jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 20h15
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Sciences et démocratie - Pour qui, la recherche?

«Personne n'a envie de dire qu'il a les mains liées par les fonds qu'il reçoit»

Marie-Ève Maheu   25 avril 2009  Éducation
Un des constats qui se dégagent du Forum mondial sciences et démocratie, qui s’est tenu à Belém, au Brésil, est que la recherche scientifique ne profite pas au plus grand nombre.
Photo : Agence France-Presse
Un des constats qui se dégagent du Forum mondial sciences et démocratie, qui s’est tenu à Belém, au Brésil, est que la recherche scientifique ne profite pas au plus grand nombre.
Le développement du savoir dans les universités québécoises est en péril, affirment les chercheurs. Non seulement l'argent manque, mais l'orientation de la recherche est de plus en plus pervertie et éloignée des citoyens, avance Cécile Sabourin, présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU).

Selon Cécile Sabourin, le financement public, qui représente encore la majorité du soutien accordé à la recherche scientifique, vise de plus en plus des projets utilitaires. «Il faut maintenant promettre des résultats à court terme. Si on arrive à prouver qu'on pourra vendre le fruit de notre recherche, c'est encore mieux!»

Pour illustrer ce constat, on n'a qu'à penser aux 145 millions de dollars que vient de débloquer le gouvernement Harper pour la recherche dans le secteur de l'automobile. Des sommes qui doivent servir à la création d'innovations qui passeront, en deux temps trois mouvements, du laboratoire à l'usine.

Parallèlement, Ottawa enlève 162 millions aux quatre plus importants organismes scientifiques canadiens. Sans oublier le dossier de l'Observatoire du mont Mégantic, en Estrie, qui perd ses subventions parce qu'il ne satisfait plus aux nouveaux critères de financement. La survie du plus important centre astronomique de l'est de l'Amérique de Nord s'en trouve menacée. Quelque 2000 scientifiques ont d'ailleurs envoyé une lettre à Stephen Harper pour lui faire part de leur profond malaise à propos de cette décision et de l'orientation globale de la recherche.

«C'est ce qui arrive quand le gouvernement change les critères et que les organismes doivent les appliquer. On met en péril des initiatives dont les résultats ne se calculent pas en fonction de la rentabilité. Nous sommes très inquiets pour la recherche fondamentale et libre, qui est en train de perdre ses moyens, à cause d'un déséquilibre dans l'octroi de fonds.»

Secteurs oubliés

En outre, plusieurs champs de recherche restent en plan, observe Cécile Sabourin. Les sciences humaines sont les grandes perdantes du réalignement de la recherche, fait-elle remarquer. Près de la moitié des scientifiques ont choisi ce domaine, mais ils ne reçoivent qu'une mince part du gâteau.

Louise Vandelac, professeure de sociologie à l'UQAM, connaît bien cette réalité. Elle ajoute que les recherches novatrices, à cheval entre les grandes divisions du savoir, sont aussi très mal financées. «Pourtant, avec la double crise écologique et économique, la nécessité de démarches globales et intégratrices permettant de penser les questions autrement est de plus en plus pressante», dit la chercheure du Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l'environnement.

Elle donne en exemple l'écosanté, centrée sur les relations entre la santé humaine et celle des écosystèmes. «Il est plus pertinent de travailler en amont des problèmes de santé que de penser que la technologie va tout régler.»

Louise Vandelac note d'ailleurs qu'il y a un emballement pour la chimie (avec les pesticides), les biotechnologies dans le secteur agricole (OGM) et, plus récemment, pour les nanotechnologies. «On a privilégié des champs de recherche économiquement rentables, sans mettre en place des mécanismes d'analyse de la pertinence des innovations pour la société ou encore des impacts sur la santé et l'environnement», déplore-t-elle.

Puisque la recherche se fait de plus en plus en partenariat avec des entreprises, Louise Vandelac rappelle que les profits sont souvent privatisés, mais que les coûts sociaux et écologiques, le cas échéant, sont quant à eux transférés à tous les contribuables.

La loi du silence

Pour illustrer les problèmes actuels, Cécile Sabourin souligne que la diffusion des résultats de travaux de recherche commandités par le secteur privé est souvent limitée. «Si un partenaire met des fonds, c'est pour avoir des bénéfices. Les professeurs doivent souvent faire des concessions par rapport à la divulgation des résultats.»

Déroger à ces ententes tacites ou implicites peut être lourd de conséquences. Le cas de Nancy Olivieri, chercheure et clinicienne à l'Université de Toronto, en est un excellent exemple. En testant un médicament à l'hôpital pour enfants malades, elle s'est aperçue qu'il représentait un danger potentiel pour ses jeunes patients.

La scientifique a voulu avertir les parents. Mais l'entreprise pharmaceutique Apotex, un des bailleurs de fonds de cette recherche, a congédié Nancy Olivieri et l'a menacée de poursuites judiciaires si elle parlait. Elle ne s'est pas laissé intimider, mais elle en a payé le prix: elle a été victime de harcèlement et a été traîné en justice par Apotex. L'hôpital et l'Université de Toronto n'ont jamais pris sa défense.

Les contrats de recherche assortis d'une clause de confidentialité, comme dans le cas de Mme Olivieri, seraient de plus en plus nombreux. Il est toutefois difficile d'en mesurer l'ampleur. «Personne n'a envie de dire qu'il a les mains liées par les fonds qu'il reçoit», explique Cécile Sabourin.

Elle réclame, comme plusieurs chercheurs, la liberté de diffuser tous les résultats de recherche dans des revues scientifiques ou lors de colloques. Selon elle, il s'agit de la base d'une démocratisation de la recherche.

Il y a de l'espoir

Cécile Sabourin et Louise Vandelac ont toutes deux participé, en janvier dernier, au Forum mondial sciences et démocratie, tenu à Belém, au Brésil. Cette rencontre de membres de la communauté scientifique, d'ONG et de syndicats avait pour objectif notamment de réfléchir à la démocratisation de la science et aux moyens d'y parvenir.

Un des constats qui se dégagent de cette rencontre est que la recherche scientifique ne profite pas au plus grand nombre. «Elle doit se mettre davantage au service de la qualité de vie pour tous», défend Cécile Sabourin. Selon elle, les orientations de la recherche et la manière dont les fonds publics sont dépensés devraient faire l'objet d'un débat, puisqu'il s'agit d'un choix de société.

Louise Vandelac renchérit en soulignant l'importance de mettre place des dispositifs de consultations des citoyens, comme cela se fait déjà à petite échelle. «Le fait de travailler en collaboration avec les populations permet de mieux identifier les enjeux et de viser plus juste dans nos recherches.»

***

Collaboratrice du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Chryst
    Abonné
    lundi 4 mai 2009 10h51
    Recherche orientée
    Actuellement, la recherche ne sert pas nécessairement les intérêts du plus grand nombre. On l'utilise pour arriver à ses propres fins ou pour maintenir ses privilèges. Pour ce faire tous les moyens sont bons.
    Michel Thibault ing. f. m. sc. écologie et pédologie

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
1 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012