Fonds de recherche en santé du Québec - La recherche est arrivée à un «moment critique»
Les chercheurs québécois reçoivent 39 % des sommes consenties par le fédéral
Photo : Agence Reuters
Selon Yves Joannette, la recherche en santé est une question prioritaire pour le gouvernement du Québec, une position tout à fait en accord avec les nouvelles politiques américaines du président Obama, qui investit massivement dans la recherche et q
Malgré la crise économique et les nombreux défis qui l'attendent, la recherche en santé au Québec se porte mieux que jamais et pourrait devenir «la nouvelle marque de commerce de la province sur la scène internationale», estime M. Yves Joannette, chercheur et nouveau président-directeur général du Fonds de recherche en santé du Québec.
Jouissant déjà d'un rayonnement important au Canada et à l'étranger, la recherche québécoise en santé ne cesse de se développer et de se démarquer. Elle est aujourd'hui arrivée à un «moment critique» où tout est en place pour arriver à des percées importantes et rapides dans la qualité des soins et des démarches thérapeutiques.
C'est du moins le point de vue d'Yves Joannette, qui vient de prendre les rênes du Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ), un organisme subventionnaire qui joue un rôle de premier plan dans la planification et la coordination du développement de la recherche québécoise en santé.
«Avec l'excellence que je constate et qui ne va qu'en se consolidant, je vois un avenir très grand pour la recherche en santé au Québec. Je vois que ça peut devenir un élément important du positionnement du Québec dans le monde, au même titre que l'ingénierie ou l'aéronautique.»
Défis
Le chercheur, qui a longtemps dirigé le centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, a une vision très claire de ce qui doit primer pour amener la recherche québécoise en santé à un niveau supérieur, qui se traduira par un plus grand bien-être collectif.
«D'abord et avant tout, une recherche qui s'articule sur les grands défis de santé du Québec, avec tous les acteurs qui agissent de façon concertée. Ça peut avoir l'air abstrait, mais il faut que les gens des différentes disciplines, qui travaillent avec des types de démarches méthodologiques différentes, puissent se parler pour qu'il y ait une valeur ajoutée à ce que chacun fait très bien de son côté. Il y a un grand effort de concertation et de travail en équipe interdisciplinaire qu'il faut favoriser. Il faut par ailleurs s'assurer que les résultats de la recherche soient le plus rapidement possible transférés vers des pratiques cliniques [...], pour améliorer la capacité qu'on a de traiter une maladie et améliorer la qualité de vie des gens qui en souffrent et de leurs proches.»
Selon Yves Joannette, il ne fait aucun doute que, malgré les nombreux défis qu'il devra relever, la recherche en santé au Québec se porte très bien actuellement. «La recherche en santé? Elle est en santé», affirme-t-il en riant.
Démarche intégrée
Les domaines d'excellence s'articulent sur quatre grands axes, devenus les priorités du Québec en matière de recherche en santé: la neurologie et la santé mentale, la recherche sur le vieillissement et la perte d'autonomie, la recherche en cancérologie et les maladies dites sociétales telles que les maladies cardiovasculaires et l'obésité.
Mais, selon M. Joannette, là où le Québec se distingue de façon encore plus particulière, et ce qui fait son succès tant au Canada qu'ailleurs dans le monde, c'est sa capacité d'effectuer des démarches dans ces quatre dimensions prioritaires qui soient intégrées, interdisciplinaires et intersectorielles.
«La stratégie québécoise en matière d'organisation de la recherche en santé est enviée par le reste du Canada et par plusieurs pays sur la scène internationale», affirme-t-il d'un ton empreint de fierté, rappelant au passage que «le Québec va chercher collectivement une proportion beaucoup plus importante du financement au fédéral que ce que représente sa population».
Forte présence québécoise
À titre d'exemple, les chercheurs québécois reçoivent 39 % de toutes les sommes consenties par le fédéral, alors que le poids du Québec dans l'ensemble canadien est d'environ 23 %. Et c'est ainsi dans la majorité des domaines. Neurosciences: 37 %. Nutrition, diabète: 35 %. Cancer: 37 %. La liste est longue et les chiffres semblent confirmer l'importance de la présence québécoise en recherche sur la scène canadienne.
Si le développement de la recherche en santé se porte si bien, c'est qu'il y a des investissements majeurs qui y sont attribués, constate le président du FRSQ. «Le Québec et le Canada ont bien compris que la santé, la vigueur et la compétitivité de nos économies passaient par une économie du savoir, et cette économie du savoir ne peut exister que lorsqu'on soutient de façon active et importante le développement des connaissances ainsi que le transfert de ces connaissances vers le mieux-être des gens et vers les entreprises biotechnologiques ou pharmaceutiques qui bénéficient de cet environnement très riche. Il faut non seulement soutenir mais accroître l'investissement en recherche.»
«Investir dans la recherche en santé, c'est non seulement contribuer à l'économie du savoir, à l'accroissement du personnel hautement qualifié, mais c'est aussi cerner les meilleures pratiques pour améliorer la qualité de vie des gens, à un moment où nous faisons face à un vieillissement de la population. Il faut faire en sorte de soutenir ces gens-là, faire en sorte qu'ils vivent mieux et plus longtemps et que les gens qui les accompagnent ne soient pas aux prises avec des rôles trop lourds.»
Exode des cerveaux
Selon lui, la recherche en santé est une question prioritaire pour le gouvernement du Québec, une position tout à fait en accord avec les nouvelles politiques américaines du président Obama, qui investit massivement dans la recherche et qui vient de réautoriser le financement public de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, des recherches qui avaient été interdites pendant huit ans par le gouvernement Bush à la suite des pressions des mouvements religieux qui s'opposaient à toute manipulation d'un organisme vivant avant sa naissance.
«L'interdiction de la recherche sur les cellules souches donnait un certain avantage concurrentiel par défaut. On avait donc une possibilité d'accueillir au Canada et au Québec des collègues américains. Le fait qu'elle soit désormais permise représente une inquiétude de voir un certain exode des cerveaux, tout au moins dans ce domaine, soit pour retourner aux États-Unis ou carrément pour aller effectuer des travaux là-bas. C'est une préoccupation qui est très importante, très sérieuse.»
D'autant plus que, si le Québec maintient son financement, les réallocations de recherche au Canada, elles, «donnent une perception de diminution de l'investissement direct en recherche», estime M. Joannette, qui craint que les investissements massifs aux États-Unis et l'autorisation de la recherche sur les cellules souches ne soient les ingrédients d'un état de pensée qui favoriserait les États-Unis au sein de la communauté des chercheurs.
Car non seulement faut-il, en ce moment crucial pour la recherche au Québec, conserver les chercheurs de qualité, mais il faut encore — tâche encore plus difficile — en attirer de nouveaux pour se mettre en bonne position dans ce milieu très concurrentiel. D'où l'importance, pour le président-directeur général du Fonds de recherche en santé du Québec, d'investir massivement dans l'économie du savoir, qui alimentera les générations futures.
***
Collaboratrice du Devoir
Jouissant déjà d'un rayonnement important au Canada et à l'étranger, la recherche québécoise en santé ne cesse de se développer et de se démarquer. Elle est aujourd'hui arrivée à un «moment critique» où tout est en place pour arriver à des percées importantes et rapides dans la qualité des soins et des démarches thérapeutiques.
C'est du moins le point de vue d'Yves Joannette, qui vient de prendre les rênes du Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ), un organisme subventionnaire qui joue un rôle de premier plan dans la planification et la coordination du développement de la recherche québécoise en santé.
«Avec l'excellence que je constate et qui ne va qu'en se consolidant, je vois un avenir très grand pour la recherche en santé au Québec. Je vois que ça peut devenir un élément important du positionnement du Québec dans le monde, au même titre que l'ingénierie ou l'aéronautique.»
Défis
Le chercheur, qui a longtemps dirigé le centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, a une vision très claire de ce qui doit primer pour amener la recherche québécoise en santé à un niveau supérieur, qui se traduira par un plus grand bien-être collectif.
«D'abord et avant tout, une recherche qui s'articule sur les grands défis de santé du Québec, avec tous les acteurs qui agissent de façon concertée. Ça peut avoir l'air abstrait, mais il faut que les gens des différentes disciplines, qui travaillent avec des types de démarches méthodologiques différentes, puissent se parler pour qu'il y ait une valeur ajoutée à ce que chacun fait très bien de son côté. Il y a un grand effort de concertation et de travail en équipe interdisciplinaire qu'il faut favoriser. Il faut par ailleurs s'assurer que les résultats de la recherche soient le plus rapidement possible transférés vers des pratiques cliniques [...], pour améliorer la capacité qu'on a de traiter une maladie et améliorer la qualité de vie des gens qui en souffrent et de leurs proches.»
Selon Yves Joannette, il ne fait aucun doute que, malgré les nombreux défis qu'il devra relever, la recherche en santé au Québec se porte très bien actuellement. «La recherche en santé? Elle est en santé», affirme-t-il en riant.
Démarche intégrée
Les domaines d'excellence s'articulent sur quatre grands axes, devenus les priorités du Québec en matière de recherche en santé: la neurologie et la santé mentale, la recherche sur le vieillissement et la perte d'autonomie, la recherche en cancérologie et les maladies dites sociétales telles que les maladies cardiovasculaires et l'obésité.
Mais, selon M. Joannette, là où le Québec se distingue de façon encore plus particulière, et ce qui fait son succès tant au Canada qu'ailleurs dans le monde, c'est sa capacité d'effectuer des démarches dans ces quatre dimensions prioritaires qui soient intégrées, interdisciplinaires et intersectorielles.
«La stratégie québécoise en matière d'organisation de la recherche en santé est enviée par le reste du Canada et par plusieurs pays sur la scène internationale», affirme-t-il d'un ton empreint de fierté, rappelant au passage que «le Québec va chercher collectivement une proportion beaucoup plus importante du financement au fédéral que ce que représente sa population».
Forte présence québécoise
À titre d'exemple, les chercheurs québécois reçoivent 39 % de toutes les sommes consenties par le fédéral, alors que le poids du Québec dans l'ensemble canadien est d'environ 23 %. Et c'est ainsi dans la majorité des domaines. Neurosciences: 37 %. Nutrition, diabète: 35 %. Cancer: 37 %. La liste est longue et les chiffres semblent confirmer l'importance de la présence québécoise en recherche sur la scène canadienne.
Si le développement de la recherche en santé se porte si bien, c'est qu'il y a des investissements majeurs qui y sont attribués, constate le président du FRSQ. «Le Québec et le Canada ont bien compris que la santé, la vigueur et la compétitivité de nos économies passaient par une économie du savoir, et cette économie du savoir ne peut exister que lorsqu'on soutient de façon active et importante le développement des connaissances ainsi que le transfert de ces connaissances vers le mieux-être des gens et vers les entreprises biotechnologiques ou pharmaceutiques qui bénéficient de cet environnement très riche. Il faut non seulement soutenir mais accroître l'investissement en recherche.»
«Investir dans la recherche en santé, c'est non seulement contribuer à l'économie du savoir, à l'accroissement du personnel hautement qualifié, mais c'est aussi cerner les meilleures pratiques pour améliorer la qualité de vie des gens, à un moment où nous faisons face à un vieillissement de la population. Il faut faire en sorte de soutenir ces gens-là, faire en sorte qu'ils vivent mieux et plus longtemps et que les gens qui les accompagnent ne soient pas aux prises avec des rôles trop lourds.»
Exode des cerveaux
Selon lui, la recherche en santé est une question prioritaire pour le gouvernement du Québec, une position tout à fait en accord avec les nouvelles politiques américaines du président Obama, qui investit massivement dans la recherche et qui vient de réautoriser le financement public de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, des recherches qui avaient été interdites pendant huit ans par le gouvernement Bush à la suite des pressions des mouvements religieux qui s'opposaient à toute manipulation d'un organisme vivant avant sa naissance.
«L'interdiction de la recherche sur les cellules souches donnait un certain avantage concurrentiel par défaut. On avait donc une possibilité d'accueillir au Canada et au Québec des collègues américains. Le fait qu'elle soit désormais permise représente une inquiétude de voir un certain exode des cerveaux, tout au moins dans ce domaine, soit pour retourner aux États-Unis ou carrément pour aller effectuer des travaux là-bas. C'est une préoccupation qui est très importante, très sérieuse.»
D'autant plus que, si le Québec maintient son financement, les réallocations de recherche au Canada, elles, «donnent une perception de diminution de l'investissement direct en recherche», estime M. Joannette, qui craint que les investissements massifs aux États-Unis et l'autorisation de la recherche sur les cellules souches ne soient les ingrédients d'un état de pensée qui favoriserait les États-Unis au sein de la communauté des chercheurs.
Car non seulement faut-il, en ce moment crucial pour la recherche au Québec, conserver les chercheurs de qualité, mais il faut encore — tâche encore plus difficile — en attirer de nouveaux pour se mettre en bonne position dans ce milieu très concurrentiel. D'où l'importance, pour le président-directeur général du Fonds de recherche en santé du Québec, d'investir massivement dans l'économie du savoir, qui alimentera les générations futures.
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