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« En enseignement supérieur, il y a une mission à accomplir »

Le projet de loi sur la gouvernance nierait la réalité collégiale

Réginald Harvey   15 août 2009  Éducation
Avant le début de l'été, la Fédération autonome du collégial (FAC) a été dissoute. La Fédération nationale des enseignants du Québec de la CSN (FNEEQ-CSN) a plutôt bien tiré son épingle du jeu lors de cette opération. Son nouveau président depuis mai dernier, Jean Trudelle, fait le point sur les dossiers collégiaux.

Militant syndicaliste de longue date, Jean Trudelle fut vice-président de la FNEEQ à partir de 2004, avant de prendre la relève du coloré Ronald Cameron à la tête de ce mouvement. Il décrit la structure du monde syndical collégial à la suite des virages survenus en mai dernier: «Il faut savoir qu'il y a cinq syndicats qui ont choisi l'un après l'autre de se joindre à la Fédération après des débats qui ont eu cours sur leur désaffiliation. Actuellement, on a 40 syndicats et on représente pas mal l'essentiel des profs de cégep. On en a 40 sur 59, et là-dessus il y en a 12 qui sont en réflexion d'allégeance entre nous et la FEC-CSQ [sept syndicats] et qui doivent décider dans quelques semaines de quel bord

ils penchent.»

Une fois ce point éclairci, il aborde le dossier de la gouvernance dans les cégeps et les universités, un sujet qui le préoccupe au même titre que son prédécesseur: «La loi de la ministre Courchesne se situe, pour nous, à côté de l'enseignement supérieur. C'est comme si on plaquait mutatis mutandis des règles de gouvernance qui ont été faites pour des entreprises ou d'autres groupes, sur une réalité universitaire ou collégiale qui n'est pas du tout la même.»

La base doit participer

Mais sa critique majeure de l'activité gouvernementale est d'un autre ordre: «En enseignement supérieur, il y a une mission à accomplir et on ne produit pas des "cacanes" ou des produits financiers; on transmet du savoir et on donne une formation, ce qui implique des décisions qui sont d'un autre ordre et ce qui entraîne une participation beaucoup plus importante de la communauté aux décisions d'un établissement.»

Le projet de loi actuellement sur la table se situe à contre-courant de cette réalité à l'interne, laisse-t-il encore savoir: «Dans les cégeps, j'entends depuis des années des directions de collège se plaindre parce que les gens de l'externe ne connaissent pas les dossiers: c'est normal! Ils reçoivent trois ou quatre cents pages à lire deux semaines avant un conseil d'administration. Et voilà que le ministère veut augmenter l'apport des externes! Je pense qu'on confond, dans le projet de loi, le fait que quelqu'un est de l'extérieur et que, par le fait même, il est impartial.» Une commission parlementaire traitant du projet de loi sur la gouvernance sera tenue en septembre.

Les cégeps en région

Il y a des établissements collégiaux nichés en région qui éprouvent des difficultés depuis quelque temps déjà. Celles-ci sont-elles uniquement d'ordre démographique? Jean Trudelle apporte cette réponse: «Il y a un problème de clientèle, mais il y a aussi le fait qu'est survenu en 1999-2000 un changement majeur dans le financement des cégeps. Le mode de financement des enseignements a été complètement modifié, ce qui a créé des distorsions. Ce virage a rendu extrêmement difficile la vie des collèges de région et des collèges urbains ayant de petites cohortes ou des programmes qui sont peu fréquentés.» Et ces programmes sont très difficiles à financer.

Sans entrer dans tous les détails, on peut dire qu'il en résulte une sorte de cul-de-sac: «Ces collèges veulent évidemment donner une palette de programmes minimalement intéressante, sans quoi les jeunes vont aller ailleurs. Par conséquent, ils sont mal pris avec cette distorsion depuis une dizaine d'années.» Il existe une annexe gouvernementale qui contribue en principe au financement mais, en pratique, le tout demeure insuffisant.

Le président espère que des solutions à long terme seront formulées par les différents partenaires pour résoudre dans son ensemble un problème complexe. Des pourparlers sont en cours à cette fin: «Je ne suis pas très optimiste à ce propos. Le ministère est beaucoup nourri par la Fédération des cégeps dans sa réflexion sur ceux-ci. Il est très proche de celle-ci d'une certaine façon et le président de cette dernière, Gaëtan Boucher, m'a déjà indiqué qu'il n'était pas prêt à aborder cette question de manière sereine.»
 
 
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