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Collèges privés et fondations - Le soutien financier est une affaire de « famille »

« Leurs coffres sont garnis principalement par leurs anciens élèves, leurs fournisseurs et leurs fondateurs »

Martine Letarte   19 septembre 2009  Éducation
Le monde des collèges privés a été secoué dernièrement. Une véritable crise a éclaté à la suite des révélations relatives aux sommes de 250 000 $ et de 200 000 $ qu'Hydro-

Québec s'était engagée à donner au Collège Notre-Dame et au Collège Brébeuf, deux établissements qu'a fréquentés Thierry Vandal, PDG de la société d'État. Pour savoir un peu mieux comment fonctionne le financement des collèges privés à travers les fondations, Le Devoir a parlé à quelques acteurs importants du milieu.

«La plupart des collèges privés ont des fondations maintenant et leurs coffres sont garnis principalement par leurs anciens élèves, leurs fournisseurs de biens et services et leurs fondateurs, qui, bien souvent, sont des communautés religieuses», indique Auguste Servant, directeur des relations publiques de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP).

Tout en indiquant ne pas savoir précisément qui sont les bienfaiteurs des fondations des différents collèges mem-bres de la FEEP, puisque c'est dans le domaine privé, il précise que, de façon générale, le fait qu'un collège est soutenu financièrement par une société d'État est assez exceptionnel.

Les anciens s'engagent

Au Collège Jean-Eudes, par exemple, les entreprises et les sociétés d'État ne contribuent pas à la fondation. «Ce n'est pas dans notre mentalité ou dans notre culture et, de toute façon, nous n'avons pas les contacts pour ça, indique Nancy Desbiens, directrice générale. Notre fondation, c'est plutôt une histoire de famille. Ce sont des parents d'élèves et d'anciens élèves, ainsi que des amis et des connaissances des familles qui contribuent.»

Du côté du Collège Saint-Charles-Garnier, à Québec, Mario Gagnon, directeur général, affirme pour sa part qu'il n'arrive jamais que des entreprises donnent à la fondation. «En fait, la seule contribution que le collège reçoit qui, dans un sens, est liée à une entreprise, c'est l'importante contribution que nous donne la famille de Jean-Paul Tardif, un ancien du collège. Cet argent sert à entretenir notre salle

de spectacle, qui s'appelle d'ail-leurs la Salle Jean-Paul-Tardif», précise-t-il.

Au Collège Brébeuf, on semble être encore échaudé par les événements des dernières semaines. «Hydro-Québec, c'est un chapitre fermé. L'essentiel de nos dons vient de nos anciens, et pour ce qui est de financer notre centre sportif, s'il y a une entente avec un partenaire qui se concrétise, ce sera avec le secteur privé et nous garderons ça privé», indique Russell Flanagan, directeur des ressources humaines.

Bourses et projets spéciaux

Mais si les écoles privées subventionnées à 60 % par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport demandent aux parents d'assumer le reste des droits de scolarité de leurs enfants, où va l'argent amassé par les fondations?

«Ces fonds servent à rendre accessibles les collèges privés aux familles moins favorisées, grâce à des bourses d'étude. L'argent des fondations sert aussi à maintenir et à soutenir les installations des collèges, parce que cela n'est pas subventionné par le gouvernement», explique Auguste Servant.

Au Collège Saint-Charles-Garnier, la majorité des fonds amassés sont effectivement remis sous forme de bourses aux familles moins favorisées qui souhaitent envoyer leurs enfants étudier au prestigieux établissement. «Depuis une vingtaine d'années, nous avons remis environ deux millions en bourses. Le reste sert à financer différents projets, de l'équipement, des activités parascolaires et des voyages de sensibilisation à la coopération internationale», indique M. Gagnon, qui précise que les activités de la fondation du collège sont somme toute assez modestes.

Au Collège Jean-Eudes, la fondation assume les mêmes genres de dépenses: activités spéciales, équipement, bour-ses, etc. «Mais nous ne faisons pas de campagnes de financement faramineuses. Notre principale activité, c'est notre souper annuel de homards», affirme Mme Desbiens.

D'après Auguste Servant, les activités de financement des fondations des collèges privés se limitent souvent à une activité importante par année. «Mais il arrive que certains établissements fassent des campagnes de financement importantes, de quelques millions de dollars, pour réaliser un investissement majeur, comme le font d'ailleurs les universités et les hôpitaux.»

Les bienfaiteurs, plus réticents à l'avenir ?

Les remous causés par les dons d'Hydro-Québec aux établissements privés qu'a fréquentés le PDG, Thierry Vandal, risquent-ils d'accroître les difficultés qu'ont les fondations des collèges pour garnir leurs coffres?

La FEEP ne s'en fait pas trop pour ses membres. «Comme les bienfaiteurs habituels des fondations des collèges privés ne sont généralement pas des sociétés d'État, je ne crois pas que les controverses nuiront au financement futur des établissements», croit M. Servant.

À Jean-Eudes, la directrice générale n'est pas plus inquiète. «Comme c'est plutôt la famille élargie et les amis des gens qui fréquentent notre collège qui contribuent à notre fondation, je ne crois pas que cela aura un impact», indique Mme Desbiens.

À la suite de la controverse, les collèges Notre-Dame et Brébeuf ont renoncé aux importantes contributions d'Hydro-Québec. La société d'État a dû, à la demande de Nathalie Normandeau, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, revoir sa façon de faire en matière de commandites. Dorénavant, en vertu de sa politique d'octroi des dons et des commandites, Hydro-Québec s'engage à n'accepter aucune demande provenant d'établissements d'enseignement privés.

***

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