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L'artillerie lourde pour contrer le décrochage

Québec entend s'attaquer au problème dès la petite enfance

Lisa-Marie Gervais   10 septembre 2009  Éducation
Un ratio prof-élèves diminué au primaire, l'ajout de 200 enseignants-ressources, un suivi plus serré des enfants dès le CPE... Le tant attendu plan de la ministre de l'Éducation pour contrer le décrochage propose 13 «voies de réussite» qui poussent plus loin des idées de l'ancien plan, tout en épousant la quasi-totalité des recommandations du rapport Ménard déposé en mars dernier. Alors que plusieurs l'accueillent avec optimisme, d'autres déplorent que la ministre Michelle Courchesne n'ait pas privilégié, au lieu de s'engager timidement sur plusieurs voies, une seule autoroute plus structurante. Au coeur de sa stratégie d'action, la ministre adopte l'objectif mis de l'avant par le rapport Ménard: hausser le taux de diplomation des jeunes de moins de 20 ans à 80 % d'ici 2020. Il serait actuellement de 72 %. La ministre a également insisté sur l'importance de revaloriser l'éducation en mettant à profit les parents d'abord, de même que toute la communauté.

En somme, l'accent a surtout été mis sur la prévention et le dépistage des troubles d'apprentissage chez les enfants de milieux défavorisés ou en difficulté. Présent à la conférence de presse, le ministre de la Famille, Tony Tomassi, en a profité pour annoncer l'ajout de 15 000 places en CPE. S'il salue la volonté de la ministre de s'intéresser tôt aux plus démunis de la société, le Dr Gilles Julien, membre du rapport Ménard, croit que les mesures visant les CPE peuvent parfois rater la cible. «C'est intéressant, mais on sait que les CPE ne sont pas très accessibles en milieux défavorisés», a dit le Dr Julien, qui est très impliqué auprès des jeunes de Montréal.

Certaines mesures, comme la réduction du ratio prof-élèves — qui d'ici 2012 vise un maximum de 20 élèves par classe au primaire —, l'augmentation de l'offre d'activités parascolaires sportives et culturelles ou encore le soutien du mentorat et l'embauche de 200 enseignants-ressources supplémentaires l'an prochain ont semblé faire l'unanimité. Quelques «voies de réussite» adressées aux adolescents, dont le renforcement de l'accompagnement des étudiants en 4e et 5e secondaire et des programmes d'encouragement à la formation professionnelle ont également été proposés.

L'importance du suivi

Interrogée sur les ratés du précédent plan, intitulé Agir autrement, la ministre a reconnu que les mesures de suivi ont manqué, de même que des objectifs plus précis. Elle promet cette fois d'y remédier. D'ici mars 2010, des cibles de réussite (taux de diplomation, maîtrise de la langue française, etc.) devront être fixées par chaque école sur le territoire des différentes commissions scolaires, qui devront rendre des comptes publiquement et se doter d'un répondant chargé de la persévérance scolaire.

Afin de suivre étroitement ces progrès — particulièrement dans 133 écoles «phares» qui connaissent les plus hauts taux de décrochage —, la ministre a créé un comité de vigie composé notamment du Dr Gilles Julien, de la présidente de la Fédération des commissions scolaires, Josée Bouchard, de Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier et du maire de Sherbrooke, Jean Perreault, pour ne nommer que ceux-ci. Cette volonté de vouloir faire participer la société au succès des jeunes à l'école n'est pas sans déplaire au Dr Julien. «Le plan ouvre suffisamment de portes pour qu'on puisse le bonifier. On va faire en sorte qu'il soit bien appliqué. C'est là que ça devient intéressant, quand la société civile s'en mêle», a dit le Dr Julien. «Pour moi, c'est une première, je n'ai jamais vu ça, un ministère qui se démocratise comme ça et qui accepte qu'on vienne contribuer», a-t-il ajouté.

Intitulé L'École, j'y tiens, le plan de la ministre serait doté «à terme» de 160 millions par année, certaines mesures étant échelonnées sur trois ans, d'autres sur cinq ans. Certains programmes, notamment ceux de la Stratégie jeunesse 2009-2014, seront financés conjointement avec la Fondation Chagnon. Pour la ministre Courchesne, au-delà des ressources, l'important est de revoir l'organisation du travail. «Ça va prendre encore quelques mois, mais déjà en septembre 2010, on va voir des progrès considérables», a assuré la ministre.

Réactions mitigées

N'empêche dans d'autres milieux, notamment le milieu syndical, le plan a bien déçu. L'objectif de 80 % de taux de diplomation d'ici 2020 a paru bien peu ambitieux aux yeux du président de la CSQ, Réjean Parent. «On se donne dix ans pour rattraper le retard, alors que d'autres ont déjà atteint cet objectif», a-t-il indiqué. «Ma théorie est que c'est le reflet des faibles moyens qu'on veut mettre en place et le chantier qu'on ne veut pas ouvrir», a-t-il ajouté en faisant allusion aux écoles privées qui «choisissent leurs élèves». Il rappelle qu'en 1996 les états généraux sur l'éducation s'étaient fixé un objectif de 85 % pour 2010.

Selon le président de la Fédération autonome de l'enseignement, Pierre Saint-Germain, le plan ne pourra pas donner les résultats escomptés. «On veut éradiquer le problème de décrochage en allant à la source et dépister tôt les problèmes. Mais quelles seront les ressources? C'est le néant», a dit M. Saint-Germain. Il déplore l'absence de mesures pour recruter et embaucher des professionnels, par exemple des orthophonistes. «Un professionnel ne peut pas faire un bon suivi s'il ne voit l'enfant qu'une fois par mois.»

Pour Pierre Curzi, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation, le plan de la ministre n'est pas le «coup de barre» annoncé. Le député péquiste se dit déçu de constater que la majorité des actions à caractère budgétaire n'obtiennent pas de fonds supplémentaires. «Pire encore, bien qu'il y ait une diminution plus marquée de la taille des classes dans les milieux défavorisés au primaire, la ministre vient de renier son engagement électoral de diminuer la taille des classes au secondaire. C'est très inquiétant», a souligné M. Curzi, tout en faisant remarquer que le premier ministre brillait par son absence.

La porte-parole de Québec solidaire, François David, déplore le manque de mesures pour contrer la pauvreté. «La ministre fait correctement le lien entre les milieux défavorisés et le décrochage, mais le problème c'est qu'on a encore recours à l'inévitable Fondation Chagnon pour mieux préparer les petits à l'école. Mais on oublie que si ces enfants sont pauvres, c'est que leurs parents le sont. Qu'est-ce que le gouvernement attend pour hausser le salaire et favoriser l'emploi?», a soutenu Mme David.
 
 
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