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Et les parents déboursent

«Notre dossier prioritaire est celui des élèves en retard scolaire»

Normand Thériault   19 septembre 2009  Éducation
Le réseau des écoles privées est une composante forte du système scolaire québécois: 10% du nombre total des élèves, soit plus de 100 000 d'entre eux et elles, y sont inscrits. Et pour y voir là leurs enfants, les parents déboursent. Où est l'inégalité ?

«La majorité de notre clientèle est constituée de parents qui choisissent de payer pour la qualité qu'on offre, quitte à devoir faire des compromis familiaux, à oublier la deuxième voiture ou les vacances. »

Celle qui ici parle est directrice d'une école secondaire, le Collège Saint-Joseph (qui fêtera l'an prochain son 140e anniversaire), un établissement résolument catholique basé à Gatineau: Sandra Beauchamp est donc consciente de tels efforts et a à coeur la réussite des jeunes filles qu'on lui confie. Et elles sont plus de 850 à s'y retrouver année après année sous sa gouverne, elles dont les origines sont multiples, soit « de souche », soit libanaises, italiennes ou portugaises, pour ne nommer que celles-là.

Et partout sur le territoire québécois, dans plus de 180 écoles, chaque rentrée scolaire ramène un contingent d'élèves dont les parents déboursent des milliers de dollars pour voir leurs jeunes inscrits au privé, que ce soit au niveau de la maternelle, du primaire, du secondaire ou du collégial.

Investir

Si Mme Beauchamp parle de «sacrifice», c'est dans ce sens-là: on paie pour obtenir ce qui est gratuit dans le réseau public, jusqu'au cégep du moins. Si, dans le passé, le geste était plus facile, un répit financier presque pour qui avait déboursé jusqu'à 6000 $ par année pour fréquenter une garderie, cela n'est maintenant plus le cas après l'instauration de la tarification à 5 $ puis à 7 $ par jour, ce qui fait que, plus tard, la fréquentation de l'école privée entraîne obligatoirement une dépense supplémentaire.

Et encore. Qui paiera près de 4000 $ pour voir son enfant fréquenter le pensionnat Saint-Nom-de-Marie à Outremont, par exemple, peut se dire qu'il fait une bonne affaire. En comparaison, du moins.

À The Study, à Westmount, aussi une école pour filles faisant partie du réseau anglophone, pour la même période il faudrait débourser jusqu'à 15 990 $ quand Selwyn House School, à Westmount toujours, peut demander jusqu'à 19 070 $ en frais de fréquentation. Et voudriez-vous que votre jeune, garçon ou fille, soit pensionnaire à Montebello, alors la Sedberg School vous demandera jusqu'à 46 000 $ par année pour héberger et former votre progéniture au temps de son secondaire.

Élevés, ces montants? Sachez toutefois que, pour une telle somme, votre enfant se retrouvera dans une classe au nombre d'inscrits peu élevé, soit de 12 à 18 à The Study, 15 à 20 à Selwyn, une petite douzaine à Sedberg. Et qui visera le petit nombre devrait savoir qu'aux États-Unis un établissement consacré aux élèves connaissant des difficultés, The Glenholme School, basé à Washington dans le Connecticut, offre jusqu'au tutorat privé: un parent qui optera pour une telle école devra cependant débourser, tant au primaire qu'au secondaire, 109 500 $US par année!

Si, à l'école privée, les parents déboursent, ils ont cependant accès sans problème aux directions diverses. Qui y enseigne d'ailleurs ne se surprend pas de s'y voir demander une surcharge de temps et de présence.

S'engager

Et de tels efforts pour les enseignants pourraient bien s'accentuer. Car la Fédération des établissements d'enseignement privés, la FEEP, informe qu'elle s'engagera elle aussi dans le dossier du décrochage scolaire: «Notre dossier prioritaire, c'est celui des élèves en retard scolaire, déclare Paul Boisvenu, directeur général de la FEEP. À ce sujet, nous avons déposé un mémoire auprès de la ministre de l'Éducation, dans lequel nous avançons des propositions concrètes.»

Une telle position se comprend aussi quand on sait que, dès qu'une école du réseau public affiche une clientèle qui comprend plus de 10 % d'élèves connaissant des difficultés d'une quelconque nature, elle reçoit alors du ministère des subsides supplémentaires. Et le réseau privé se dit que partenaire il est et donc bénéficiaire financier il devrait être aussi, car déjà le taux de fréquentation d'une clientèle d'une telle nature est déjà statistiquement de 5 % dans ce réseau.

Et cela serait une réalité devenu que tomberait aussi l'argument selon lequel au privé on réussirait mieux car, par la formule de la sélection à l'entrée, on choisirait qui l'on veut. Et qu'ainsi on aurait évité jusqu'à ce jour d'accueillir les cas-problèmes, un « luxe » que les écoles du réseau public, elles, ne peuvent se permettre.

Mais sur la place publique, comme pour les partis politiques et les successifs gouvernements québécois, que cette proportion de 10 % soit ou non atteinte, rien ne changera: l'école privée a été, est et demeurera une composante essentielle du réseau scolaire québécois.
 
 
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