Réussir son secondaire en se moquant des préjugés
«Il faut avoir du fun à l'école, sinon tu ne vas nulle part», dit Jonatan Lavoie
Photo : Jacques Grenier
Jonatan Lavoie, footballeur hors pair et nouveau diplômé de l’école secondaire Pierre-Dupuis, dans le Centre-Sud de Montréal.
La problématique du décrochage scolaire a été omniprésente tout au long de l'année scolaire. Au-delà du concept théorique que manient les chercheurs, les administrateurs publics et autres politiciens, la persévérance a des noms et des visages. Tirons notre chapeau à l'un d'eux, en ce dernier jour de classe.
Aujourd'hui, Jonatan Lavoie aura accompli ce que nul autre dans sa famille n'a fait: il termine sa cinquième secondaire. Il fait partie des 12 élèves inscrits au cégep en septembre, parmi les 70 qui avaient amorcé leur première secondaire à l'école secondaire Pierre-Dupuy dans le Centre-Sud de Montréal, la dernière du fameux palmarès.
La clé de son succès? «Je prends tout ce qu'on peut me dire de négatif et j'en fais du positif. À force de se relever, c'est rendu que j'ai mal aux genoux. D'où je viens, on n'a pas le choix de se relever», lâche le grand garçon de 17 ans. Trois cégeps attendent à bras ouverts ce footballeur d'élite au bon dossier scolaire.
L'adolescent se fait une fierté de «faire mentir les préjugés». «On m'a toujours dit "tu ne seras pas capable". Même au football, on m'a dit que je ne serais pas capable d'être un joueur élite... Je suis parmi les meilleurs au Québec. On m'a dit que je ne réussirais pas à avoir mon diplôme, parce que je vais dans une mauvaise école», rappelle le jeune qui a retourné à son avantage la critique et les commentaires négatifs.
Ses parents l'ont inspiré... à ne pas faire comme eux. Sa mère a quitté l'école à contrecoeur alors qu'elle était enceinte de sa soeur aînée tandis que son père n'aimait pas l'école. «Mes parents me disaient qu'il fallait que j'aille à l'école parce qu'ils ne voulaient pas que je sois comme eux dans la vie. Ils voulaient que j'aie un bon emploi, bien payé, et que je fasse quelque chose que j'aime», confie Jonatan, dont la mère est retournée sur les bancs d'école récemment pour être chef cuisinière.
Cette école qui traîne une si mauvaise réputation, il a fait le choix d'y rester. Au cours de son primaire, il a changé d'école «quatre ou cinq fois» en raison de nombreux déménagements. Quand, en première secondaire, ses parents ont décidé de quitter le Centre-Sud pour Hochelaga, il a préféré éviter un nouveau déracinement. «C'est une petite école, on se connaît pas mal tous. Contrairement à ce que le monde peut penser, il n'y a pas de bagarre "pantoute". Les gens prennent même pas de drogue. La plupart des ados ici jouent au soccer, au basket, ils font du sport ou, tout simplement, ils étudient et font de la musique», explique Jonatan.
Cela dit, le garçon n'idéalise pas son école pour autant. Il s'étonne quand on lui demande si un professeur a fait la différence pour lui. Les enseignants ne restent jamais bien longtemps dans son école, si bien que l'on y retrouve surtout des débutants et des immigrants qui viennent tout juste d'avoir leur permis d'enseigner, explique-t-il.
Ce qui l'a fait persévérer alors? Le football! «C'était ma première motivation, au début du secondaire. Pour jouer au football dans les meilleurs programmes, il faut aller au cégep et à l'université. Je me suis ensuite rendu compte que je ne peux pas juste jouer au football, je dois choisir quelque chose que je vais aimer plus tard», fait valoir l'élève inscrit en communications au cégep du Vieux-Montréal à l'automne. S'il rêve encore de jouer au football professionnel, il reste les deux pieds sur terre et caresse aussi le projet d'être entraîneur auprès des jeunes.
À court terme, les choses se présentent plutôt bien pour Jonatan Lavoie. Ironie du sort, en tant que «garçon», de milieu très défavorisé, il jouit d'une aide substantielle pour la poursuite de ses études. L'Université de Montréal lui offre une bourse qui couvrira sa première année de droits de scolarité, la Commission scolaire de Montréal lui a aussi donné une bourse d'études lors du gala des Extras au début du mois, à laquelle s'ajoute une somme de 1000 $ par année collégiale offerte par Desjardins aux diplômés de l'école Pierre-Dupuy. Il bénéficie par ailleurs d'une commandite de Bell, liée à ses performances sportives, avec un emploi flexible à la clé.
«Mes parents ne m'ont jamais caché que je devrais payer mes études et mon football moi-même. Les bourses, c'est un plus. Je vais pouvoir arriver au cégep et ne pas trop m'en faire», explique le garçon qui travaille à temps partiel depuis la deuxième secondaire pour payer ses dépenses et ses études. À partir de la rentrée, il devra aussi contribuer au roulement du foyer familial en payant une pension.
À tous ceux qui cogitent sur la recette miracle de la lutte contre le décrochage, Jonatan n'a qu'un conseil à donner: «Il faut avoir du fun à l'école, sinon tu ne vas nulle part.» Il souligne que parmi la dizaine de finissants de sa cohorte, tous s'engageaient d'une façon ou d'une autre dans les activités parascolaires. Lui-même est capitaine de l'équipe d'improvisation et s'est beaucoup impliqué cette année dans l'organisation des activités de fin d'année.
«Dans notre milieu, il y a des gens pour qui cela ne rentre pas quand ils étudient, qui n'ont pas la place pour étudier. Ils sont chez eux et ne sont pas bien. S'ils viennent à l'école et se sentent bien, ils vont avoir des meilleures notes», résume Jonatan, qui suggère à tous les élèves de «trouver quelque chose qui les intéresse et de s'y accrocher».
Aujourd'hui, Jonatan Lavoie aura accompli ce que nul autre dans sa famille n'a fait: il termine sa cinquième secondaire. Il fait partie des 12 élèves inscrits au cégep en septembre, parmi les 70 qui avaient amorcé leur première secondaire à l'école secondaire Pierre-Dupuy dans le Centre-Sud de Montréal, la dernière du fameux palmarès.
La clé de son succès? «Je prends tout ce qu'on peut me dire de négatif et j'en fais du positif. À force de se relever, c'est rendu que j'ai mal aux genoux. D'où je viens, on n'a pas le choix de se relever», lâche le grand garçon de 17 ans. Trois cégeps attendent à bras ouverts ce footballeur d'élite au bon dossier scolaire.
L'adolescent se fait une fierté de «faire mentir les préjugés». «On m'a toujours dit "tu ne seras pas capable". Même au football, on m'a dit que je ne serais pas capable d'être un joueur élite... Je suis parmi les meilleurs au Québec. On m'a dit que je ne réussirais pas à avoir mon diplôme, parce que je vais dans une mauvaise école», rappelle le jeune qui a retourné à son avantage la critique et les commentaires négatifs.
Ses parents l'ont inspiré... à ne pas faire comme eux. Sa mère a quitté l'école à contrecoeur alors qu'elle était enceinte de sa soeur aînée tandis que son père n'aimait pas l'école. «Mes parents me disaient qu'il fallait que j'aille à l'école parce qu'ils ne voulaient pas que je sois comme eux dans la vie. Ils voulaient que j'aie un bon emploi, bien payé, et que je fasse quelque chose que j'aime», confie Jonatan, dont la mère est retournée sur les bancs d'école récemment pour être chef cuisinière.
Cette école qui traîne une si mauvaise réputation, il a fait le choix d'y rester. Au cours de son primaire, il a changé d'école «quatre ou cinq fois» en raison de nombreux déménagements. Quand, en première secondaire, ses parents ont décidé de quitter le Centre-Sud pour Hochelaga, il a préféré éviter un nouveau déracinement. «C'est une petite école, on se connaît pas mal tous. Contrairement à ce que le monde peut penser, il n'y a pas de bagarre "pantoute". Les gens prennent même pas de drogue. La plupart des ados ici jouent au soccer, au basket, ils font du sport ou, tout simplement, ils étudient et font de la musique», explique Jonatan.
Cela dit, le garçon n'idéalise pas son école pour autant. Il s'étonne quand on lui demande si un professeur a fait la différence pour lui. Les enseignants ne restent jamais bien longtemps dans son école, si bien que l'on y retrouve surtout des débutants et des immigrants qui viennent tout juste d'avoir leur permis d'enseigner, explique-t-il.
Ce qui l'a fait persévérer alors? Le football! «C'était ma première motivation, au début du secondaire. Pour jouer au football dans les meilleurs programmes, il faut aller au cégep et à l'université. Je me suis ensuite rendu compte que je ne peux pas juste jouer au football, je dois choisir quelque chose que je vais aimer plus tard», fait valoir l'élève inscrit en communications au cégep du Vieux-Montréal à l'automne. S'il rêve encore de jouer au football professionnel, il reste les deux pieds sur terre et caresse aussi le projet d'être entraîneur auprès des jeunes.
À court terme, les choses se présentent plutôt bien pour Jonatan Lavoie. Ironie du sort, en tant que «garçon», de milieu très défavorisé, il jouit d'une aide substantielle pour la poursuite de ses études. L'Université de Montréal lui offre une bourse qui couvrira sa première année de droits de scolarité, la Commission scolaire de Montréal lui a aussi donné une bourse d'études lors du gala des Extras au début du mois, à laquelle s'ajoute une somme de 1000 $ par année collégiale offerte par Desjardins aux diplômés de l'école Pierre-Dupuy. Il bénéficie par ailleurs d'une commandite de Bell, liée à ses performances sportives, avec un emploi flexible à la clé.
«Mes parents ne m'ont jamais caché que je devrais payer mes études et mon football moi-même. Les bourses, c'est un plus. Je vais pouvoir arriver au cégep et ne pas trop m'en faire», explique le garçon qui travaille à temps partiel depuis la deuxième secondaire pour payer ses dépenses et ses études. À partir de la rentrée, il devra aussi contribuer au roulement du foyer familial en payant une pension.
À tous ceux qui cogitent sur la recette miracle de la lutte contre le décrochage, Jonatan n'a qu'un conseil à donner: «Il faut avoir du fun à l'école, sinon tu ne vas nulle part.» Il souligne que parmi la dizaine de finissants de sa cohorte, tous s'engageaient d'une façon ou d'une autre dans les activités parascolaires. Lui-même est capitaine de l'équipe d'improvisation et s'est beaucoup impliqué cette année dans l'organisation des activités de fin d'année.
«Dans notre milieu, il y a des gens pour qui cela ne rentre pas quand ils étudient, qui n'ont pas la place pour étudier. Ils sont chez eux et ne sont pas bien. S'ils viennent à l'école et se sentent bien, ils vont avoir des meilleures notes», résume Jonatan, qui suggère à tous les élèves de «trouver quelque chose qui les intéresse et de s'y accrocher».
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