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Décrochage scolaire - Courchesne mise sur le mentorat

Clairandrée Cauchy   10 juillet 2009  Éducation
Michelle Courchesne
Michelle Courchesne
Devant l'échec de la stratégie des dernières années pour réduire le décrochage scolaire dans les milieux défavorisés, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, entend corriger le tir en mettant davantage l'accent sur l'accompagnement individualisé des élèves à risque ou en difficulté.

«Il faut trouver la façon d'augmenter dans nos écoles, dans l'organisation du travail, l'accompagnement des élèves à risque et en difficulté. Je souhaite qu'on puisse fournir un accompagnement très régulier [grâce auquel] l'élève peut partager ses difficultés et confier sa situation dans son ensemble à une personne-ressource», a indiqué la ministre Michelle Courchesne au cours d'un entretien téléphonique avec Le Devoir hier.

Mme Courchesne levait ainsi le coin du voile sur le plan d'action sur la persévérance scolaire qui devrait être annoncé à la rentrée scolaire, en réaction à notre manchette d'hier. Le Devoir a en effet révélé que le principal outil de lutte contre le décrochage depuis 2002, la stratégie d'intervention Agir autrement (SIAA), n'a pas permis de faire fléchir le taux de décrochage. Québec y a pourtant consacré plus de 200 millions depuis 2002, et quelque 43 millions sont réservés à cette fin pour l'année 2009-10.

Ces sommes seront donc encore allouées aux quelque 800 écoles défavorisées (267 écoles secondaires et 579 écoles primaires). Mais la ministre annonce d'ores et déjà un suivi plus serré. Une centaine de ces 800 écoles fera l'objet d'un accompagnement par une équipe du ministère. «On va pouvoir apporter des ajustements plus rapidement là où c'est nécessaire», a fait valoir Mme

Voir page A 10: mentorat

Courchesne, avouant que son ministère n'est pas en mesure de suivre ainsi l'ensemble des écoles à brève échéance.

La flexibilité de l'organisation du travail est aussi dans la mire de la ministre, qui invite d'ailleurs les commissions scolaires à associer étroitement les représentants syndicaux à leur réflexion sur la persévérance scolaire. Le plan d'action devrait aussi insister sur la concertation entre le milieu scolaire et celui de la santé et des services sociaux.

Parmi les critiques véhiculées dans le milieu de l'éducation sur la SIAA, on entend régulièrement que l'aide n'a pas toujours fait son chemin jusqu'aux services directs offerts aux élèves. «C'est ce que je ne veux plus», rétorque la ministre, certaine que la nouvelle loi 88 sur la gouvernance des commissions scolaires permettra d'y remédier. «Tout le monde convient qu'il faut avoir un suivi beaucoup plus rigoureux. Il faut fixer des objectifs, des attentes, des obligations de résultats. [...] Il faut que les sommes investies restent dans les bonnes colonnes.» Elle souligne cependant qu'il ne saurait y avoir de «solution unique» au décrochage scolaire et que les priorités d'action devront être définies école par école.

Déception et peu de surprises

Au cours des derniers jours, plusieurs rencontres ont eu lieu entre des représentants du ministère de l'Éducation et différents intervenants du réseau scolaire en vue de la sortie du plan d'action sur la persévérance scolaire. Au sortir de l'une de ces rencontres, la présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement (FQDE), Chantal Longpré, s'est dite «amèrement déçue». «On a l'impression en éducation qu'on ne fait que reproduire à perpétuité le même modèle, sans se questionner sur ce qui pourrait être fait autrement», a déploré Mme Longpré en faisant référence aux ratés de la stratégie Agir autrement.

La FQDE critique entre autres les «coups d'éclat politiques» qui consistent à lancer des plans d'action successifs, chacun ayant son lot de formulaires à remplir. «Il faut virer la pyramide à l'envers et partir des besoins des écoles», lance Mme Longpré.

Le président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, constate lui aussi le besoin d'une plus grande cohérence dans les priorités qu'on assigne à l'école. «Les professeurs en ont soupé de devoir présenter un projet puis un autre. La bureaucratie décentralisée est rendue lourde», a fait valoir M. Parent, néanmoins soucieux de maintenir ces sommes dédiées à la réussite scolaire dans le système scolaire.

La Fédération autonome de l'enseignement critique elle aussi le caractère trop bureaucratique de la SIAA. «L'enseignant se dit: "Je ne perdrai pas mon temps à gérer des formulaires, je vais régler mes problèmes dans ma classe"», a lancé le vice-président de la FAE, Sylvain Mallette.

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) invite quant à elle à la prudence dans l'analyse de la SIAA. «Ce ne sont que des données préliminaires, il y a des commissions scolaires où cela a bien fonctionné», a fait valoir la présidente, Josée Bouchard, citant en exemple le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle plaide par ailleurs pour une organisation du travail plus flexible pour mieux lutter contre le décrochage.

Le critique adéquiste en matière d'éducation, Gérard Deltell, met pour sa part le peu de succès de la SIAA sur le compte d'une «dérive bureaucratique»: «Il faut se demander dans quelle mesure les sommes sont allées directement aux services aux élèves et non dans la structure.» Son vis-à-vis péquiste, Pierre Curzi, s'indigne quant à lui du peu d'empressement du gouvernement à faire connaître l'évaluation de la SIAA et à présenter son plan d'action sur la persévérance scolaire, dont l'annonce était attendue pour le printemps.
 
 
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