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La position de l'Alliance à propos de l'équité salariale - Le droit de le dire, le devoir de l'entendre

Michel Prince

Pierre St-Germain - Membre du conseil d'administration de l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal  7 juin 2002  Éducation
Pour se faire une opinion éclairée, mieux vaut entendre tous les arguments avant de juger. L'éditorial de Paule des Rivières, publié mercredi sous le titre «Crise chez les enseignants», comporte des erreurs sur des faits importants que nous ne pouvons pas passer sous silence.

Mme des Rivières, tout comme Monique Richard et Johanne Fortier, présidentes respectivement de la CSQ et de la FSE, affirment, entre autres, que des renseignements erronés ont été présentés aux enseignants en assemblée générale et dans le bulletin d'information interne de l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal. Les dirigeants syndicaux de l'Alliance sont aussi accusés d'avoir omis de présenter tous les faits relatifs à la proposition gouvernementale sur l'équité salariale.


Ces «erreurs» ou «omissions» concerneraient l'interprétation de l'Alliance en ce qui a trait à la contrepartie exigée par le gouvernement pour accorder aux profs une rémunération à 100 % du rangement 20 de la structure salariale des employés de l'État. Cette contrepartie exigée par le Conseil du trésor et le ministère de l'Éducation consiste, entre autres, à augmenter de 27 heures à 32 heures par semaine le temps de présence obligatoire à l'école.


Durant ces cinq heures supplémentaires à l'école, les enseignants devront accomplir du travail personnel, comme la préparation de cours ou la correction de travaux d'élèves. Ce sont en fait des tâches que les profs ont toujours assumées dans la plus complète autonomie professionnelle, au moment et à l'endroit qui leur convenaient le mieux.


Selon la proposition actuelle, ces tâches, au moins pendant les cinq premières heures, devront être faites à l'école, à des moments que les profs auront certes choisis mais fixés à l'horaire hebdomadaire pour toute l'année et confirmés à leur direction. Or, en ce moment, ce travail est assumé sur une base volontaire et au moment jugé opportun par chacun des enseignants. C'est ce que l'Alliance a toujours dit à ses membres. C'est sur cette base que les dirigeants de l'Alliance concluent qu'il y a une perte d'autonomie professionnelle.


Ceci étant, une fois que les profs auront ajouté à leur horaire hebdomadaire les cinq heures de travail personnel, comment peut-on penser que des directions d'école ne prendront pas les moyens nécessaires pour vérifier s'ils sont bel et bien à leur poste pour effectuer leur travail personnel au moment prévu? Tous les patrons s'assurent de contrôler que leurs employés assument, en temps et lieu, la charge minimale de travail convenue dans une convention collective.


C'est ce que l'Alliance a toujours dit à ses membres, et c'est sur cette base que ses dirigeants ont conclu que les 32 heures minimum à l'école, toutes les semaines, seraient sous le contrôle de la direction.


Par ailleurs, nous n'avons jamais dit ni même prétendu auprès des membres qu'il y aurait une éventuelle augmentation de la tâche éducative. Jamais! Les profs, mieux que quiconque, connaissent la définition de «tâche éducative» (c'est-à-dire en présence d'élèves). Mais quand le plancher de présence obligatoire passe de 27 à 32 heures par semaine, qui peut nier qu'il y ait un effet sur la charge globale de travail des enseignants?





Quelle est l'erreur dans ces trois analyses?


Les membres de l'Alliance ont convenu à 80 % en assemblée générale de rejeter cette offre. Une décision démocratique, prise en toute connaissance de cause, où tous les arguments, favorables et défavorables à l'offre, ont été présentés, où toutes les questions ont été posées et où toutes les réponses ont été données. Ils ont aussi affirmé que l'équité salariale est un droit qui ne peut faire l'objet d'une quelconque négociation.


Pour l'heure, une majorité de syndicats et de profs ont accepté cette proposition gouvernementale. Même si leur point de vue diffère de celui des syndicats dissidents de la recommandation de l'exécutif de la FSE, nous ne croyons pas pour autant qu'ils aient été trompés.


Affirmer que des représentants syndicaux véhiculent des renseignements erronés ou cachent de l'information à leurs membres est une accusation grave. Ces allégations sont sans fondement. Elles reposent uniquement sur un procès d'intention. Elles doivent être retirées dans les plus brefs délais.


L'Alliance n'a jamais caché ses positions. À titre de dirigeants syndicaux, nous avons partagé notre analyse avec nos consoeurs et confrères lors des instances nationales. Nous avons voté contre la recommandation de l'exécutif national d'accepter cette entente de principe. Nous avons également inscrit notre dissidence, comme d'autres syndicats de l'enseignement l'ont fait, face à la décision majoritaire de l'instance nationale, afin de pouvoir présenter à nos membres l'analyse qui soutient notre recommandation de refuser cette proposition gouvernementale.


Nous croyons également en la liberté d'expression et au droit à la dissidence, qui sont des éléments aussi fondamentaux de notre action syndicale que la démocratie. Certains prétendent que l'Alliance est enfermée dans un carcan idéologique qui empêche toute forme d'innovation. Là encore, les faits prouvent le contraire.


L'Alliance n'empêche pas l'innovation pédagogique. Elle s'assure que les nouveaux projets peuvent s'implanter sans que ses membres en portent eux-mêmes tout le fardeau. C'est son devoir. Elle se préoccupe aussi des effets néfastes de toutes les réformes de l'éducation.


Les écoles alternatives primaires, l'école secondaire alternative Le Vitrail, l'école Rosalie-Jetté pour les mères adolescentes, l'école Marie-Anne pour les élèves raccrocheurs, l'école Édouard-Montpetit pour les sports-études ou son programme «Agir autrement», voire l'implantation conjointe avec la CSDM du Centre de perfectionnement des enseignants sont autant d'exemples de projets pédagogiques novateurs auxquels l'Alliance ne s'est jamais objectée tout en veillant cependant à ce qu'on n'abuse pas de ses membres.


Par ailleurs, les dissidences exprimées par le passé par l'Alliance et une minorité de syndicats de l'enseignement ont permis de dévoiler le projet ministériel d'un diplôme de troisième secondaire ou encore d'éviter que les élèves handicapés fassent les frais d'une hausse de ratios dans une offre patronale finale et globale de règlement de convention collective. Ces mêmes dissidences ont forcé le gouvernement à faire marche arrière dans les mois qui ont suivi. D'autres exemples? L'Alliance a été la première à dénoncer les aberrations du bulletin et de la politique d'évaluation des apprentissages issus de la réforme. Pourquoi les ministres Legault et Simard ont-ils retourné la politique d'évaluation à la planche à dessin? Certaines dissidences d'hier sont aujourd'hui la norme et rallient la majorité.


Une chose est sûre, personne ne réussira à nous faire taire. Ici comme ailleurs.

Pierre St-Germain, Alain Marois, Nathalie Morel, Christine Laforce, Louise Cardin, Michel Prince
sont membres du conseil d’administration de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal.
 
 
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