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Échec de la lutte contre le décrochage

Clairandrée Cauchy   9 juillet 2009  Éducation
La principale action du gouvernement pour lutter contre le décrochage scolaire depuis 2002 n'a pas donné les fruits escomptés, révèle une analyse préliminaire effectuée par une équipe de chercheurs. La stratégie d'intervention Agir autrement, à laquelle Québec a consacré plus de 200 millions depuis sept ans, n'a pas permis d'accroître significativement la persévérance scolaire dans les écoles participantes.

«L'ampleur des effets observés auprès de l'ensemble des élèves touchés par la [stratégie d'intervention Agir autrement] permettra difficilement de se traduire par une réduction du taux de décrochage», peut-on lire au tout début de l'analyse préliminaire, datée du 24 février dernier. Le Devoir a obtenu par la Loi sur l'accès à l'information le document Power Point produit par l'équipe d'évaluation de la stratégie (dirigée par le professeur Michel Janosz de l'Université de Montréal) et la Coordination des interventions en milieu défavorisé du ministère de l'Éducation.

Le constat tombe au moment où la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'apprête à rendre public, à l'automne, un plan d'action sur la persévérance scolaire, attendu initialement au printemps.

Il faudra cependant attendre en décembre prochain pour la publication du rapport final d'évaluation par l'équipe de chercheurs qui analyse l'implantation de la stratégie Agir autrement depuis 2002. Ce rapport prendra en compte les taux de diplomation pour l'année 2007-08, qui devraient être connus au cours des prochaines semaines.

Sur la base des taux de réussite des années précédentes, on ne constate toutefois pas de différence statistiquement significative entre les écoles ayant bénéficié de la SIAA et d'autres écoles-pilotes, en analysant les données d'un échantillon de 69 écoles participantes et de 11 écoles témoins. Bien que la SIAA ne semble pas avoir eu un effet d'ensemble sur la réussite scolaire des élèves, l'équipe de recherche entend raffiner l'analyse au cours des prochains mois en mesurant plus précisément les résultats dans les écoles où l'implantation de la mesure a été mieux réussie, a-t-on expliqué au Devoir.

Québec investit entre 25 et 31 millions par année depuis sept ans pour soutenir les quelque 260 écoles secondaires les plus défavorisées. La stratégie a été étendue en 2007 à près de 567 écoles primaires situées également en milieu défavorisé, avec un montant additionnel de 12 millions. L'an prochain, Québec prévoit consacrer un montant total de 43,5 millions à la stratégie.

Pour toucher ces sommes, les écoles doivent dans un premier temps réaliser un portrait de leur établissement, des élèves qui la fréquentent ainsi que du profil socioéconomique de leurs familles et du quartier. L'aide, d'une valeur moyenne de 125 000 $ (au secondaire), peut se traduire notamment par l'embauche de ressources supplémentaires ou encore servir à l'organisation de projets spéciaux, tels des programmes de mentorat.

Une implantation chaotique

Le rapport préliminaire fait état d'une implantation plutôt chaotique, qui connaît des ratés tant du côté du ministère que du côté des commissions scolaires et des écoles. Au chapitre des écueils, on souligne, entre autres choses, la mise en oeuvre «précipitée» par le ministère de l'Éducation, le trop grand nombre d'objectifs poursuivis ainsi que la reddition de comptes trop «timide» exigée des écoles. Dans les commissions scolaires, on constate que la mobilisation a été «tardive» et que les ressources humaines dégagées pour soutenir les écoles ont été insuffisantes.

Du côté des écoles, on dénote une «faible pénétration et [une faible] mobilisation en dehors des directions». De toute évidence, on n'a pas réussi à mobiliser «la communauté éducative élargie», soit les parents et les acteurs sociaux qui gravitent autour de l'école. Alors que la SIAA visait notamment à mettre en oeuvre des pratiques novatrices, on note dans l'évaluation que les écoles ont «peu utilisé les connaissances issues de la recherche».

De façon générale, les chercheurs et les fonctionnaires responsables du suivi font état d'une «compréhension non uniforme ou tardive des fondements de la SIAA, des rôles et responsabilités» de chacun. La trop grande mobilité du personnel dans les écoles est aussi montrée du doigt pour expliquer les difficultés d'implantation.

Pistes de «redressement»

Le document, produit en février dernier alors que la réflexion battait son plein au ministère sur la pertinence de reconduire la stratégie, pose les jalons de quelques «pistes de redressement». On suggère, entre autres choses, de «prioriser et limiter le nombre d'objectifs nationaux à quelques déterminants majeurs du décrochage», tels les compétences en lecture, en mathématiques, et l'engagement scolaire (ce qui comprend l'assiduité, le temps consacré aux devoirs, la participation en classe, l'implication parascolaire et le sentiment d'appartenance à l'égard de l'école).

Ces objectifs devront être «compréhensibles aux yeux du milieu scolaire et du public», et les cibles qui les accompagneront devront être «atteignables». Pour l'heure, la liste des objectifs de la stratégie est particulièrement touffue et tient sur plusieurs pages.

Pour corriger le tir en 2009-10, les chercheurs et les fonctionnaires du ministère suggèrent de «s'attaquer à la gestion en silo» en révisant les différentes initiatives ministérielles déployées au sein du réseau scolaire «dans une optique d'harmonisation et de complémentarité». Rappelons qu'au cours des deux dernières années, la ministre de l'Éducation a lancé un plan d'action sur la violence à l'école, un autre sur l'aide aux élèves en difficulté et un plan sur l'amélioration du français écrit, auxquels s'ajoutent l'implantation graduelle de la réforme de l'éducation et les correctifs qui y ont été apportés récemment. Dans la foulée du rapport du groupe de Jacques Ménard sur la persévérance scolaire dévoilé cet hiver, la ministre annoncera à la rentrée un nouveau plan sur la persévérance scolaire.

Au cabinet de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, on précise que la ministre a pris connaissance du rapport d'évaluation, qu'elle consulte les différents acteurs du réseau scolaire et qu'elle en tiendra compte dans l'élaboration de son plan d'action qui sera dévoilé à la rentrée.






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