le syndicat plaide pour la fin de ce « détournement pédagogique » vieux de dix ans, et pour la « reprise de possession », par les enseignants, de l'école.

Ils demandent entre autres l'abolition des compétences et l'avènement du savoir-être et du savoir-faire, le retour du redoublement, la fin des cycles de deux ans, le retour des bilans annuels, le préscolaire à mi-temps pour les enfants de trois ans en milieu défavorisé et le retour à une évaluation plus sensée.

La FAE est entêtée, mais conséquente, il faut le concéder. Depuis qu'elle existe, elle réclame que soit stoppée la réforme. Mais cette demande est-elle toujours pertinente, alors que l'on sait que le ministère a consenti des redressements majeurs et qu'il pourrait en accepter d'autres?

Le syndicat a raison de réclamer une évaluation des élèves moins opaque, car cela demeure le côté le plus obscur de la réforme: évaluer des compétences reste un mystère non élucidé. Mais plaider pour un autre grand coup de balai ne peut qu'ajouter à la confusion.

Si le grand public s'y perd, bien des enseignants aussi ne doivent plus savoir sur quel pied danser. On continue? On arrête? Cette indécision, qui a coloré la réforme dès qu'elle fut lancée, est la responsabilité non seulement de Québec, mais aussi des détracteurs de la réforme qui, par entêtement et parti pris, ont peut-être oublié qu'on parlait ici d'abord et avant tout des... élèves.
 
 
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  • Parisien Jaque
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 07h48
    On oublie personne, surtout pas les élèves...
    Les élèves... comme si personne ne s'en préoccupait! Mais on ne fait que ça! Suicide chez les jeunes, intégration, persévérance scolaire, taxage, homophobie et tutti quanti, on ne cesse de nous seriner sur le sombre devenir de nos jeunes, voire leur sombre avenir, et on multiplie les stratégies au point d'en avoir le tournis. Cessez donc cette litanie dopée de moraline.

    La réforme? Ne vous y trompez pas : ce sont encore et toujours les meilleurs qui en tirent profit. Les autres, ces futurs «sans-papiers» bien à nous, en difficulté, laissés pour compte dans des mouroirs académiques, démotivés parce que personne n'a su valoriser le savoir, parce que les modèles qu'on leur propose, les «happy few» de ce monde, nagent dans l'argent gagné vite et sans formation particulière, ces autres qui, à grands renforts de projets de toutes sortes s'enlisent dans une incompréhension des grands enjeux de ce monde; bref, ces autres n'en ont rien à cirer et deviennent vite les vrais victimes de «l'école d'aujourd'hui».

    Je crains fort que la cuvée issue de la réforme ne détienne ni les connaissances requises ni les compétences - même différence - pour trouver sa juste place au sein d'un marché du travail compétitif et cruel. Soyons clairs : apprendre fait mal, exige des sacrifices, de l'investissement, des efforts. On aura beau réformer à gauche et à droite, c'est la dure réalité. En attendant, les vraies victimes sont les élèves, bien sûr, mais aussi les enseignants empêtrés dans des évaluations bidon, des théories farfelues et, directement ou indirectement, vous et moi.

  • cathy-anne boiteau
    Abonnée
    samedi 3 octobre 2009 09h40
    La réforme c'est aussi celle de la grandeur enseignante
    Mme Chouinard,
    vous ne sauriez être plus juste dans vos commentaires à propos du renouveau pédagogique. Bien que la réforme soit décriée, elle reste pour les enseignants et les élèves un outil formidable d'apprentissage. J'ai commencé à enseigner au lendemain des États généraux et à l'aube de la réforme pédagogique et soyons honnêtes, ce sont les enseignants qui gèrent véritablement la pédagogie et qui s'adaptent au monde changeant. Pas les fonctionnaires, ni les théoriciens. Ainsi, quelques constats s'imposent. D'abord, les possibilités quant au contenu à enseigner sont beaucoup plus vastes qu'auparavant avec les objectifs, ce qui laisse place non seulement à une multitude d'expériences pour les élèves, mais surtout la chance pour l'enseignant de briser le cycle de l'éternelle répétition année après année. La profession enseignante voit donc son blason redoré puisque, sachant que l'enseignement est infiniment complexe, on laisse aux professionnels le choix d'aborder le contenu selon les élèves auxquels ils doivent enseigner. Ensuite, les compétences étant vagues, elles forcent l'enseignant à une grande rigueur intellectuelle puisque de nombreux choix s'imposent. De plus, elles incitent d'une certaine façon à sortir physiquement de l'école. Pourquoi, s'il faut lire et apprécier des textes variés, ne pas aller dans une exposition, ou encore dans un journal, ou une bibliothèque universitaire, ou dans tout lieu qui offre à l'élève d'analyser des textes divers? Pourquoi rester dans la classe alors que le monde offre une multitude de possibilités? Enfin, je terminerai ici en notant que l'enseignement est une profession noble, intelligente et qui requiert une grande adaptation. Un autre grand coup de balai sèmerait assurément la confusion, mais les enseignants demeureront toujours ceux qui organisent les expériences éducatives de NOS élèves qu'on nous confie précieusement, et en toute confiance. N'ayez crainte pour nous, on écoute les fonctionnaires, on lit les théoriciens et ensuite, on choisit ce qu'on en fait.

  • Paul Dussault
    Inscrit
    dimanche 4 octobre 2009 08h26
    Opportunisme et incompétence gouvernementale
    C'est par opportunisme politique que les gouvernements naviguent au gré des vents changeants de l'opinion publique. Et en matière d'éducation, on ne saurait louvoyer indéfiniment sans risquer davantage, comme si la chose était possible, le naufrage.

    Les gouvernements apparaissent incompétents à mettre en place un cadre de formation qui soit productif. Pourtant, la recherche fournit les repères nécessaires à l'atteinte des buts recherchés pour une école de qualité.

    Les enseignants sont divisés sur la question de la pédagogie à mettre en oeuvre et ils réagissent ainsi aux attentes contradictoires des divers groupes d'influence de la société québécoise. Les parents exigent une école de qualité mais suivent de loin l'éducation de leurs enfants. Les enfants profitent de la situation pour suivre la loi du moindre effort. Le Ministère de l'éducation n'arrive pas à communiquer clairement sa démarche. Et les professeurs en sciences de l'éducation ne savent plus sur quel pied danser.

    Bien sûr je résume ici et l'espace d'une discussion sérieuse sur le bien fondé de la réforme dépasse le cadre de cette réaction. Mais je tente tout de même la synthèse suivante. La réforme basée sur le développement des compétences est le fruit d'une longue réflexion et d'une longue pratique éducative entreprise au moment de la Commission Parent et qui s'est poursuivie et finalement cristallisée au moment des États généraux. Depuis, les insuccès du système scolaire donnent à penser que la réforme est responsable des piètres performances des élèves, alors que la réforme n'a jamais été mise en oeuvre véritablement.

    La patience est nécessaire dans l'implantation des changements. Et la confiance en la valeur de la science comme phare du développement n'est pas au rendez-vous.

    Une génération est sacrifiée crient plusieurs. Mais lorsque l'on observe les résultats de l'acquisition des connaissances comme seul mode de développement de la personne, on réalise que l'encyclopédisme ne favorise pas le développement de la pensée critique indispensable à la compréhension de notre monde complexe.

    Laissons le temps faire son oeuvre afin que les fruits du socio-constructivisme nous soient donnés. Mais pour cela, il faut un leadership gouvernemental qui fait tristement défaut actuellement. Et surtout éviter l'écueil du retour en arrière.

  • Claude Gilbert
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 12h54
    Ben voyons donc, Mme Chouinard...
    Vous dites:

    "Pourtant! Il suffit de demander aux élèves, de parler aux enseignants: dans les classes, l'oisiveté n'est pas de mise, on astique encore la matière grise!"

    Mais bien sûr! Et à quoi sert ce remuement de matière grise dans le contexte de la réforme, au juste?

    Vous me pardonnerez de citer un concurrent, ou plutôt les employés en lock-out d'un concurrent qui faisaient précisément référence (le 27 août dernier) aux constatations d'un comité, lequel planifie d'ores et déjà les conséquences:

    "Les finissants du secondaire issus de la réforme possèdent mal la langue française « particulièrement à l'écrit », « manquent d'autonomie » et ont du mal « à rester concentrés sur une longue période », au point où un comité du ministère de l'Éducation recommande même aux profs de cégeps qui enseigneront pour la première fois à ces jeunes à compter de l'an prochain de « pallier le manque de connaissances ».

    "(...)« Les élèves se considèrent comme des consommateurs de services éducatifs et c'est au prof de les faire réussir », affirme Mario Beauchemin de la Fédération des enseignants de Cégeps.

    "(...) Le comité à l'origine du rapport souligne toutefois que les premiers finissants du secondaire issus de la réforme ont « de la débrouillardise », sont des « citoyens du monde », ont une « capacité de communication accrue » et sont « actifs en classe »."

    http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/ed

    Autrement dit, ils sont faibles au niveau des connaissances, mais "ouverts au monde", très bien socialisés et aptes au travail en équipe. "Actifs en classe", c'est bien ce que vous vouliez dire?... C'est ce que vous entendez par "astiquer la matière grise"?

    Notez bien en tous cas que ces contats ne sont pas le fait de contestataires de la réforme mais bien du ministère lui-même, et que celui-ci s'en préoccupe... en projetant de pelleter les répercussions dans la cour du collégial.

    Et ces premiers finissants de la "réforme" considérent (comme leurs parents) que leur réussite est la responsabilité du système. Bravo!

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