Pour filles, pour garçons ou mixte ? - Les centres d'intérêt de l'enfant devraient être le premier critère de choix
« C'est plus facile de gérer une classe mixte, parce que les filles augmentent le niveau de maturité »
Avec l'automne arrive le temps des journées portes ouvertes, des examens d'entrée et du choix d'une école pour les parents et leurs enfants qui optent pour le secteur privé. En 2009, l'école pour filles ou pour garçons seulement, une option judicieuse?
Pour ou contre? Les résultats des recherches scientifiques alimentent plus qu'ils n'apaisent le débat. «Plusieurs recherches indiquent que la non-mixité a peu d'effets sur la motivation, l'engagement et les résultats», résume Roch Chouinard, chercheur à Université de Montréal.
Avant de choisir un établissement pour le sexe de ses élèves, il faut l'adopter pour son programme. Celui qui a étudié le phénomène au Québec souligne qu'«il y a bien d'autres éléments à considérer pour choisir une école. Une école n'est pas universellement bonne. Elle est bonne si elle répond aux besoins de votre
enfant», ce qu'il nomme l'«effet école».
La tendance vient de notre voisin du Sud. Depuis leur légalisation il y a deux ans, les écoles publiques non mixtes ont bourgeonné aux États-Unis, passant de quelques-unes à plusieurs centaines. Au Québec, le phénomène est surtout circonscrit au secteur privé.
Les filles...
Peu d'effets, peut-être, mais les filles y trouvent un certain avantage en mathématiques, par exemple. Une étude récente de l'Université de la
Californie à Los Angeles (UCLA), commandée par la National Coalition of Girls' Schools, conclut que, entre elles, les écolières ont des résultats légèrement meilleurs et expriment davantage de confiance en mathématiques et en informatique. Linda Sax, chercheure en éducation, a comparé 6500 adolescentes d'écoles privées non mixtes avec 14 500 adolescentes d'écoles privées mixtes.
«Ça s'explique par le fait que, moins compétitives, elles s'effacent un peu devant des collègues masculins forts en maths. Entre filles, elles sont moins anxieuses face aux maths», dit Roch Chouinard.
Sans les garçons, les demoiselles se concentrent mieux, observe Elizabeth Falco, directrice de l'école pour filles The Study, à Montréal. «Quand je parle avec des anciennes, elles me disent qu'elles ont développé beaucoup de confiance en elles, surtout en sciences et en mathématiques», constate celle qui a également oeuvré dans des établissements mixtes. «C'est un choix très personnel, le parent doit se demander où sa fille sera-t-elle la plus à l'aise, la plus heureuse», dit-elle.
... et les garçons
Les avantages de l'école non mixte sont beaucoup moins tranchés pour les garçons. D'ailleurs, le nombre d'établissements pour filles dépasse nettement en nombre son pendant masculin.
Si les filles préfèrent les mathématiques en l'absence de compétition masculine, les garçons s'intéressent à des matières plus «féminines» en l'absence du sexe opposé. En 2002, Abigail Norfleet James, chercheure, a observé que les élèves venant d'écoles pour garçons des États-Unis sont plus nombreux à choisir les sciences sociales au collège.
«Je ne crois pas que ce soit mieux d'être dans une école non mixte, mais je vois certainement des avantages, dit Hall Hannsord, directeur de Selwyn House, une école pour garçons de Westmount. Le plus grand bénéfice, selon moi, c'est au niveau relationnel. Ils développent des amitiés entre eux et des relations très significatives avec leurs professeurs. Ces amis, ils les gardent souvent pour la vie.»
«En classe, les filles ont tendance à monopoliser la conversation. Ici, les gars doivent parler», observe celui qui travaille avec les garçons depuis plus de 20 ans. Les élèves développent donc des capacités communicationnelles supérieures.
Qui motive qui ?
Devant les échecs plus fréquents de ces derniers, est-ce une solution de séparer les gars des filles? «Non», tran-
che Jean-Claude Saint-Amant, chercheur retraité de l'Université Laval et auteur du livre Les garçons et l'école. «Au contraire, dit-il, les garçons vont mieux dans une classe plus forte, et les filles augmentent généralement le niveau de la classe.»
Il croit que les écoles de garçons posent un problème et un risque supplémentaires. «Le type masculin développé dans ces écoles est souvent plus stéréotypé, axé sur les sports plutôt que sur la lecture, par exemple. Ça véhicule une conception faussée de ce que devrait être un garçon.»
En milieu défavorisé, les garçons ne devraient pas se retrouver dans des classes non mixtes, ont averti plusieurs chercheurs américains dans une étude parue en juin 2008. Adrian Moller et ses collègues ont constaté que, alors que les filles ne subissaient aucun effet, les écoliers issus d'un milieu défavorisé étaient désavantagés dans des classes non mixtes, au début du primaire.
À contre-courant ?
La tendance est plutôt que les écoles pour garçons ou pour filles s'ouvrent à l'autre sexe. Le Collège Laval a pris ce virage en 1996. Une décision dont son directeur, Michel Baillargeon, se félicite aujourd'hui. Pourquoi? «La tradition de séparer les garçons et les filles était une tradition confessionnelle, car les écoles étaient dirigées par des communautés religieuses. L'école doit être un reflet de la société et les deux sexes doivent se côtoyer», explique-t-il. Envoyer frères et soeurs à la même école facilite aussi la vie des parents.
En 1996, le Collège Laval a connu un doublement de ses demandes d'admission. Dès les premières semaines de la présence des filles en 1re secondaire, les craintes des professeurs se sont évanouies, selon le directeur. «C'est plus facile de gérer une classe mixte, parce que les filles augmentent le niveau de maturité général de la classe.»
Pendant que les filles prenaient leur place dans les sports, leur arrivée a aussi permis de développer d'autres créneaux, comme l'art dramatique, la danse et la musique, lesquels soulèvent les passions chez les deux sexes.
Même les notes se sont améliorées. «Les filles sont en moyenne un peu meilleures que les gars, dit M. Baillargeon. Les gars compétitifs redoublent d'ardeur pour être meilleurs qu'elles. Il y a un effet d'entraînement des filles. Elles n'écrasent pas les gars, au contraire.»
Avant de choisir une école en fonction du sexe de votre enfant, sachez que tous ceux que Le Devoir a interrogés s'entendent: son intérêt pour le sport, la musique ou les sciences et ses besoins d'encadrement priment.
***
Collaboratrice du Devoir
Pour ou contre? Les résultats des recherches scientifiques alimentent plus qu'ils n'apaisent le débat. «Plusieurs recherches indiquent que la non-mixité a peu d'effets sur la motivation, l'engagement et les résultats», résume Roch Chouinard, chercheur à Université de Montréal.
Avant de choisir un établissement pour le sexe de ses élèves, il faut l'adopter pour son programme. Celui qui a étudié le phénomène au Québec souligne qu'«il y a bien d'autres éléments à considérer pour choisir une école. Une école n'est pas universellement bonne. Elle est bonne si elle répond aux besoins de votre
enfant», ce qu'il nomme l'«effet école».
La tendance vient de notre voisin du Sud. Depuis leur légalisation il y a deux ans, les écoles publiques non mixtes ont bourgeonné aux États-Unis, passant de quelques-unes à plusieurs centaines. Au Québec, le phénomène est surtout circonscrit au secteur privé.
Les filles...
Peu d'effets, peut-être, mais les filles y trouvent un certain avantage en mathématiques, par exemple. Une étude récente de l'Université de la
Californie à Los Angeles (UCLA), commandée par la National Coalition of Girls' Schools, conclut que, entre elles, les écolières ont des résultats légèrement meilleurs et expriment davantage de confiance en mathématiques et en informatique. Linda Sax, chercheure en éducation, a comparé 6500 adolescentes d'écoles privées non mixtes avec 14 500 adolescentes d'écoles privées mixtes.
«Ça s'explique par le fait que, moins compétitives, elles s'effacent un peu devant des collègues masculins forts en maths. Entre filles, elles sont moins anxieuses face aux maths», dit Roch Chouinard.
Sans les garçons, les demoiselles se concentrent mieux, observe Elizabeth Falco, directrice de l'école pour filles The Study, à Montréal. «Quand je parle avec des anciennes, elles me disent qu'elles ont développé beaucoup de confiance en elles, surtout en sciences et en mathématiques», constate celle qui a également oeuvré dans des établissements mixtes. «C'est un choix très personnel, le parent doit se demander où sa fille sera-t-elle la plus à l'aise, la plus heureuse», dit-elle.
... et les garçons
Les avantages de l'école non mixte sont beaucoup moins tranchés pour les garçons. D'ailleurs, le nombre d'établissements pour filles dépasse nettement en nombre son pendant masculin.
Si les filles préfèrent les mathématiques en l'absence de compétition masculine, les garçons s'intéressent à des matières plus «féminines» en l'absence du sexe opposé. En 2002, Abigail Norfleet James, chercheure, a observé que les élèves venant d'écoles pour garçons des États-Unis sont plus nombreux à choisir les sciences sociales au collège.
«Je ne crois pas que ce soit mieux d'être dans une école non mixte, mais je vois certainement des avantages, dit Hall Hannsord, directeur de Selwyn House, une école pour garçons de Westmount. Le plus grand bénéfice, selon moi, c'est au niveau relationnel. Ils développent des amitiés entre eux et des relations très significatives avec leurs professeurs. Ces amis, ils les gardent souvent pour la vie.»
«En classe, les filles ont tendance à monopoliser la conversation. Ici, les gars doivent parler», observe celui qui travaille avec les garçons depuis plus de 20 ans. Les élèves développent donc des capacités communicationnelles supérieures.
Qui motive qui ?
Devant les échecs plus fréquents de ces derniers, est-ce une solution de séparer les gars des filles? «Non», tran-
che Jean-Claude Saint-Amant, chercheur retraité de l'Université Laval et auteur du livre Les garçons et l'école. «Au contraire, dit-il, les garçons vont mieux dans une classe plus forte, et les filles augmentent généralement le niveau de la classe.»
Il croit que les écoles de garçons posent un problème et un risque supplémentaires. «Le type masculin développé dans ces écoles est souvent plus stéréotypé, axé sur les sports plutôt que sur la lecture, par exemple. Ça véhicule une conception faussée de ce que devrait être un garçon.»
En milieu défavorisé, les garçons ne devraient pas se retrouver dans des classes non mixtes, ont averti plusieurs chercheurs américains dans une étude parue en juin 2008. Adrian Moller et ses collègues ont constaté que, alors que les filles ne subissaient aucun effet, les écoliers issus d'un milieu défavorisé étaient désavantagés dans des classes non mixtes, au début du primaire.
À contre-courant ?
La tendance est plutôt que les écoles pour garçons ou pour filles s'ouvrent à l'autre sexe. Le Collège Laval a pris ce virage en 1996. Une décision dont son directeur, Michel Baillargeon, se félicite aujourd'hui. Pourquoi? «La tradition de séparer les garçons et les filles était une tradition confessionnelle, car les écoles étaient dirigées par des communautés religieuses. L'école doit être un reflet de la société et les deux sexes doivent se côtoyer», explique-t-il. Envoyer frères et soeurs à la même école facilite aussi la vie des parents.
En 1996, le Collège Laval a connu un doublement de ses demandes d'admission. Dès les premières semaines de la présence des filles en 1re secondaire, les craintes des professeurs se sont évanouies, selon le directeur. «C'est plus facile de gérer une classe mixte, parce que les filles augmentent le niveau de maturité général de la classe.»
Pendant que les filles prenaient leur place dans les sports, leur arrivée a aussi permis de développer d'autres créneaux, comme l'art dramatique, la danse et la musique, lesquels soulèvent les passions chez les deux sexes.
Même les notes se sont améliorées. «Les filles sont en moyenne un peu meilleures que les gars, dit M. Baillargeon. Les gars compétitifs redoublent d'ardeur pour être meilleurs qu'elles. Il y a un effet d'entraînement des filles. Elles n'écrasent pas les gars, au contraire.»
Avant de choisir une école en fonction du sexe de votre enfant, sachez que tous ceux que Le Devoir a interrogés s'entendent: son intérêt pour le sport, la musique ou les sciences et ses besoins d'encadrement priment.
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