Décrochage scolaire - Les absents ont tort
Pour réussir à l'école, encore faut-il avoir envie d'y être! Pendant que se fait attendre le plan du ministère de l'Éducation pour contrer le décrochage, Fusion jeunesse partage une formule qui a déjà fait ses preuves en s'attaquant à l'école buissonnière. Des idées pour Québec?
Il est vrai qu'il n'avait pas une armée de fonctionnaires à convaincre, ni l'ensemble du réseau de l'éducation à mobiliser. Mais tout de même! Le dynamique Gabriel Bran Lopez n'a pas choisi de théoriser le décrochage scolaire; il a opté pour l'action. Sa formule est audacieuse, originale et surtout, elle fonctionne.
Les résultats présentés cette semaine par l'organisme Fusion jeunesse sont préliminaires, certes, mais combien prometteurs. À l'école secondaire James Lyng, située dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, le taux d'absentéisme a chuté de 40 %, un bond spectaculaire. La recette? Déléguer des stagiaires d'université dans les écoles pour développer des activités parascolaires. Les milieux défavorisés ont été ciblés, car y circulent les jeunes qui sont le plus à risque de gonfler le lot des sans-diplômes, ceux pour qui l'école n'a à ce point plus de sens qu'ils ne daignent plus y mettre les pieds.
Pour redonner à l'école son premier attrait, Fusion jeunesse a imaginé un système de «mentorat» qui rapproche les universités des écoles secondaires. La formule est simple, efficace: des stagiaires étudiants rémunérés, spécialistes de disciplines autres que l'enseignement, se rendent à l'école ciblée 15 heures par semaine et supervisent une activité parascolaire, qui en musique, qui en journalisme, qui en sciences ou en environnement. On veut ainsi titiller une quelconque fibre chez le potentiel décrocheur, désenchanté des bienfaits de l'école, mortellement ennuyé par le contenu qu'on y défile.
Certains verront dans ces recettes «parascolaires» à saveur de musique et de culture physique un risque important, soit celui de niveler vers le bas, de débiliter la matière grise plutôt que de la fortifier. Il faut répondre à ces sceptiques que les jeunes pour qui l'école ne veut plus rien dire — le tiers des moins de 20 ans au Québec n'ont pas de diplôme d'études secondaires — raccrocheront peut-être là où l'école n'a rien de... l'école.
«C'est souvent justement ce qui n'est pas scolaire qui sauve les jeunes des milieux défavorisés», affirmait récemment le sociologue Guy Rocher, l'un des pères de la réforme Parent qui a donné naissance à l'école telle qu'on la connaît. Un atelier technique, de la musique, un tournoi le midi, un projet scientifique, autant de choses, pointait l'homme interrogé par Radio-Canada, qui les «gardent», littéralement, à l'école.
La formule, à laquelle la Ville de Montréal et sept universités montréalaises se sont associées — partenariat grandiose! —, repose aussi sur l'engagement des jeunes: celui de M. Lopez, étudiant visionnaire qui a décidé de passer à l'action, celui des stagiaires, qui par leur présence volontaire à l'école peuvent se découvrir une vocation, et celui des élèves, qui goûteront peut-être pour une rare fois le sentiment d'appartenance à une école autrement désincarnée.
Il s'agit là d'un mentorat inhabituel, qui met en scène des acteurs autres que les traditionnels enseignants. Cela nous porte vers une interrogation un brin taboue, mais néanmoins importante: l'école, déjà habitée par nombre de professionnels autres que les maîtres issus de la traditionnelle filière du baccalauréat en enseignement, pourrait-elle être faire plus de place à des personnages autres que les élèves et les profs?
Les enseignants, prompts à réclamer davantage de soutien pour soulager une gestion de classe échevelée, devront peut-être se convaincre que pour dessiner l'école de demain, il faudra accepter des partenariats singuliers. On sait l'importance capitale de leur rôle. On connaît moins peut-être la nécessité d'accueillir, autour d'eux et avec eux, d'autres magiciens de la réussite. Ceux-là seront requis à l'école pour allumer une étincelle que les enseignants ensuite entretiendront.
Pendant que nombre d'initiatives sont lancées, çà et là, de manière spontanée, on attend toujours le plan de lutte contre le décrochage du ministère de l'Éducation, dont le dévoilement serait imminent. Espérons qu'il ne privilégiera aucune formule miracle et qu'il fera une grande place aux démonstrations originales façonnées autour des disparités du monde scolaire.
Il est vrai qu'il n'avait pas une armée de fonctionnaires à convaincre, ni l'ensemble du réseau de l'éducation à mobiliser. Mais tout de même! Le dynamique Gabriel Bran Lopez n'a pas choisi de théoriser le décrochage scolaire; il a opté pour l'action. Sa formule est audacieuse, originale et surtout, elle fonctionne.
Les résultats présentés cette semaine par l'organisme Fusion jeunesse sont préliminaires, certes, mais combien prometteurs. À l'école secondaire James Lyng, située dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, le taux d'absentéisme a chuté de 40 %, un bond spectaculaire. La recette? Déléguer des stagiaires d'université dans les écoles pour développer des activités parascolaires. Les milieux défavorisés ont été ciblés, car y circulent les jeunes qui sont le plus à risque de gonfler le lot des sans-diplômes, ceux pour qui l'école n'a à ce point plus de sens qu'ils ne daignent plus y mettre les pieds.
Pour redonner à l'école son premier attrait, Fusion jeunesse a imaginé un système de «mentorat» qui rapproche les universités des écoles secondaires. La formule est simple, efficace: des stagiaires étudiants rémunérés, spécialistes de disciplines autres que l'enseignement, se rendent à l'école ciblée 15 heures par semaine et supervisent une activité parascolaire, qui en musique, qui en journalisme, qui en sciences ou en environnement. On veut ainsi titiller une quelconque fibre chez le potentiel décrocheur, désenchanté des bienfaits de l'école, mortellement ennuyé par le contenu qu'on y défile.
Certains verront dans ces recettes «parascolaires» à saveur de musique et de culture physique un risque important, soit celui de niveler vers le bas, de débiliter la matière grise plutôt que de la fortifier. Il faut répondre à ces sceptiques que les jeunes pour qui l'école ne veut plus rien dire — le tiers des moins de 20 ans au Québec n'ont pas de diplôme d'études secondaires — raccrocheront peut-être là où l'école n'a rien de... l'école.
«C'est souvent justement ce qui n'est pas scolaire qui sauve les jeunes des milieux défavorisés», affirmait récemment le sociologue Guy Rocher, l'un des pères de la réforme Parent qui a donné naissance à l'école telle qu'on la connaît. Un atelier technique, de la musique, un tournoi le midi, un projet scientifique, autant de choses, pointait l'homme interrogé par Radio-Canada, qui les «gardent», littéralement, à l'école.
La formule, à laquelle la Ville de Montréal et sept universités montréalaises se sont associées — partenariat grandiose! —, repose aussi sur l'engagement des jeunes: celui de M. Lopez, étudiant visionnaire qui a décidé de passer à l'action, celui des stagiaires, qui par leur présence volontaire à l'école peuvent se découvrir une vocation, et celui des élèves, qui goûteront peut-être pour une rare fois le sentiment d'appartenance à une école autrement désincarnée.
Il s'agit là d'un mentorat inhabituel, qui met en scène des acteurs autres que les traditionnels enseignants. Cela nous porte vers une interrogation un brin taboue, mais néanmoins importante: l'école, déjà habitée par nombre de professionnels autres que les maîtres issus de la traditionnelle filière du baccalauréat en enseignement, pourrait-elle être faire plus de place à des personnages autres que les élèves et les profs?
Les enseignants, prompts à réclamer davantage de soutien pour soulager une gestion de classe échevelée, devront peut-être se convaincre que pour dessiner l'école de demain, il faudra accepter des partenariats singuliers. On sait l'importance capitale de leur rôle. On connaît moins peut-être la nécessité d'accueillir, autour d'eux et avec eux, d'autres magiciens de la réussite. Ceux-là seront requis à l'école pour allumer une étincelle que les enseignants ensuite entretiendront.
Pendant que nombre d'initiatives sont lancées, çà et là, de manière spontanée, on attend toujours le plan de lutte contre le décrochage du ministère de l'Éducation, dont le dévoilement serait imminent. Espérons qu'il ne privilégiera aucune formule miracle et qu'il fera une grande place aux démonstrations originales façonnées autour des disparités du monde scolaire.
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